PARLEZ TOUJOURS « CASSANDRE » ! Désinformation, « intox », agressions verbales, provocations, le mouvement de contestation de « la loi travail » vit ces deux semaines de vacances de pâques, sous le signe de tous les dangers. Je peux en parler. J’ai vécu et participé activement à de nombreuses luttes et mobilisations sociales comme Mai 68 ou la grève de 1995 contre le plan Juppé, pour ne citer que les plus mémorables. J’y ai appris les mécanismes de déclenchement d’une mobilisation, de sa montée en puissance, de son extension, de sa consolidation, mais aussi de ses interrogations et ses doutes et enfin de son déclin et de sa fin. Il y en a toujours une quelle qu’elle soit. Je connais aussi pour les avoir souffert maintes fois, tous les stratagèmes, tous les pièges, toutes les roueries, dont usent sans égard les ennemis de la mobilisation pour la faire douter, pour atteindre le moral de ses partisans, la fissurer, la faire trébucher et la vaincre. Nous avons dans cette dernière grande mobilisation en cours pour le retrait du projet de loi El-Khomri, constaté déjà l’usage par le gouvernement, activement épaulé par le patronat, des mêmes recettes et stratagèmes 1) D’abord miser sur la durée (ou pourrissement) Ils ont le temps pour eux. Le même temps joue contre nous. Le « temps » donne à croire à leur force et nous renvoi à nos faiblesses. 2) la division avec la complicité active de la direction confédérale de la CFDT. 3) La « délégitimation » en prétendant que les jeunes (lycéens et étudiants) ne sont pas concernés, et à ce prétexte frauduleux tenter de les faire sortir de la mobilisation. 4) La peur et l’intimidation. C’est le but que poursuivent les provocations en motivant les violences policières. Alors certes cela n’impressionne guère les manifestants résolus, mais est de nature à en dissuader d’autres moins affermis. * Les Week-end, lors des grèves, les fêtes et les périodes de vacances, sont toujours des moments délicats à passer pour toute forme de mobilisation ? Cheminot, j’ai connu dans le cours de ma vie active trois grandes grèves qui durèrent plus de deux semaines. Et chaque fois, les veilles de Week-end ou de fêtes, et durant toute la durée de ceux-ci, la machine médiatique se mettait en marche, alimentée par les provocations et autres roueries de la direction. Des trains roulaient tout exprès les Samedi soir et dimanche pour nous impressionner. Les médias annonçaient des chiffres de participation à la grève « en recul ». La direction envisageait pour le lundi suivant « un début de reprise du travail. Ils voulaient atteindre le moral « des troupes », les persuader elles-mêmes que leur mobilisation ne passerait pas le cap du repos hebdomadaire, que le lundi qui venait serait celui de la reprise, celui de la fin, celui de la défaite et de l’humiliation. Et c’était le rôle des militants de démentir les Cassandres soldées et d’entretenir le feu de la révolte. Ce genre d’offensive médiatéco-politique, c’est ce à quoi nous assistons dans l’actuel mouvement pour le retrait du projet de loi travail. A l’occasion de ces vacances de pâques, sustentée par les déclarations et décisions des hommes politiques, la machine médiatique « du système » c’est mise en branle, qui essaye de nous persuader que le mouvement est déjà entré dans sa phase de déclin. Ils en prennent pour preuve le succès très relatif de la journée du 31 mars Ils multiplient les enquêtes pessimistes et les déclarations fracassantes. C’est dans ce cadre qu’il convient de lire l’évacuation « de nuit debout » de la place de la République, et les « feintes » de Manuel Valls tentant de décrocher les wagons étudiants et lycéens (j’aurais dû dire plutôt locomotives) du train de la contestation. Mais ce n’est pas comme cela que ça marche. Les mouvements ont une période de montée en puissance, un apogée, et une phase de déclin voire même d’effondrement. Ils ne sauraient entamer le déclin alors même qu’ils n’ont pas atteint leur apogée. C’est le cas de la mobilisation actuelle contre la loi El-Khomri. Elle n’a pas épuisé toutes ses ressources. Elle a certes été mise en demi-sommeil par la période des vacances scolaires et le gouvernement s’efforce de mettre cela à profit pour la poignarder. Mais elle a toutes les chances encore de rebondir, voire même de s’amplifier à la fin de la période de vacance. Nous nous sommes donné pour but de faire annuler sans condition le projet de « loi-travail. Nous n’avons pas lieu à l’étape actuelle, ni de jeter l’éponge ni de déposer les armes. Nous devons au contraire préparer la rentrée du troisième trimestre scolaire et universitaire, en faisant rebondir notre mouvement plus fort plus déterminé et plus unis que jamais. Alors, croyez-moi bien, ce sera leur tour à eux, le gouvernement et ses potes du Medef, de commencer à douter de leurs capacité à nous vaincre. Alors oui, debout France des salariés ! La victoire nous attend, elle sera avant tout le fruit de notre résolution. PatrickSeignon. « lavoixdessansvoix.fr. Mercredi 13 avril 2016. Publié le jeudi 14 avril)*C’est un des buts que s’assignait aussi la prestation télévisée de François Hollande ce soir, quand il affirme bravache : « la loi ne sera pas retirée ».
