LE CHEMIN DE RAQQA J’avais titré l’article ci-dessous : SYRIE : LA PARTITION EN MARCHE. J’ai appris hier soir le déclenchement d’une offensive de l’armée syrienne, soutenue par l’aviation russe, par le sud de la province de Raqqa. Voilà pourquoi j’ai changé le titre initial de » cet article. SYRIE : LE DANGER DE LA PARTITION Nous avons expliqué en son temps les décisions des USA et de la France, de Frapper Daesh en Syrie, par la volonté occidentale de ne pas laisser le champ libre à la reconquête de son territoire par le régime légal Syrien et ses alliés russes. La problématique des occidentaux disions-nous était : comment déloger Daesh des territoires syriens sous son contrôle sans que ceux-ci retombent dans l’escarcelle de « Bachar Al Assad ». Et nous ajoutions que cette problématique conduisait nécessairement à l’implication directe des occidentaux et une logique « partitionniste ». Cette arrière-pensée de la diplomatie US nous l’avons décelé il y a plusieurs mois déjà et en avons fait état dans nos articles successifs : « Non, la politique syrienne de la France n’a pas changé »(20 novembre 2015),« La réponse occidentale du berger à la bergère » (12 février 2016) « Kerry jette le masque » (20 février 2016) « John Kerry ou la mauvaise foi criminelle » (21 février 2016), « Trêve en Syrie. Les intentions cachées de la diplomatie US » (27 février 2016) « Le joker Kurde d’Obama » (23 mars 2016) Or, ce que l’on avait pu jusque-là définir comme « une arrière-pensée » est clairement apparue sous la forme d’une quasi-revendication lorsque John Kerry a proposé d’établir une « ligne de démarcation entre des zones russes et américaines », dont nous rendîmes compte également dans notre article du 23 avril « le jugement de Salomon ». « Nous avons proposé, (disait John Kerry au NewYork times) de tracer une ligne, une ligne absolue, et de dire: vous ne la franchissez pas et nous non plus », « Selon lui, les autorités russes sont en train d’étudier cette proposition. » (« infosmaintenant – Site de réinformation). Nous nous étions gardés alors, pour rendre compte dans le même article de ce que pourrait-être vraiment la réponse de la Russie, de paraitre trop affirmatif et avions opté pour une forme interrogative empreinte d’inquiétude. « La Russie s’est honorée jusqu’ici en s’en tenant à une ligne de conduite, celle du respect des frontières et de la souveraineté des États, qui a contribué à accroitre son « aura » internationale, Nous ne pouvons croire qu’elle accepterait tout à coup de se départir de cette conduite pour se livrer à des tripatouillages dignes des pires heures de l’Histoire coloniale. Il nous parait exclue que la Russie puisse accepter de discuter dans le dos des États existants et de leurs gouvernements légaux d’un partage de Brigands digne des accords secrets Sykes-Picot que la toute jeune révolution russe s’était fait un honneur de révéler au monde ? » Notre inquiétude n’avait cessé de croitre depuis car les nouvelles se succédaient qui semblaient indiquer qu’à défaut « d’un deal » avec les USA, la diplomatie Russe laissait se développer, et même parfois a-t-elle d’une certaine manière encouragé, le développement d’une situation du fait accompli dont les conséquences prévisibles sont de la même nature. On se souvient qu’il y a 2 mois, ayant repris Palmyre avec l’appui de l’aviation russe, le gouvernement et l’armée syrienne manifestaient ouvertement leur volonté de défaire l’EI en Syrie. « Victoire à Palmyre : vers un démantèlement total de Daesh » titrait le Site « Sputniknews.com » le 27 avril. Et le même relatait le 29 avril : » Les forces syriennes soutenues par l’aviation russe préparent une offensive en direction de Deir ez-Zor et de Raqqa, a annoncé aux journalistes l’ambassadeur de Russie auprès de l’Onu à Genève Alexeï Borodavkine. » Et puis plus rien. Silence sur les ondes. Par contre, d’autres nouvelles, inquiétantes se succédaient : « Moscou hostile à tout « plan B » américain en Syrie » (15 avril) Cela donnait à entendre que les USA préparait un sale coup. « Syrie: les USA s’opposent à la création d’une zone d’exclusion aérienne » (15 avril). Vous souvenez-vous qu’ils militaient pour en imposer une il y a trois ans ? Il s’agissait alors d’interdire à l’aviation syrienne les vols dans son propre ciel. Mais trois ans après il s’agit de toute autre chose, de la reprise de contrôle de son espace aérien par le pouvoir l égal syrien. Et là les USA s’y opposent. Et, afin de bien mettre les points sur les « i », de bien faire connaitre le sens de son refus « La coalition dirigée par les USA frappe Daech près de Palmyre » (26 mai 2016), sans demander bien sûr l’aval des autorités légales du pays : signification : « on fait ce que l’on veut dans le ciel syrien ». « L’Armée syrienne libre se déclare bloc militaire unifié » (1 mai 2016). Signe que les forces hostiles à la Syrie Laïque, Baasiste, se réorganisent Et puis enfin cette nouvelle surprenante dans la forme : « Les Forces démocratiques syriennes se préparent à libérer Raqqa ». Les forces d’opposition seules avec l’appui aérien de la coalition américaine. C’est déjà vouloir installer une autre légitimité sur une portion de territoire. C’est la partition en pointillé. D’ailleurs cette interprétation ne tarde pas « d’être confirmé. « Syrie: Washington opposé à une opération anti-Daech conjointe avec la Russie. » (25 mai 2016) Comme de bien entendu. Washington dit à Moscou « Vous avez libéré Palmyre », Raqqa c’est nous ! » « Kurdes: Raqqa libérée fera partie du système fédéral de la Syrie du Nord » (26 mai 2016). « Comme l’assaut de Raqqa est mené par les Forces démocratiques de Syrie, il est logique qu’après sa prise elle fasse automatiquement partie du système fédéral démocratique que nous créons dans le nord du pays, selon un responsable kurde. » La partition serait-elle déjà en marche ? C’est ce que nous avons craint alors. L’offensive a déjà commencé. « Daech bat en retraite sous les coups des milices kurdes à Raqqa » (24 mai 2016). Et comme il est écrit précédemment « cet assaut de Raqqa est mené par les forces démocratiques »….. Or, pour sa part, dans le même temps « L’aviation russe reporte ses frappes en Syrie » (25 mai 2016). « Les chefs de plusieurs groupes armés de l’opposition syrienne ont demandé au Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie de ne pas procéder à des frappes aériennes tant qu’ils ne se sépareront pas des terroristes du Front al-Nosra. » Et enfin ce titre en forme de constat d’échec : « Libération de Raqqa : la coopération USA-Russie compromise ? » (25 mai 2016). Tout donnait à croire depuis deux mois que la Russie, peut-être par crainte d’un affrontement direct avec les USA, laissait faire cette situation du fait accompli qui déboucherait nécessairement sur la partition de la Syrie et l’établissement d’une ligne de partage telle que la souhaitait John Kerry. Tout portait à croire cela ! Jusqu’à Samedi 4 juin où l’on a appris le déclenchement, par le sud de la province de Raqqa de l’offensive de l’armée légale syrienne, avec l’appui de l’aviation russe, dont on entendait plus parler depuis deux mois. Une fois encore Assad et Poutine abattent leurs cartes et bouleversent les plans pervers des USA. La partition reste un danger, elle le restera aussi longtemps que les USA auront cette idée derrière la tête. Mais elle n’est pas en marche et pourrait-être même mise en échec. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mercredi 8 juin 2016.
