(Discussion avec mon ami et camarade Claude)
Mon très cher camarade,
Je te nomes « mon très cher » car pour moi le passé, le militantisme et les combats partagés, ne sont pas que des souvenirs évasifs, ils ont soudé une amitié indéfectible, et quand bien même en viendrais-tu à me détester, moi je t’aimerai encore.
Deux choses nous distancient à présent.1) Je fais de la politique, tu fais de la propagande 2) ton adoption de l’analyse « campiste » t’as fait dévier des références de « classe ». La lutte des classes ne se réduit pas à l’affrontement entre « Bourgeois et prolétaires ». Elle se prolonge au plan international entre nations subalternes et nations dominantes. Entre impérialisme et nations dominées. Les politiques impérialistes et les guerres qu’elles engendrent, ne sont à l’échelle internationale que des prolongements de la lutte des classes. Et il ne suffit pas de caractériser un pays comme « impérialiste » pour en déduire que ses adversaires ont raison.
Tu n’es pas très tendre avec moi. Au mieux écris-tu « ce serait du souverainisme relevant de la stratégie chevenementiste, celle des deux rives, gauche et droite , avec les résultats que l’on sait, mais pire ENCORE ce pourrait être celle de Marine le PEN. »
Patientes quelques instants et tu vas voir que je peux si je le souhaite en servir tout autant à ton encontre.
Mais avant d’aller plus loin, permet moi Claude, une petite parenthèse. On dirait que pour toi en appeler à la conscience nationale, à la « souveraineté des nations est un « gros mot ». Mais internationalisme n’est pas mondialisme. Dans internationalisme il y a « inter » et « nationalisme ». L’internationalisme est l’amitié entre les Nations, pas leur disparition. Revois donc les positions de Lénine sur les nationalités après la Révolution d’Octobre, et son conflit sur la question avec Staline. Au demeurant, c’est paradoxal et je dirai même troublant. Une simple évocation de la « Nation Française » vous fait mal aux oreilles à vous qui nous emmèneriez volontiers dans une guerre de soutien à la souveraineté nationale de l’Ukraine.
Lorsque toi Claude, mon camarade, mon ami, avec lequel j’ai partagé mes engagements de jeunesse, dit une telle chose, j’ai envie de vomir, de hurler : « NON PAS TOI ! » !…Tu étais croyais-je un homme de débat, tu ne peux pas comme le font à présent (c’est une maladie du temps) de multiples abrutis, finir la discussion par l’invective. J’en ai marre de tous ces petits connards donneurs de leçon, qui finissent systématiquement tous les débats sans les avoirs commencés, par des insultes : » : Le Peniste », « fasciste », « doriotiste », « poutiniste », « Trumpiste », « rouge brun », « antivax », « campiste », « homophobe », « transphobe », etc. J’en ai soupé, je ne veux plus les entendre. Je veux des arguments des vrais.
Il est vrai que toi tu parais hésiter encore un peu, à mon égard. Tu me dis que ma trajectoire conduit dans les bras de Marine, mais que je n’y suis pas tout à fait encore. Alors tu me tends une dernière fois une main secourable, en tentant d’aligner quelques vrais arguments en forme d’ultimatum : « Tu adoptes, c’est moi ou Marine ». Ne t’a-t-on jamais dit que l’on peut avoir des désaccords sans que cela fasse de l’autre un traitre ou un apostat ?
« Quand je t’ai connu Patrick tu te réclamais de la classe ouvrière, de la Commune de Paris, de l’internationale. » Et bien ne t’en déplaise Claude, je n’ai pas varié d’un centimètre, ce sont toujours les valeurs dont je me réclame. Moi qui fu le premier prolo recruté par la 4ème internationale dans l’immédiat après 68, je me réclame toujours de la classe ouvrière, mieux, la classe ouvrière je l’ai chevillée en moi, j’en suis partie constituante, J’ai commencé à travailler à 15 ans en atelier de chaudronnerie, et je suis resté un ouvrier toute ma vie. Je n’ai pas cessé un seul instant de me réclamer de la commune de Paris, de l’internationalisme prolétarien, de la Révolution RUSSE d’octobre, de Karl Marx, de Rosa Luxemburg, de Lénine, de Trotsky, de Fidel Castro et de Che Guevara. Et la une première grande différence entre toi et moi, malgré notre désaccord je ne m’autoriserai pas à douter de ton attachement à ces valeurs.
Je regardes autour de moi le paysage politique dévasté, le Parti communiste français à l’état de cadavre en décomposition, le PS moribond, LFI en perdition dans sa quête de suffrages communautaristes, le NPA et l’extrême gauche égarés dans l’impasse communautariste, qui fait de la lutte contre le fascisme, et non contre le capitalisme qui l’engendre et l’instrumentalise, sa priorité, se vautrant dans la décadence civilisationnelle au nom de la défense des libertés, eux qui approuvaient il y-a peu la mort de la liberté vaccinale et du libre choix du traitement. Je te regarde et je te vois toi-même Claude, « blackeboulé » dans cet imbroglio du temps, complètement perdu, désorienté. Alors je me dis que foin d’avoir perdu mes repères comme tu le suggères, je suis presque seul (j’en ai aperçu quelques autres sur le Net) derniers des mohicans, derniers des marxistes, restés fidèles aux valeurs fondamentales.
