SPLEEN Mes apparitions sur la toile se sont faites rares ces derniers mois, au point que vous pourriez croire à une désertion ou à une capitulation. Il n’en est rien. Je m’en suis déjà excusé précédemment et en ai donné quelques explications. Un « spleen » mortifère me ronge qui m’a contraint à une période d’introspection. Je ressasse mon dégoût, je rumine mes colères, Le temps va venir bientôt où je régurgiterai mes nausées et mes indignations sous la forme d’Odes à la raison et de vibrants appels à la révolte. J’ai eu comme tout un chacun plusieurs vies antérieures. Dans la nouvelle, qui a commencé voilà vingt ans, je me suis présenté sur la toile, c’est mon nouveau « statut », un peu immodeste j’en conviens, comme « Chroniqueur, écrivain, poète ». Certains réseaux me Harcèlent qui veulent connaitre mes universités et les titres dont je pourrai me prévaloir. Ah, si j’étais « lettré », docteur ou énarque, combien je serai plus respectable, combien de portes s’ouvriraient à moi, combien de micros se tendraient et de studios m’accueilleraient. Dans ce monde guindé où le formatage systématique tient leu de science et de raison, on ignore ou méprise de possibles trésors au fait qu’on ne peut établir de manière fiable leur « traçabilité ». A l’instar de celui de la « grande consommation » on voudrait contraindre le consommateur moderne de science de culture et de pensées à n’accorder « d’intérêt » qu’aux œuvres correctement étiquetées et labellisées : quand c’est « marqué dessus comme le port-salut ». Je n’en ai cure. Les universités de la vie ne sont-elles pas les meilleures ? Mes titres je les ai acquis par mes lectures l’échange et la méditation mais aussi dans les combats de l’existence.et les épreuves qui sont autant de « contrôle permanents des connaissances ». Ceux qui méprisent ces titres là et qui se croient savants pêchent par vanité, ils n’ont rien retenu ni compris de Voltaire qui a dit « qu’une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien remplie », ni de Rousseau qui a écrit : « Je pense que quand on a une fois l’entendement ouvert par l’habitude de réfléchir, il vaut toujours mieux trouver de soi-même les choses qu’on trouverait dans les livres ; (la nouvelle Eloïse » Lettre XII de Saint-Preux à Julie.)….. Des évènements qui m’affectent personnellement, dont j’ai eu connaissance hier, et la pluie grise de ce jour me précipitent dans une infinie tristesse. Le vieux pommier a chu sous la bourrasque. Alors il me revient à la mémoire un de mes nombreux textes de jeunesse, perdus (perdue aussi), une chanson écrite sur une mélodie lancinante, probablement dans une semblable période d’accablement. Le partage n’est-il pas la plus sûre des médications aux maux qu’engendrent nos réalités sociales. Comme une midinette à « Tournez manège » j’ai besoin de me livrer. J’ai envie de lever un bout du voile tant prisé que porte chaque être et qu’il devrait se garder de n’ôter jamais totalement. O ! Ne vous m’apprenez pas. Je ne vais pas me dénuder. Comme je viens de l’écrire, en publiant ce texte, il ne s’agira pour moi de ne lever qu’un petit bout du voile pudique dont je revendique âprement le droit de le porter. Demain L’automne Que je ne verrai pas Avec ses accents de matrone Avec la pluie couvrant ses pas Sur les coteaux rouges et jaunes Tapis sous un ciel vert de gris Avec les amours monotones Qu’elle glane sur les parvis Que le printemps qui prend le Rhône Dans la péniche de l’ennui A déserté à petits pas. Et le ciel sur le Rhône * Ecartèle les bras Et les buissons frissonnent Lorsque sonne le glas La bise polissonne Vient agiter l’éclat D’une flamme qui fuit Puis au flanc de l’automne S’en va coucher la pluie. Amante de personne Dans sa mélancolie Qui pleure dans ses draps. Demain sera l’automne Et je ne serai pas. Alors prenant le Rhône Ouvrant ses larges bras Au seuil de l’Azur recueillie Un printemps reviendra Pour bouter hors l’automne Amour refleurira Mais mon cœur atone Lui ne fleurira pas. Il meurt cet automne Pour la dernière foi. Mon cœur mort ? Pour la dernière foi ? N’en croyez rien amis, il ne s’agit là que de ces excès de langage auxquels conduit l’emphase propre au genre poétique. D’ailleurs ce poème est ancien, il date de mon adolescence, et mon cœur de lion a depuis ces année-là rugit encore à mainte reprises. J’arrive, je reviens. A bientôt pour de nouveaux combats. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Dimanche 10 décembre 2017.
