L’ÉLOQUENCE D’UN SILENCE La réserve et le silence des quatre otages libérés d’Arlit lors de leur accueil officiel sur le tarmac de Villacoublay, avait surpris et donné lieu à diverses suppositions, dont la moindre ne fut pas celle de Marine Le Pen, semblant déduire de leur apparence physique, syndrome de Stockholm à la clé, une sorte de conversion islamiste de ceux-ci. Daniel Larribe, l’un des quatre hommes, était le 4 novembre, l’invité de David Pujadas, au 2O heures de « France 2 ». Il a d’abord répété qu’ils n’avaient pas été mal traités. Qu’ils avaient le même régime alimentaire, simple et frugal, que leurs ravisseurs. Qu’ils dormaient, comme ceux-ci, sur une couverture, à même le sol. A la question, « avez-vous eu peur ? » son visage se contracte légèrement, son regard parait se perdre dans le vide, il fait une moue de la bouche et observe un silence de concentration. – « Ooh oui ! réponds-t-il. – Quand ? – Durand les bombardements de la France dans le massif des Iforas. Puis il ajoute : – Quand nous sommes revenus dans la zone, on ne pouvait plus retrouver la grotte où nous nous abritions précédemment. – Elle avait été détruite ? – Détruite. Reprends-t-il avec une mimique qui parait dire que le mot est faible. Eh oui, ce dont les otages Français d’Arlit ont eu peur ce sont surtout des bombardements de la France. Il est certes probables qu’ils aient eu d’autres peurs durant leurs trois années de détention, mais la peur terreur qui hante leur mémoire, c’est quand leur propre pays, nonobstant le danger de ses ressortissants a décidé d’atteindre quoiqu’il en soit ses buts de guerre. La France à cette heure, et ils l’ont compris, les avait sacrifié à « la raison d’état ». La France ?.. Le Président de la république, le ministre des affaires étrangère, le ministre de la défense, ceux qui étaient là à Villacoublay et qui eurent aimé que les ex-otages les remercient du succès de leur intercession. Qui espéraient secrètement que cette libération aurait un impact positif sur la côte de popularité du Président. La claire conscience de cette réalité vécue, n’était-elle pas, à elle seule suffisante à expliquer la réserve des « quatre » lors de leur arrivée à Villacoublay ? Ils se devaient déjà de faire bonne figure et « remercier la France » dont-ils savaient que quelques semaines avant, elle les avait, sans état d’âme, passés « par pertes et profits ». N’était-ce pas déjà beaucoup leur demander ? Que signifiait leur silence, leur refus de prendre la parole dans ce « meeting » à la gloire de « leurs libérateurs » ? Mais songeaient plutôt, chers amis lecteurs, à la grande impudence de ceux qui se pavanaient là, revendiquaient les lauriers de l’évènement, se donnaient le beau rôle en leur offrant le micro, ceux-là même qui les auraient tout aussi bien écrasés sous les bombes unissant dans la fraternité des martyrs leurs corps déchiquetés à ceux de leurs ravisseurs. 9 novembre 2013.
