« L’ÉTAT DE LÉGITIME VIOLENCE » « Christophe Cambadélis « Le patron du Parti socialiste a appelé les dirigeants de partis et de syndicats à « condamner la violence et les attaques de permanences de députés » à l’occasion de la contestation de la loi Travail, selon un communiqué du PS samedi. » (Le Parisien) Un homme armé s’introduit chez vous par effraction, cela constitue une violence, il fracture vos meubles et s’empare de votre argent liquide et de vos bijoux de famille, cela constitue une autre violence. Vous entendez du bruit dans le salon. Vous descendez de la chambre en chemise de nuit, armé d’un fusil de chasse. L’homme vous voit, vous met en joue, cela constitue une troisième violence. Votre cœur bat très fort, vous auriez pu tout aussi bien resté, planté là tremblant et tétanisé. Mais le réflexe de survie vous commande la bonne réaction vous tirez le premier. C’est aussi un acte de violence. C’est ce que l’on appelle la légitime défense. L’acte de légitime défense qui est un acte de violence est donc un acte de « Légitime violence ». Un homme vous braque, (ça m’est personnellement arrivé, ils étaient quatre) et vous demande l’argent que vous avez sur vous. Vous n’avez que vingt euros, vous les donnez. Vous n’avez pas assez, cela le vexe et le met hors de lui, il pointe son arme sur votre poitrine, vous êtes persuadé qu’il va tirer. Encore une fois le réflexe de survie vous inspire le geste salvateur : « un coup de boule foudroyant » il part à la renverse et le coup de feu dans les nuages. Sa tête heurte le trottoir, il décède durant le transport à l’Hôpital. C’était un acte de légitime violence » ou de « légitime défense » (comme vous voudrez, c’est la même chose), vous êtes disculpé. Un chef d’État et deux ministres agissant en bande organisée (on appelle couramment État ce genre de bandes organisées), prétendent vous asservir en édictant des lois qui par leur indignité et leur cynisme n’ont pas grand-chose à envier au « Code Nègre », vous volent votre moyen de subsistance, votre emploi, votre dignité, vous réduisent à l’état de dépendance, de « nécessité, d’assisté, par leur faute vous perdez votre femme vos enfants votre logement et votre dignité. N’est-ce pas de la violence tout cela. Et la meilleure preuve n’en-est-elle pas que si vous perdez en sus votre sang-froid, si vous vous mettez en colère proférez des insultes , ou mauvais garçon « jouez du poing d’la tête et du chausson » les « janissaires » à la soldes des trois parrains, vont vous maitriser et vous jeter au cachot. Comment se pourrait-il que cette violence-là, comme l’autre, ne justifie pas l’exercice réactif d’un acte de violence, de ces actes que l’on est fondé à qualifier « de la légitime violence » et qui relèvent de la « légitime défense » c’est la même chose ? Ce droit à la violence des asservis pour s’arracher à leur servitude, n’est-ce pas en vérité le droit d’insurrection des peuples que l’Assemblée constituante, dans sa très grande sagesse, proclama comme un droit sacré inaliénable? Oh ! Je les entends déjà qui finassent. « Qui y-a-t-il de commun entre le droit insurrectionnel des peuples, entre la violence d’un peuple en révolution et les violences de ces salariés qui séquestrent ou arrache des chemises à des cadres supérieurs (Air France, Goodyear »), ou celles qui émaillent certaines manifestations ? Mais il y en a un pourtant de point commun. Eh bien oui, il y a ceci de commun qu’il est fort rare que l’insurrection et la violence révolutionnaire surgissent d’un seul coup, spontanément, comme ça, sans avoir été précédée de signes avant-coureurs, par des actes qui en annoncent la maturation. Il n’est pas possible de condamner les uns et de justifier les autres. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mardi 16 mai 2016.
