NOS LEÇONS DE LA « GRANDE GUERRE »

NOS LEÇONS DE LA « GRANDE GUERRE » « Les valeurs de la République ». On nous en rebat les oreilles en ce moment. « Liberté, égalité, fraternité », des mots, rien que des mots dont aucun ne trouve écho dans la réalité. La liberté ? Tient, au hasard, prenons la « liberté du travail dont ils font des gorges chaudes quand des travailleurs en lutte font des piquets de grèves qui interdisent l’accès des usines ou des bureaux aux non gréviste. Mais où est-elle donc la liberté du travail pour ceux que l’on licencie comme des pions de la boite où durant 30 ans ils ont œuvré à enrichir leur patron et ses actionnaires ? Que signifie-t-elle pour plusieurs millions de « demandeurs d’emplois » ?L’égalité ? Tous les citoyens naissent libres et égaux en droits ? Mais de qui se moque-t-on ? Où est-elle l’égalité devant leurs juges entre un voleur de pommes et Bernard Tapie ? Entre le violeur lambda et Dominique Strauss Khan ? Entre le voleur de scooter et Cahuzac ou Sarkozy ?La fraternité ? Voulez-vous une illustration forte de l’inanité de ce concept dans le monde où nous vivons ? Imaginez, Ernest Antoine Seillière enjambant un SDF affalé sur le trottoir. (Bon, direz-vous, cela ne se peut, le service d’ordre aura « nettoyé » le trottoir avant son passage).C’est pourtant, au nom des « valeurs » de la République qu’ils en appellent à la mobilisation des citoyens « modérés » contre « les extrêmes ». Qu’ils appellent au « front républicain » des civilisés contre les « Front de Gauche » et « Front national ». Or voilà que sonnent toutes les cloches du centenaire de ce qu’ils appellent toujours avec dévotion et respect : « LA GRANDE GUERRE ». Bonne occasion à leur sens de restaurer dans le souvenir de la tragédie et des morts « pour la France » le ciment de la cohésion Nationale. »La grande guerre » ? D’autres ont dit « la grande boucherie ». C’était la République déjà en ce temps-là. Dans notre histoire de France, c’était même la troisième, si nous en souvienne. Celle de l’école laïque de Jules Ferry, celle de « l’égalité » des chances par l’école, la République si justement anticléricale et anti confessionnelle. Enfin, tout ce que l’on aime dans la République, que l’on salue humblement et devant quoi on s’incline respectueusement. Pourtant, qu’elles étaient les valeurs de cette République-là par-delà celles inscrites aux frontons des écoles et des mairies et parfois même aux tympans de certaines églises ? L’affaire Dreyfus, l’antisémitisme dont l’encadrement militaire était le plus sûr vecteur ? L’aventure coloniale dont le même « grand Jules » Ferry pour ne pas le nommer, fut l’un des plus ardents instigateurs ? La guerre en gestation, la ligne bleue des Vosges où l’on appelait les regards de la nation, « nous reprendrons l’Alsace et la Lorraine » que l’on chantait en cours d’instruction civique dans les écoles. Les poilus de 1914 étaient les élèves conditionnés de Jules Ferry. L’école de la république fut aussi le premier creuset de la guerre. Ah, donc, qu’est-ce les valeurs de cette république qui envoient ses enfants aux boucheries de Verdun ou du Chemin des Dames, et bien d’autres, Faut-il les encenser ou les haïr ?Les deux mon capitaine ! On est fondés à aimer l’école de la nation et à haïr l’aventure coloniale. On est fondé à haïr la république des journées de 15 heures, du travail des enfants, et à aimer l’autre, la république sociale, celles des luttes ouvrières et « fronts populaires » sans quoi n’eurent existé aucune conquête sociale. On est fondé à aimer la République laïque une et indivisible et à haïr la guerre impérialiste. On est fondé à haïr cette république qui au nom du profit de « ses cent familles » ne redoutait pas de fusiller ou exécuter elle-même « pour l’exemple » ses fils qui refusaient de monter au front.Et c’est dans se souvenir là qu’ils ont l’indécence d’inviter les esprits à s’apaiser dans une grande communion nationale mémorielle et salvatrice ?C’est nul, c’est raté. Nous nous inclinons nous, bien volontiers et respectueusement sur la mémoire des combattants et des morts qui ne sont pas morts pour la France, mais victimes de la Barbarie impérialiste, pour les profits des De Wendel et compagnie. Nous saluons la mémoire de toutes les victimes de part et d’autre des frontières et célébrons tout particulièrement celle des mutins et des révoltés et celle des révolutionnaires Russes et Allemands dont les sacrifices et l’héroïsme mirent fin à la barbarie, et qui lancèrent par-dessus la boue des frontières des tranchées et des charniers, un vibrant appel à la fraternité des peuples. Oui, l’on peut honorablement se souvenir de la première guerre mondiale creuset de la révolution et accélérateur de la lutte des classes.Les leçons de « la grande guerre » ne sont pas celles qu’ils prétendent. Loin d’être un acte fondateur de l’unité, le ciment de la nation, elle en fut un puissant dissolvant. Elle a appris aux peuples que dans chaque nation il y en avait deux, celle des riches des exploiteurs, des bourreaux des peuples, et celle des classes laborieuses, que leurs intérêts et leurs aspirations étaient contradictoires et inconciliables, que les uns aspiraient à la paix et à la prospérité quand les autres ne voulaient que du profit fusse en égorgeant la moitié de l’humanité.Or, les voilà qui invoquent les valeurs de la République et le souvenir des morts pour tétaniser, dans la mémoire glacée des tragédies du passé, le bouillonnement actuel des esprits, les rappeler au respect et à l’obéissance. Mais aujourd’hui comme hier, qu’est-ce donc les valeurs prétendues d’une République qui condamne des millions de ses enfants au chômage et à la misère ? Une République qui prend si peu soin de la grande majorité de ses citoyens, ne mérite aucun respect. Elle mérite au contraire qu’on la bouscule et même qu’on la renverse.Oui, nous aimons la République, mais l’autre, la sociale, celle des peuples, universelle, fraternelle et solidaire. Celle, savez-vous, « la vieille taupe ubiquitaire » qui après avoir longtemps travaillé dans les tranchées de la barbarie, montra le bout de son nez en maints endroits, à Saint-Pétersbourg et à Berlin, à Rome et à Budapest……11 novembre 2013.

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