MORT POUR LA FRANCE ?

MORT POUR LA FRANCE ? C’est l’inscription qui figure sur la quasi-totalité de nos monuments aux morts. Y étaient gravés dans la pierre, en priorité, les noms des soldats morts sur les champs de bataille de « la Grande Guerre », ce grand holocauste des peuples dont les dirigeants d’aujourd’hui, héritiers des bouchers d’hier, sont encore si fiers et ne parlent qu’avec respect et dévotion. Lorsque j’étais enfant, la seconde « grande guerre » hantait encore les esprits. On m’apprit le respect des morts et des combattants qui avaient donné leurs vies où leur jeunesses pour « la France » et « la liberté ». Au demeurant, il y avait dans mon village une maison de retraite, financée je crois par « les gueules-cassées », qui accueillait pour leurs vieux jours, des anciens combattants de quatorze/dix-huit. Alors, bien sûr ceux-là, le cérémonial des commémorations, la rectitude des cimetières, l’odeur mouillante des fleurs fraiches des gerbes, la musique glacée des hymnes et chants de combat en imposaient à mon imaginaire fertile, instillaient la curiosité et le respect au gamin que j’étais encore. Mais « la transmission », le respect, la compassion, ne sont pas exclusifs de la conscience de la raison et de la révolte. Je compris tôt que nos anciens avaient été plus sacrifiés qu’ils ne s’étaient sacrifiés eux-mêmes. Ce qui n’enlève rien à leurs douleurs et rend leur sors plus pathétique encore. Je réalisai bien vite qu’ils avaient été victimes plus qu’acteurs de leur drame. Je ne la connaissais pas, peut-être même Brassens ne l’avait-il pas encore écrite, mais alors que naissait « l’Europe » et que l’on prêchait la réconciliation franco-allemande, j’adhérai déjà à cette saillie du poète : « mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans sa main, mieux vaut attendre un peu qu’on le change en ami ». Morts pour la France ? Nos grand pères ou arrières grands-pères ont été mobilisés, c’est-à-dire kidnappés « par la force publique » et conduits « malgré eux », comme du bétail, sur des fronts où on leur a désigné l’ennemi » à abattre. Dans la rages des batailles le choix et réduit, c’est eux ou nous. Et on l’a vu, c’est maintenant de notoriété publique après avoir été caché de longues décennies, ceux qui s’avisaient de vouloir ouvrir les tenailles de ce dilemme en prêchant la « fraternisation », en mettant « crosse en l’air » ou en désertant », étaient condamnés à mort par les tribunaux militaires ou sommairement exécutés par leurs officiers ? Alors oui je les respecte et je m’incline encore. Mais n’en déplaise aux exécuteurs testamentaires des bourreaux, pas sur des combattants libres qui se seraient sacrifiés eux-mêmes à la réalisation de leur idéal, mais sur les victimes trompées , flouées et sacrifiées par dizaines de milliers pour les intérêts de la banque des maitres de forges et de mines et les marchands de canons. La seconde guerre mondiale est plus complexe. L’idéologie et le choix sociétal ce sont superposés aux réalités économiques et à la lutte entre nations dominantes, pour un nouveau partage du monde qui la sous-tendait. Beaucoup de jeunes gens ont donné leurs vies dans ce conflit-là par idéal par le commandement de leur libre arbitre, même s’il s’avère que les idéaux pour lesquels ils se sont engagés dans la lutte ont ensuite été trahis, piétinés et souillés. Puis vinrent le temps des horribles guerres coloniales. Des jeunes-gens sont morts en Indochine et en Algérie. De nombreux Français ont dénoncées ces guerres de domination ou notre « nation esclavagiste » voulait en maintenir d’autres dans la servitude et l’humiliation. Beaucoup de Français ont manifesté contre ses aventures militaires qui sont la honte de notre nation, certain même ce sont engagés dans le soutien à la lutte de libération des peuples assujettis. Alors, les soldats tombés en AFN ou en « Indochine », morts pour la France ? Laquelle ? Celle qui soutenait les agressions et votait les pouvoirs spéciaux et les crédits de guerre ou celle qui revendiquait la libération d’Henri Martin ou manifestait à Charonne ? Comme toujours ! Morts pour les plantations d’hévéas, le gaz le pétrole et le terrain d’essais nucléaires, pour les grands intérêts économiques. Trompées, floués quant aux véritables buts de guerre, SACRIFIES. Alors certes « le respect qu’impose à tout un chacun la froideur de la mort, et la compassion pour des jeunes hommes instrumentalisés, à peu près aussi victimes que les victimes des peuples martyrisés, nous en impose. Il conviendrait probablement que l’on rendit hommage à ces morts là avec des cérémonies et des monuments spécifiques aux morts victimes de la barbarie impérialiste et