MAIS QU’EST-CE QUE C’EST DONC QUE CETTE MACRONNADE ? Alors que s’achève la période des vacances scolaires de pâques et que sont annoncées plusieurs grèves et la manifestation du 28 avril pour le retrait du projet de « loi travail », alors que de toute évidence la grande question du moment est celle de ce projet de loi et de la protestation populaire qu’il suscite, le « Landernau » politique s’embrase pour les manœuvres politiciennes aux allures de ballet nuptial, auxquelles se livre un « drôle d’oiseau ». Mais qu’est-ce que c’est donc que cette « macronnade » ? Cela faisait plusieurs jours que je voulais aventurer ma réponse à cette question. Je savais que le ballet durerai plusieurs jours et n’avais pas lieu de me précipiter, je préférais attendre une accumulation suffisantes de matériaux. Or, il advient parfois que « le temps nous rend bien le temps qu’on lui accorde. L’actualité, d’autres intervenants vous soufflent des idées pertinentes, une approche différente. J’aurais pu prendre le risque d’aborder le sujet avec fadeur. Mais le comédien Philippe Torreton, entendu un récent matin à 9heures 13 sur « France-Inter » m’a offert un point d’accroche inattendu et tout aussi plaisant qu’il m’apparait pertinent, tout à fait conforme à ce qui étais mon point de vue et dont je voulais vous entretenir. L’animateur lui demandait : « Et vous, est-ce que ça vous parle Macron en Brutus ? » A quoi il répondit du tac au tac, « non, d’abord à cause du langage, mais surtout parce que j’ai l’impression, je suis même sûr, d’assister à une comédie, un jeu de rôle où Macron est là pour regonfler les rangs et se rallier en définitive au panache blanc de François Hollande ». Eh oui Philippe Torreton a tout dit du sens de cette « macronnade ». Non pas un drame shakespearien, mais une pantalonnade, de la « commedia dell’arte ». Je n’ai rien à ajouter, sinon pour en expliquer le sens et les finalités politiques. Il s’agit des aléas d’une mutation politique, celle du Parti Socialiste, lointain héritier de la 2ème internationale, en parti « démocrate à l’américaine ». Loin des précautions sémantiques, il y a de véritables enjeux Politiques majeurs là-dessous. La question est liée au régime du « bipartisme » voulu par les acteurs politiques et à la bipolarisation croissante de la vie politique qui en résulte, et l’effacement de tous liens de classes ou sociaux professionnels dans la composition des électorats respectifs des deux partis de l’alternance. En fait cette question est celle d’un « repositionnement électoral. Ce n’est pas loin s’en faut d’aujourd’hui qu’elle se pose. Elle était apparue déjà dans les années 80 piloté en sous-main par François Mitterrand. Il y eut d’abord ce que l’on appela en ce temps « l’initiative des deux Faure », puis celle-ci ayant fait long feu, un peu après, la liste « ERE » aux élections européennes de 1984, conduite par François Doubin, Olivier Stirn et Brice Lalonde, qui n’eut guère plus de succès. La gauche ayant trahit (Rigueur, liquidation de la sidérurgie, restructuration du secteur automobile, etc.) se trouvait en pleine déconfiture électorale, perdant de nombreux électeurs à « sa gauche » en particulier chez les ouvriers. Il fallait regagner « au centre » les voix perdues à gauche, afin de garder au PS sa position électorale stratégique. J’exposais cela en 1986 dans ma brochure : « Social Bonapartisme et Classe ouvrière ». Nous sommes à présent dans une situation équivalente. François Hollande sait que le PS sera électoralement durement impacté par le tournant « Social-libéral » décomplexé qu’il a imprimé avec ses acolytes Valls et Macron. Alors il s’est mis en quête d’un recentrage électoral de nature à maintenir la crédibilité de ce parti et son rôle leader. On a vu plus récemment, appel de François Bayrou à voter Hollande en 2012, que « le centre » politique, qui est en vérité pluriel, pouvait se partager entre « la droite » et la « gauche » sous l’effet de la bipolarisation croissante de la vie politique, dont l’élection présidentielle est l’expression la plus aboutie. Il s’agit donc en quelque sorte de redessiner la carte électorale de la France en déplaçant vers la droite la ligne de séparation entre « droite et gauche » afin de compenser au moins partiellement les pertes électorales à gauche. Macron dans cette affaire n’est que le chargé de mission du Président de la république. Son profil de jeune loup de la finance et de requin anti-ouvrier aux dents longues est idéal pour séduire une partie au moins de la clientèle électorale du centre. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Mardi 25 avril 2016.
