LIL EST FOL

IL EST FOL Une nouvelle semaine s’annonce de grèves, d’actions et de manifestations pour le retrait de la loi EL-Khomri. Vous l’avez peut-être entendu comme moi, hier au 20 heures de « France 2 » : « Il y a des syndicats qui représentent plus de 50 % des salariés, qui sont pour » Telle fut l’ignominieuse saillie de Monsieur Stéphan Le Foll, porte-parole du gouvernement. Ignominieuse, ce n’est pas trop fort, nous allons dire pourquoi. Parce que c’est un mensonge honteux qu’il fonde sur une réalité objective dans l’intention d’abuser son auditoire. La réalité objective c’est le fait qu’aux dernières élections professionnelles le club, des syndicats dit « réformistes », était majoritaire. Mais l’horrible mensonge consiste en ceci que, sur la question d’actualité brûlante de « la loi El-Khomri, 70 % des Français y sont opposés. Des FRANÇAIS ai-je bien dit. Si on ramène cela à la seule population salariés, on en déduit que plus de 90 % d’entre eux sont contre l’adoption de cette loi.Mais dans ce cas, ou sont donc passé les plus de 50 % d’opinions favorables à la loi que la trahison des intérêts salariés par Monsieur Berger, serait censé représenter ? Du vent, rien que du vent. Tout comme d’ailleurs la majorité de 51, 64 % qui a élu monsieur Hollande en 2012. Car Monsieur Le Foll qui semble vouloir nous dire : « les syndicats majoritaires aux élections professionnelles sont POUR la « loi-travail », vous n’avez qu’à vous incliner. », pourrait nous dire tout aussi bien : « la majorité a élu François Hollande en 2012, vous n’avez « qu’à la fermer ! » Jusqu’aux prochaines élections présidentielles de 2017. »Drôle de conception de la démocratie et du débat démocratique. Mais comment en arrive-t-on à énoncer de telles âneries ? Voilà le subterfuge : Ce n’est pas LA majorité, c’est UNE majorité conjoncturelle qui a élu François Hollande. Celle-ci qui a été trahie n’existe plus. Alors certes du point de vue constitutionnel le Président de la république a été élu pour un mandat de cinq ans, et peut pour se justifier, se réclamer de cette légende qu’est la majorité qui l’a élu. Ce raisonnement « de droit » résulte d’un artifice constitutionnel. Il consiste en une « convenance » acceptée par les divers acteurs du monde politique, mais cela n’est en rien tenu de rendre compte de la réalité du moment. Chacun sait même que c’est actuellement le contraire qui est vrai, seulement 13 % des français approuvent l’action du Président de la république. Il en va de même avec la majorité des syndicats réformistes aux élections professionnelles. Comment concilier le fait que ceux-ci qui « sont pour la loi El-Khomri» représentaient 50 % des salariés aux élections professionnelles quand les sondages disent que les français sont à 70 % contre ? Comme tout scrutin, le résultat des élections professionnelles n’est qu’une réalité fugace, qui a certes la vertu de permettre l’élection des représentants syndicaux pour la durée d’un mandat, mais à laquelle il convient de ne pas attacher d’autre signification. Et surtout pas celle d’une majorité inamovible. Les salariés qui ont alors voté pour les représentants des syndicats réformistes ont fait confiance à ceux-là pour défendre leurs intérêts dans le cadre de la législation existante, ils ne leur ont pas donné carte blanche, ni mandat d’approuver le démantèlement du code du travail ni de modifier les termes essentiel du contrat de travail. Sur ces questions une autre majorité des salariés c’est formé qui annule la précédente. C’est une réalité qu’il faut-être bien fol de vouloir nier, comme le fait Stéphan Le Foll dans sa grande extravagance. Les situations de mobilisation et de lutte rebattent les cartes et modifient la donne, c’est le « béaba » de toute science politique. Monsieur le fol voudrait, lui, appliquer aux situations nouvelles du présent le diktat d’une majorité « ante » et inamovible Il voudrait appliquer à une situation conflictuelle les critères d’évaluation des périodes de paix sociales. Le club des syndicats « réformistes » bénéficie d’un avantage de situation aux élections professionnelles, qui lui permet d’arriver en tête alors même qu’il n’occupe qu’une place passive dans la vie revendicative des salariés. Cet avantage de situation résulte à la fois du vaste désert que constitue en vérité le secteur des petites et moyennes entreprises, où n’existe la plupart du temps, ni structures syndicales, ni traditions de lutte, ni consciences syndicale réelle, et du syndrome de « la majorité silencieuse » qui le caractérise, qui souhaite désigner, puisque la loi l’y oblige, des représentants syndicaux à minimas, sans faire de vagues et sans s’attirer l’inimité de leurs employeurs. C’est dans ce secteur, conséquence de l’évolution des dispositions sur la représentation des salariés, que s’implantent ces syndicats, chez des salariés mal avertis. Ce secteur salarié est à la traine du secteur salariés des grandes entreprises privées ou de la fonction publique. Cette réalité qui résulte des conditions structurelles, n’est qu’un fait, non infamant, mais un fait indéniable tout de même. En voulant faire taire, comme le voudrait monsieur Le Foll, la contestation à la raison que « les syndicats réformistes » qui ont obtenu la majorité aux élections professionnelles sont « pour la loi travail », c’est vouloir mettre la tête à la place de la queue, la locomotive du mouvement revendicatif à la remorque de ses wagons freinés. Et puis, il y a un autre subterfuge dans l’intention de monsieur Le Foll, construite celle-là sur un mensonge par omission. Monsieur Stéphane ne nous dit pas qu’en vérité, ce n’est qu’une petite équipe de dirigeants confédéraux traitres qui est « pour la loi El-Khomri », en opposition à l’avis de nombreuses instances intermédiaires et d’une large fraction de leur base syndicale, dont la contestation ne manquera pas de se faire entendre bientôt.. A fortiori, on le devine, contre l’avis de la majorité des votants aux élections professionnelles, qui leur avait accordé sa confiance mais ne leur a jamais donné un chèque en blanc pour approuver la loi El-Khomri. Tout comme les électeurs de François Hollande n’ont jamais voté pour que celui-ci fasse une politique social-libérale au profit des capitalistes et au détriment des ouvriers et salariés. Il y a enfin un ultime subterfuge, le troisième, dans le raisonnement malade de monsieur Le Foll. C’est celui qui a trait au statut des minorités en « démocratie ». Nous avons vu que la majorité des Français était opposée à la loi El-Khomri, ce qui en toute « logique démocratique devrait-être suffisant à clore le débat. Nous avons vu que la majorité écrasante des salariés, pour ne pas dire la quasi-unanimité, était contre. Or s’agissant du « contrat de travail », les salariés qui sont une des parties contractantes devraient avoir le pouvoir d’accepter ou de refuser, de leur propre chef, les termes du contrat qu’on leur propose. L’égalité des contractants, c’est la base même du droit contractuel. Si bien que majorité politique ou pas, les salariés ne devraient pas de toute façon avoir à se plier à celle-ci, l’acceptation ou pas des termes du contrat ne devant appartenir qu’à eux-mêmes. Or cela va plus loin. Même civilement ultra minoritaire, aucune catégorie sociale n’est tenu d’accepter les termes d’un contrat qui ne lui convient pas ou des lois qui nient ses droits fondamentaux. Les esclaves noirs de nos colonies n’étaient qu’une minorité rapporté à la population de la République française, pour autant le maintien de leur statut de servitude eu-t-il été justifié par le vote d’une majorité ? Les termes du contrat de travail qui découleraient de l’application de la loi El-khomri sont dégradants et destructeurs pour la condition des salariés. Ceux-ci seraient-ils seulement une minorité à s’y opposer, ils seraient encore tout à fait justifiés à le faire. Or, ils sont la majorité écrasante ! Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Lundi 29 mai 2016.

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