PETITE CHRONIQUE D’UNE MANIFESTATION Une manifestation est un acte collectif. Elle ne vaut que par cela, le nombre, les revendications qui la cimente, la volonté commune qui la gouverne. Pourtant une manifestation est constituée de milliers de volontés, de destins, d’histoires, individuelles. Je connais Paris, j’y ai habité 30 ans. J’ai battu son pavé dans tous les sens au gré de mille manifestations. Des longues et des courtes, des enthousiasmantes et des « chiantes », des combatives et des « traine savates », des joyeuses et des graves. J’ai en mémoire une page de l’Histoire populaire de Paris. Manifester à Paris, pour moi, vingt-cinq ans après c’était comme un pèlerinage, un voyage nostalgique, parsemé de parfums de « madeleine de Proust ». Cela fait soixante ans, je vous l’ai confessé, que je proteste, conteste et manifeste ; Vous l’avez deviné, je ne cesserai que par l’infirmité ou le trépas. Je ne suis encore ni infirme ni trépassé j’étais donc ce dimanche dernier 16 octobre 2022 en manifestation à Paris, contre la vie chère (l’inaction climatique me laisse dubitatif), à l’appel de LFI et quelques autres groupements mal appariés dans la « NUPES ». Nous venions, « Citoyens libres d’Indre et Loire » avec notre banderole et nos tracts « Non à la guerre ». Inquiets que les partis et mouvements politiques, les syndicats et les associations ne fassent pas de l’opposition à la guerre impérialiste la priorité de leurs préoccupations. Sous la cinquième République la politique étrangère est traditionnellement le domaine réservé du Monarque. Voilà donc un homme qui décide seul du destin d’un peuple, d’une nation, qui accorde des milliards d’euros pour soutenir la guerre en Ukraine, qui plutôt que chercher l’apaisement jette de l’huile sur le feu, envoie des armes et des hommes, nous implique dans une guerre ouverte avec la Russie, applique à celle-ci des « sanctions » qui sont des calamités pour son propre peuple, et personne ne dit rien. Les partis, les syndicats, appellent à protester « contre la vie chère et l’inaction climatique » quand le feu de la guerre nous brûle les fesses. Serions-nous déjà, insidieusement engagés, comme en 1914 dans « l’Union sacrée » pour un nouveau grand massacre ? Contre la vie chère, contre l’inflation, bien sûr qu’on est d’accord, bien sûr que je veux bien, et n’est-ce pas d’ailleurs la justification de ma participation à cette manifestation ; Mais ne convenait-il pas de dire aussi que l’envolée des prix de l’énergie qui a induit la poussée inflationniste actuelle est la conséquence directe des sanctions idiotes contre la Russie ? Idiotes oui car elles pénalisent plus les peuples d’Europe occidentale que l’économie russe. Ah, mais oui bien sûr j’oubliais, ils n’en ont rien à cirer des peuples, ils visent bien plus haut : l’accaparation capitaliste. Bref, ne nous laissons pas emporter par notre indignation. Revenons à Paris, la capitale des Révolutions, le faubourg Saint Antoine, Réveillon, la prise de la Bastille, les barricades de 1830, Gavroche, la commune, le mur des fédérés, la rue Gay-Lussac, Charonne, 1968. Mille huit cent mètres sur vingt-cinq en moyenne c’est 45 000 mètres carrés en comptant un manifestant par mètre carré cela ferait au pire 45 000. A deux au mètre carré, ce qui est plus probable cela fait alors 90 000. Je ne vais pas rentrer dans les détails, les manifestants déjà parvenus à la Bastille et des milliers d’autres encore à la Nation. Mais cette seule réflexion invalide le chiffre de 30 000 manifestants évalués par la préfecture de police selon une estimation faite la veille. Nous étions nombreux, très nombreux, pas encore assez pour ébranler le système. Mais l’heure en viendra. Le réveil s’annonce. Les masques tombent. Faidherbes Chaligny, je descendais souvent à cette station ; ou m’y rendait à pied quand j’allais visiter mes amis si chers rue Titon. Ils habitaient un immeuble ancien où le bois était le matériau dominant des constructions car le faubourg Saint Antoine était autrefois dédié presque entièrement aux ébénistes et aux menuisiers. D’ailleurs une bonne portion de la rue depuis la Bastille était occupée par les boutiques des marchands de meubles de styles et copies de modèles anciens. Un émerveillement pour les sens de ceux qui goûtent les savoirs faire des artisans d’art. Le faubourg des ébénistes. J’explique à des amis qui connaissent peu Paris. On va bientôt voir les vitrines et les merveilles qu’elles recèlent. Surprise ! Ils ont tous disparus. Pas un ne reste. Décidément il y a longtemps que je n’étais pas venue dans la capitale des révolutions violée par la « Bobocratie ». Elle crie, elle geint à présent souffrant des agressions du surfait et du mauvais goût. Nous avons fait tout le parcours. Notre banderole a fait son effet. Nous avons distribué des tracts eut de nombreux échanges. Une invitation au congrès départemental du mouvement de la paix, échangées des coordonnées place « rouge » de la Bastille avec la blonde Nathalie. Nous allons le construire ce mouvement antiguerre. Malgré