LES PARALLELES INDECENTS ET DANGEREUX.

(Agression contre le Vénézuéla – 3)

C’est devenu une pratique récurrente d’un grand nombre d’acteurs dans le débat politique, non pas d’analyser les situations spécifiques en en décryptant les réalités du moment, mais de tout comparer à des situations antérieures. De la sorte ils se privent d’une réelle compréhension des contextes actuels et finissent par tout mélanger dans un « melting-pot » indescriptible. C’est ainsi que l’on voit se multiplier par exemple les accusations de « fascisme » et certains faire leur priorité de la lutte contre un fascisme qui n’existe pas. C’est ainsi que certains renvoient dos à dos l’impérialisme U.S. et « l’impérialisme russe ».

J’ai entendu, au premier jour de l’enlèvement de Nicolas Maduro, la réaction outrée de Jean-luc Mélenchon. Amis du Venezuzuela et laudateur du « chavisme » ? Pour sa critique de tout ce qui concerne l’action américaine, il n’y avait rien à redire quand à la clarté et la justesse de cette déclaration. Et sur ce point je partage tout à fait l’avis de Monsieur Mélenchon et le soutiens sans faille.

Mais dans ce positionnement politique il y a pourtant quelque chose qui agresse la raison, un raisonnement qui ne tourne pas rond. Monsieur Mélenchon a dit, probablement obligé qu’il s’est cru de le faire, qu’une « invasion est une invasion », qu’une « agression est une agression », suggérant un parallèle entre l’action américaine au Venezuela et l’action Russe en Ukraine, renvoyant ainsi dos à dos « les impérialismes réels ou supposés, russe et américain ».

Cette approche de la réalité est inacceptable. C’est pourquoi j’ai pris la résolution de la décrypter et de la combattre.

1 – Elle est inacceptable d’un point de vue « factuel et empirique ».

2 – Elle est inacceptable au sens de l’analyse politique marxiste.

3 – Elle est inacceptable moralement et elle est inacceptable surtout parce qu’elle est fausse, qu’elle occulte une partie de la réalité et induit un positionnement politique dangereux pour « la gauche » et pour les peuples.

1 – Du point de vue Factuel et empirique.

Seuls les imbéciles gobent la fable du Président du Venezuela trafiquant de drogue. Chacun sait bien et Donald Trump le dit d’ailleurs sans ambages, il veut accaparer pour les USA et ses compagnies pétrolières, les immenses réserves d’or noir du Vénézuéla. La méthode autant que les buts avoués de l’opération relèvent sans contestation possible du gangstérisme impérialiste. D’ailleurs le Vénézuéla n’a jamais constitué une menace pour les USA, et il n’a jamais fait partie ni appartenu à ceux-ci. L’impérialisme yankee a été refoulé toutes les fois précédentes où il a essayé de soumettre ce peuple et ce pays.

Rien donc au point de vue factuel et empirique de comparable à la situation Russie/Ukraine.

C’est dans le feu de la Révolution de 1917 que l’Ukraine a été forgée. L’Ukraine n’a de tout temps existé que dans son lien intime avec la Russie. La Russie en 2022, n’a ni envahie l’Ukraine, ni déclaré vouloir la priver de sa souveraineté ni la soumettre son leadership, ni non plus s’emparer de ses richesses. Ce que la Russie voulait et veut encore, c’est la neutralité et la démilitarisation de l’Ukraine, indispensable à sa propre sécurité face aux   menées agressives de l’OTAN.

Il y eut « les accords de Minsk », mais chacun le sait à présent, excepté les gens de mauvaise foi, ces accords de l’aveu même de la chancelière allemande, madame Angela Merkel, et du Président de la République Française, François Hollande, qui en étaient tout-deux les garants, n’avaient pour objet du point de vue occidental que de gagner du temps, d’armer « de pied en cap » une Ukraine russophobe, pour porter l’épée au cœur de la Russie

En 1940/41 la Russie soviétique dirigée par J Staline fit preuve de trop de « désinvolture » face à la menace du Reich allemand, et le paya fort cher. Fallait-il que Vladimir Poutine renouvelle pareille erreur ? N’importe quel chef d’Etat responsable (et non alcoolique) aurait fait la même chose : Il a déclenché préventivement ce qu’il a appelé « une opération militaire spéciale », pour expurger la menace, et non pas « une déclaration de guerre » ni « une invasion » de l’Ukraine.

