LA PART DU PEUPLE A L’HOMMAGE NATIONAL A MICHEL ROCARD Michel Rocard qui de toute évidence se tenait lui-même en haute estime, a prescrit par disposition testamentaire que la France devait lui rendre un hommage national aux invalides. Il est d’usage de ne pas contrevenir aux dernières volontés d’un défunt. C’est pourquoi, ne pouvant nous rendre ce jour sur l’esplanade sacrée de la nation, nous avons voulu tout de même apporter notre modeste contribution à la cérémonie : la part du peuple au souvenir ému, que nous dédions aux invalides de la mémoire ? Les plus jeunes peuvent croire que « la dérive droitière » qui a conduit « une fraction » du PS à embrasser la ligne « Social-libérale » actuelle, est un phénomène récent. Or, cela est moins que récent ni ne peut être qualifié de « dérive ». Il s’agit au contraire d’un processus voulu et piloté dès l’origine que nous daterons du Congrès d’Epinay de 1971. Cette évolution ne doit pas être comprise d’avantage comme le destin particulier d’une fraction du PS mais comme consubstantielle au parti tout entier. Michel Rocard fut un des artisans de cette métempsychose, qui a transformé l’ancienne SFIO en un parti de gouvernement. « Parti de gouvernement » ? Mais c’est quoi donc un parti de gouvernement. C’est un parti qui se donne pour mission de gérer le système tel qu’il est. En devenant la deuxième roue de la cinquième République, en charge de la pérennité des institutions et du système « libéral », le PS devenait de facto, et dès ce temps, un parti « Social-libéral ». Cela même si le processus de transformation n’étant pas achevé, quelques illusions pouvaient subsister, surtout parmi cette catégorie d’aveugles obstinés, que sont ceux qui ne veulent pas voir. Michel Rocard a été un artisan éclairé et parfaitement conscient de cette transformation historique qui devait éteindre la flamme de l’espérance du peuple en un avenir socialiste et livrer celui-ci désabusé et affaibli, aux appétits voraces du capital insatiable. Le différend entre Mitterrand et Rocard ? Une question de Rythme et de méthode. Rocard était un homme pressé qui aurait sans nul doute négligé quelques-unes des médiations tactiques et « pédagogiques » dont Mitterrand eut la sagesse de se prévaloir pour mieux abuser « le peuple de gauche ». Michel Rocard, que nous citions dans notre avant-propos à « Social-Bonapartisme et classe ouvrière », fit lui-même référence à cette dimension lors de l’émission télévisée « l’heure de vérité », la première après le scrutin de 93, expliquant « que la gauche avait dû d’abord consacrer ces années à faire de la pédagogie de masse. ». Michel Rocard, sous le masque « d’un socialiste moderne » était en vérité un régisseur zélé des domaines de ses maitres « la Banque et le Capital, et à ce titre un ennemi du peuple, des ouvriers et des salariés. Les louangeurs du défunt d’à présent nous souviennent, comme le bilan d’une œuvre grandiose, qu’il fut le créateur du RMI et de la CSG. Mais qu’est-ce donc vraiment que ces machins ? Quand le peuple laborieux ne demande que des emplois et des salaires décents, le droit de gagner dignement et décemment sa vie, le RMI, dispositif d’assistanat, n’est qu’une injure et une humiliation faite à celui-ci. Les gouvernements « de gauche » de François Mitterrand : Mauroy, Fabius, Rocard, cassaient les secteurs industriels de la sidérurgie et de l’automobile, détruisant des emplois par centaines de millier et le tissu social de régions françaises entières, et que proposaient-ils comme remèdes ? Des « TUC », le RMI. Quant à l’autre « grande œuvre ministérielle de Michel Rocard, la CSG, il s’est agi d’un impôt nouveau dont l’objectif avoué était « la fiscalisation » de la Sécurité Sociale ». Les revenus de la SS étaient jusque-là fondés uniquement sur la collecte des cotisations patronales et salariales, ce qui en faisait une institution paritaire gérée par les représentants des employeurs et des salariés. Les revenus de la SS étaient de ce fait des revenus différés du travail. En finançant partiellement la SS par un impôt, l’état s’appropriait les revenus de la SS pour en faire un simple revenu fiscal sur quoi il aurait dès-lors la haute main. La CSG était le sous-bassement fiscal, de ce qui survint peu après, « le plan Juppé de réforme de » la sécurité sociale». La CSG était donc bien en vérité une invention diabolique contre les intérêts des salariés. « Grand socialiste moderne et visionnaire » ? Laissez-moi rire. Fossoyeur en vérité de la « gauche » et de « l’idéal socialiste qui s’y rattachait encore un peu ». La carrière ministérielle de Michel Rocard s’acheva avec les élections législatives de 1993 qui se soldèrent par la déroute de son parti. Car en vérité c’est de cette échéance que date le divorce électoral du PS avec son électorat de gauche. Michel Rocard était certainement, puisqu’ils le disent, un grand homme d’État. Il était en effet, sans nul doute, comme nous l’avons déjà écrit, un « grand régisseur », serviteur zélé de la Banque et du Capital auxquels il a rendu d’insignes services. Ceux-là ont probablement quelques raisons d’accéder à sa réclamation d’hommage. Le peuple laborieux lui n’en n’a aucune. A son action politique et ministérielle ils ne doit que des calamités. Ceux qui comme nous se réclament de la valeur travail et du peuple laborieux digne fier et libre, ne sauraient avoir que mépris et haine pour cet homme et pour « son œuvre » calamiteuse de réduction du peuple à l’état d’indigence. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Jeudi 7 juillet 2016.