La Russie n’est plus socialiste, elle est donc capitaliste et impérialiste, c’est à peu près ce que tu dis. Soit. Mais est-ce une raison suffisante pour oublier que les USA, la Royaume-Uni et les pays d’Europe occidentale n’ont jamais cessé de l’être ?
La Russie n’est plus socialiste, elle est donc capitaliste et impérialiste Donc la guerre que mène l’Ukraine contre la Russie est une guerre de libération nationale. C’est-à-dire au sens de l’analyse marxiste, une « guerre juste » Marxistes anticolonialistes on ne combat pas les « guerres justes » on les soutient. Donc tu soutien la guerre des ukrainiens contre ceux que tu qualifie « agresseurs ». La France, l’Angleterre, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Tchéquie, soutiennent « la résistance » du peuple ukrainien. Jusque-là tu ne peux qu’approuver, même si tu le dis de manière différente, en termes couverts, en lague de bois révolutionnariste. Or ces soutiens de l’Ukraine sont les nations capitalistes/impérialistes occidentales, qui poursuivent d’autres buts que la libération de l’Ukraine, des fins impérialistes d’accaparement à leur compte des richesses de l’Ukraine, et le démembrement de « l’Union de Russie ». Dès lors tu ne peux le nier cette guerre même à ton sens change de nature. Ce n’est plus une guerre de libération nationale mais une guerre « impérialiste » impérialisme occidental contre impérialisme russe. Dès lors il faut combattre cette guerre, exiger qu’elle cesse. « Guerre à la guerre ». La lutte contre la guerre impérialiste commence par la lutte contre son propre impérialisme. Mais si tu refuses d’entendre cela, si tu persiste dans ton soutien à la prétendue guerre de « libération ». Alors cela veut dire que de manière honteuse tu as choisi ton camp, celui de ton propre impérialisme.
Ton rejet de ce que tu appelles le « campisme » t’a ainsi conduit selon moi, de facto, sans même que tu en ais conscience, dans le camp de ton propre impérialisme, celui de l’Union sacrée dans les préparatifs d’une troisième guerre mondiale impérialiste. Mais pour moi tu « glisses », tu te trompes » mais tu n’es pour cela ni un traitre ni un salaud.
Pour ce qui me concerne, je serais donc devenu un esquif en perdition : et là, toutes amarres larguées, emporté par la dérive campiste (Dériver et camper son des termes qui s’opposent pourtant) et « pacifistes tu en appelles tel de Gaulle depuis Londres, au peuple français ! », relèves-tu. A quoi je te réponds, du tac au tac : Et toi emporté par les rodomontades du romantisme révolutionnaire tu déclames : « Encore et encore, grève générale et constituante ouvrière » quand le peuple avachis n’est pas même en mesure de faire contre la guerre impérialiste qui vient une manifestation qui vaille ? » Tu vois Claude, non je n’ai rien oublié, pas même cette sagesse léniniste « UN PAS EN AVANT SUR LES MASSSES ». Plus de deux pas d’avances ce n’est plus une avant-garde révolutionnaire, c’est une bande de vociférateurs inutiles.
« Poutine est un brave homme » D’où sors-tu cette étrange « catégorie politique du brave homme » Qu’est-ce donc qu’un brave homme dans l’empoignade de la lutte des classes ? Lénine était-il un brave homme ? Et Trotski ? Et Maximilien Robespierre ? Que nous importe que Poutine soit ou ne soit pas un pas un brave homme ? laissons ça pour Paris-Match. Poutine est le dirigeant d’un grand Etat, d’une grande puissance, du plus grand pays de la planète, confronté aux menées bellicistes de l’impérialisme occidental (Anglo-américain et européen) qui veut le dilapider, le lacérer, le coloniser. Poutine face à cette agression fait ce qui doit être fait. Et il a bien raison de ne pas s’en remettre à l’avènement prochain ( ?) de la révolution ouvrière dont l’attente laisserait la Russie se faire dévorer.
Toi tu résous tous les problèmes du monde par ton appel incantatoire à la révolution prolétarienne. Un chef d’Etat ne peut s’en tenir aux incantations. La niaiserie de l’alcoolique Eltsine a déjà couté bien assez chers à la Russie. Et le long imbroglio des prétendus accords de Minsk a failli lui valoir une catastrophe.
« Poutine, le méchant, l’impérialiste russe » ne devrais pas avoir recours à la guerre. Donc il y aurait à l’heure présente deux bases américaines en Crimée. La flotte russe aurait été chassée de la mer noire. La Russie revenue au temps du Tsar Pierre Le Grand, quand elle n’était encore que « l’Empire du froid » n’aurait plus de débouchés sur les mers chaudes. Elle déclinerait et serait une proie facile pour les visées impérialistes occidentales. L’impérialisme occidental (le tien) et anglo-américain seraient victorieux sur toute la ligne. Beau bilan pour la ligne politique de l’anti-impérialiste que tu prétends être.
Pour ma part non, effectivement je ne veux pas de ce scénario catastrophe. Je souhaite que la Russie vive. Je souhaite la défaite de mon propre impérialisme.
Je t’embrasse
VICTOR (Allias Patrick Seignon)