Alors de la sorte nous voilà tout de même dans un conflit armé qui oppose la fédération de Russie à l’Ukraine. Dès lors bien entendu se sont les lois de la guerre qui s’imposent. La Russie a conquis des portions de ce qui était censé constituer le territoire de l’Ukraine dans les frontières de 1991. Ainsi contrôle-t-elle à présent l’essentiel de la région du Donbass. Mais ce sont là les terres « Nova rossya » qui appartenaient déjà depuis trois siècles au moins à l’empire Russe, où une grande partie de la population est russe ou russophone. Il faut considérer enfin qu’après le coup d’Etat de la place Maïdan et le contrôle du pouvoir qui s’en est suivit, en 2014, par les ligues fascistes russophobes, l’Ukraine est devenue un agresseur de son propre peuple du Donbass, et en passe de devenir une grande menace militaire pour la Russie

2 – Du point de vue de l’analyse marxiste.

On appelle couramment « impérialisme » dans le langage politique profane, toute action ou situation de domination d’un peuple par un autre ». Mais cela en vérité s’est plutôt du colonialisme ou néo-colonialisme.

L’impérialisme, du point de vue de l’analyse marxiste se caractérise d’abord par « l’exportation des capitaux (V I Lénine : « l’impérialisme stade suprême du capitalisme ».)

On a essayé de nous faire croire ces dernières décennies que « la mondialisation » était une bonne chose, l’ouverture des frontières et des marchés, les « délocalisations industrielles, la libre circulation des travailleurs du monde entier qui peuvent aller trouver ailleurs les emplois qu’ils n’ont pas chez eux, etc. C’était, disaient-ils, la liberté planétaire, le marché mondial, etc.

La vérité est tout autre. Le marché mondial n’a pas attendu la « mondialisation » pour exister ; Il s’est fondé depuis Marco Polo et Vasco de Gama pour l’ère moderne mais existait en fait bien avant du temps des grecs des phéniciens et des romains pour le monde occidental et avant encore pour les pays limitrophes de l’océan indien. Et les droits de douanes n’étaient pas une entrave à son existence mais un moyen de protéger le propre développement interne des nations.

La « mondialisation » n’a pas créé le marché mondial, ce qu’elle a créée c’est la carte blanche donnée aux capitaux impérialistes d’exploiter en toutes impunité toutes les ressources et tous les travailleurs partout dans le monde.

Donc oui, quand la Chine ou la Russie exportent des capitaux, on est en droit de parler d’impérialisme. Mais la grande différence entre celui-ci et l’impérialisme occidental, c’est la subordination et l’usage de la coercition

Pendant ce que l’on a appelé la période coloniale, l’occident (Angleterre, France, Espagne, Portugal, Allemagne, Belgique, Pays-Bas) avait asservit à peu près la totalité des nations de la planète. Après la deuxième guerre mondiale, un vaste mouvement insurrectionnel des peuples libéra les nations vassales de l’emprise coloniale directe. Mais celles-ci qui avaient des économies déséquilibrées, inviables, restèrent en vérité sous la domination économique des anciennes métropoles. C’est ce que l’on a appelé néo colonialisme. Plus de présence coloniale directe mais le maintien d’une couverture convenue ou d’une menace militaire permanente (interventionisme).

« L’impérialisme néo-colonialiste », appelons-le ainsi, occidental, s’est toujours efforcé de maintenir les pays vassaux en état de dépendance. Les activités économiques qu’ils promeut dans les contrées sous son contrôle sont faites pour ses usages propres et son bénéfice exclusif, négligeant les intérêts particuliers des nations inféodées, y compris la question de la suffisance alimentaire des peuples, qu’il garde ainsi bien sagement sous sa lourde patte.

C’est une autre différence avec « l’impérialisme capitalistique, » nous l’appellerons ainsi pour le différencier, de la Chine et de la Russie. Nul n’a vu encore une seule fois, nulle part de part dans le monde, ni la Russie ni la Chine bombarder ou enlever le Président d’un seul pays, pour le soumettre, ni fomenter un coup d’état pour installer un gouvernement à sa solde. Au grand dam des anciens maitres occidentaux congédiés, l’impérialisme capitalistique Russe et chinois se développe, en Asie, en Afrique, et même en Amérique-latine, Mais toujours sur la base d’accords bilatéraux librement consentis, dans le respect mutuel, avec des clauses plus équilibrées et en veillant au développement propre des pays partenaires. C’est cela ! « Partenaires » et non « vassaux ».