colonialiste. Mais Nicolas Sarkozy qui n’était pas à une infamie près en a décidé autrement. Tous les morts en service commandés seront réputés « morts pour la France » et figureront tous sur le même monument aux morts de nos villes et villages, ceux qui avaient été érigées dans les années 1920 pour honorer le souvenir des morts de « la grande guerre ». Ceux-là, pour être des victimes de la barbarie impérialistes, sont au moins morts sur le sol national et l’on peut affirmer sans trop insulter la vérité qu’il ce sont battu pour l’intégrité du territoire de la République. Mais les autres, ceux qui sont morts à Diên-Biên-Phu ou à Bab el Oued, comment oser, alors qu’ils étaient les instruments des crimes d’une certaines France, prétendre qu’ils sont les morts de la France toute entière. N’est-ce pas insulter la France elle-même dont ceux qui le font prétendent pourtant défendre les valeurs dont ces crimes étaient la négation ? N’est-ce pas un crachat de plus sur les martyres de ces nations valeureuses qui se sont levés pour la liberté et la dignité ? Comprenez nous bien, pères et oncles, comprends moi bien mon cousin, nos frères. Nous savons que vous savez, que vous avez été trompés, floués, instrumentalisés. Vous n’êtes en rien responsables des crimes dont la nation c’est exécutés par vos mains. Elle voudrait vous associer à sa souillure pour vous faire partager, pauvres victimes, le poids de l’opprobre qui revient à elle seule. C’est à cette fin perverse qu’elle vous octroie la distinction des héros « morts pour la France » et vous accueille dans la pierre de ses monuments du même nom. Alors, imaginez la contrariété et la nausée qui me vient, quand j’entends que deux soldats du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Castres sont « morts pour la France » à Bangui ou dans la vallée de la Kapisa. Mais que donc allaient-ils faire dans cette galère ? Défendre les intérêts d’Areva et de l’industrie du diamant ? Pas seulement. En mission commandé par l’oncle Sam, non pour « défendre les intérêts de la France » mais pour les « défaire » mettre en œuvre un nouveau système colonial pour l’Afrique, au service de la domination anglo-américaine et arc-bouté sur les fractions christianisées des populations africaines. En Cotes d’Ivoire, au Niger, en Centre-Afrique, ce sont les pions des USA que la France va introniser à ses dépens, c’est à « la guerre des civilisations » Chrétienté contre Islam qu’elle va donner de nouveaux fondements. Leurs arrières grands-pères, grands-pères pères et oncles étaient pour la plupart des appelés, les soldats de la conscription, les « piou-piou » les fils du peuple. Mais ceux d’aujourd’hui sont des volontaires appointés, c’est-à-dire « des mercenaires » qui louent leurs services à des intérêts particuliers même si ceux-ci sont encore dissimulés dans les plis du drapeau national où ils se vautrent. Alors, Morts pour la France ? Non, non ! Et non. C’est insulter la mémoire et l’histoire que de le prétendre. Et encore une fois, ces jeunes gens n’y sont que pour peu de chose. La rareté de l’offre de travail, la légende militaire, le romantisme de la jeunesse. Ils tombent dans les griffes de l’institution militaire qui les formate et les instrumentalise. Encore une fois ils sont plus victime que bourreau. Leur morts mérite notre compassion et appelle notre tristesse émue. Oui, nous l’avons déjà dit, ils ont leur place sur des monuments spécifiques aux victimes de la barbarie impérialiste, pas sur « les monuments des morts pour la France » Alors, on nous objectera sûrement, c’est très tendance, que les intérêts des entreprises Françaises sont ceux de la France et des travailleurs français auxquels elles donnent du travail. C’est faux. La France du peuple, tous les peuples de la terre d’ailleurs, veulent seulement vivre en paix, en bonne intelligence avec leurs voisins et tous les autres peuples, ils aspirent à des échanges équilibrés, à une coopération amicale, à des liens culturels. Chacun ne compte que sur lui-même, son gout de l’effort, son aptitude au travail, les richesses qu’il peut et sait produire. Les peuples n’ont pas besoin de domination ni de pillages ou rapines, de butin et d’asservissement d’autrui. Ils n’ont pas besoin de tuer ni mourir pour vivre. Ce sont les tyrans qui les gouvernent, les « gavés » « les boulimiques », « les jamais rassasiés » qui ont besoin de cela, de « survalues » de « rendements à deux chiffres » de « profits gigantesques » et qui afin d’enrôler pour leurs buts ignobles, toujours plus de nouveaux « factotums » entretiennent le mythe « des morts pour la patrie ». Jeudi 12 décembre 2013.

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