toutes les inerties des partisans avérés ou cachés de leur propre impérialisme. Nation République par le faubourg Saint Antoine, j’ai fait ça plus d’une fois pensez. Il est vrai qu’il y a longtemps. Je ne comprends pas pourquoi j’ai le sentiment qu’ils ont, par je ne sais quel stratagème, allongée la distance. Fin de manifestation place de la Bastille, je suis comme chez moi. Tient justement un garçon passe qui vend un journal, l’Égalité ». L’Égalité ? L’Égalité le journal de « la Gauche Révolutionnaire » Ça existe encore ? Tu connais Y.L ? Non ! et Joël L ? Non. J’ai la berlue, ferais-je une confusion ? C’est bien « la Gauche Révolutionnaire ? » Oui, nous avons une table là-bas il y a plusieurs camarades peut-être en reconnaitras-tu ? » J’y vais de ce pas. Pas une tête connue. Je retrouve de vieux camarades et j’ai la surprise de les voir tous si jeunes. Pas triste du tout de la circonstance, au contraire, « le communisme n’est-il pas « la jeunesse du monde ? ». Un moment d’émotion, un rétropédalage, une remontée de plus de vingt ans dans le temps. On a renoué des liens, on s’est fait des bises. On se reverra. Puis, comme j’allais quitter la place, tient une tête connue H…. ? Là-bas au pied de la colonne de juillet, puis deux, puis trois, H, A et G. Ravi de les trouver là. Mais H. parait terrorisée par mon apparition. Elle a un mouvement de recul, je lis dans son regard terrorisé : « VADE RETRO SATANAS ! ». « A », elle reste figée la bouche en « O » les yeux ronds, béate la mine interdite. « G », celle des trois avec laquelle j’ai habituellement la plus grande proximité est face à moi. Comme mon élan allait vers elle, elle ne fait pas le moindre mouvement d’approche en retour comme font habituellement les gens contents d’une rencontre. Au contraire. Je vois nettement qu’elle se campe sur ses talons le dos et la tête basculés en arrière dans un geste de refus, les joues gonflées et empourprées. A cet instant des acouphènes » (c’est fréquents chez les personnes de mon âge qui ont la tête pleines de toutes leurs musiques archivées) ont susurré à mes oreilles ces paroles connues « Salut à toi Dame Bêtise, Toi dont le règne est méconnu, Salut à toi Dame Bêtise, Mais dis-le moi, comment fais-tu, Pour fleurir notre vie, De basses révérences, De mesquines envies, De noble intolérance »(« l’air de la bêtise » Jacques Brel ) Elle était là la bêtise, symbolisée, par cette composition « des trois bécasses » G avait peur que je l’embrasse comme je l’ai toujours fait au paravent. Mais là il y avait des « témouines » gênantes ; Rentrée à Tours ses amis grands démocrates lui demanderaient des comptes à propos de ces familiarités avec moi. Cela ne serait-il pas un signe de compromission ? Ne tournerait-elle pas elle-même un peu « fasciste » ou « rouge-brun ». Les fascistes çà ne s’embrasse pas, ça se bat ». Faire des bises à « un fasciste (serait-ce qu’ils n’ont pas confiance en leur propre immunité ?) Cela suffit en effet à se contaminer selon ces adeptes de la vie en commun et « des gestes barrières ». « N’ai-je pas eu le droit moi, 60 ans de militantisme ouvrier et révolutionnaire, de me voir apposées ces étiquettes « infamantes » et insulté en place publique, un jeune « peigne cul » sorti de je ne sais qu’elles faculté de l’idiotie m’intimant l’ordre de quitter la place. Parce que lorsque des provocateurs « anarcho-antifas quelque chose » cherchaient à pourrir les manifestations anti-passe de Tours, je me suis interposé et négocié avec un groupe classifié « extrême droite », l’évitement de la provocation pour le bon maintien des manifestations ? Bon, ne nous formalisons pas ; Je les indispose, soit. Je m’éloigne en reculant et leur adresse un simple bonjour « sans contact » d’un geste de la main comme l’ont en fait sur le quai d’une gare. « Bon vent les filles ! ». Il y a des gens qui ont l’esprit le cœur et les bras ouverts, qui ne redoutent pas de se pervertir au contact des autres courant de pensée car ils possèdent une culture et des idées politiques solides et que maitres de leur libre arbitre ils raisonnent par eux-mêmes. Et puis il y a ceux qui fonctionnent comme des ordinateurs de première génération avec des cartes perforées. « Guillaume Untell » : Fasciste, tac un petit trou : « rouge brun » tac un autre petit trou, etc. : et pour former un avis sur celui-ci, apporter une réponse à une quelconque idée ou proposition émanent de lui, ils insèrent la carte perforée dans leur système cérébral obsolète. Joies et désagréments sont le lot imparable de tous les pèlerinages, de toute « les longue » ou « grande » marches. On découvre on revisite on s’extasie, on s’irrite. Malgré mes prévenances j’ai pris part à « la grande marche » du 16 octobre, bras cœur et esprit ouvert, apportant ma modeste contribution à un vaste mouvement d’unité populaire où j’ai rencontré trois femmes théoriquement là pour les mêmes raisons mais « bras fermés, cœur sec, et esprit obtus. Pas facile l’unité populaire. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Mercredi 19 octobre 2022.