3 – Occultation de la réalité, Fausse, moralement inacceptable et dangereuse.

En fait, ce renvoi dos à dos des « impérialismes » U.S. et russe (ou Chinois) a pour but pour les propagandistes occidentaux, (et pour effet chez les imbéciles qui gobent leurs ignominies) d’occulter une réalité récurrente, l’agressivité meurtrière de l’impérialisme américain, et la responsabilité de celui-ci dans les tensions et les conflits qui agitent en permanence la scène internationale. Or, cela a pour conséquence induite, immédiatement dangereuse de brouiller la compréhension de la réalité et donc d’adopter les bonnes attitudes qui s’imposeraient. Pour les militants marxistes égarés, pour les militants de la paix (pascifistes), cette confusion qui renvoie dos à dos les impérialismes a pour conséquence néfaste d’absoudre en quelque sorte leur propre impérialisme, de rendre illisible la réalité sapant ainsi les capacités de mobilisation populaire.

Ainsi, certains ont analysé l’intervention Russe en Ukraine comme une « agression impérialiste. Où il convenait de voir une réaction préventive pour se protéger d’une agression occidentale par Ukraine interposée, laquelle était en préparation très active. Cela établit, on peut maintenant le dire, OUI, il existe un parallèle entre l’intervention Russe en Ukraine et l’intervention U.S. au Vénézuéla, mais ce n’est pas celui qui a été fait par la propagande guerrière occidentale, par les médias à la solde, ni même certaines figures « de gauche ». Le parallèle ne se trouve pas dans les actions de Poutine et Trump, il se trouve dans la diabolisation de Poutine et Maduro. Il se trouve que Maduro et Poutine, plus exactement le Vénézuéla et la Russie sont tous deux également victimes des menées agressives du même impérialisme U.S. comme le furent avant eux Saddam Hussein et l’Irak, Milosevic et la Serbie, Hosni Mubarak et l’Egypte, Mouammar Kadafi et la Libye, Bachar Al Assad et la Syrie. Le scénario est bien rôdé, la diabolisation prépare l’attaque. Il n’y avait pas d’armes de destruction massives en Irak.  Il n’y avait pas d’arsenal chimique en Syrie. Maduro n’est pas un trafiquant de drogue. Poutine n’est pas un dictateur ni un monstre. Tous ces chefs d’Etat n’ont qu’un seul problème : refuser de se plier au diktat de l’impérialisme Yankee.

La Russie est un pays bien plus grand que le Vénézuéla, militairement bien plus puissant et mieux préparé, et s’est au demeurant une puissance nucléaire. De plus bien plus éloigné des USA, que n’est la République bolivarienne. L’attaquer, la réduire, la dépecer, s’emparer de ses richesses, c’est ce que projette l’impérialisme Occidental (c’est à présent une chose établie et clairement avouée) est certes une entreprise bien plus difficile et risquée qu’une opération commandos sur Caracas. C’est pourquoi celle-ci nécessite une longue préparation et beaucoup d’investissements. Au temps déjà de la « guerre froide » l’Otan avait entrepris une vaste manœuvre d’encerclement et d’approche de l’URSS sous prétexte de « danger communiste ». Avec la dislocation de l’URSS en 1991 et la dissolution du pacte e Varsovie ce danger » disparaissait, l’OTAN aurait dû en toute logique être dissoute aussi. Il n’en fut rien, au contraire celle-ci poursuivit et même accéléra sa manœuvre d’approche et d’encerclement. Avec le coup d’Etat de la place Maïdan en Ukraine en 2014, c’est à la phase offensive que se préparait l’impérialisme occidental. Que devait faire dés-lors le Président de la fédération de Russie ? Attendre que des commandos héliportés lui tombe sur la tête comme Maduro, ou pire, une nouvelle opération Barbarossa ? La meilleure défense étant l’attaque (diagonale du fou) il a prévenu le coup de ses adversaires en déclenchant l’opération militaire spéciale ainsi qu’il l’a nommée.

Voilà la réalité qui échappe à ceux qui renvoient dos à dos impérialisme Américain et Russe, et qui les conduit à refuser la paix au prétexte qu’ils veulent une paix « juste » c’est-à-dire qu’ils refusent d’entériner les nouvelles réalités qui résultent de la guerre.

Il ne fallait pas alors la commencer !

Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Samedi 10 janvier 2026.

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