LE DÉGOUT ET LA RAISON (Sophie Devilliers, journaliste, a publié sur sa page Facebook le texte que nous reproduisons en annexe pour votre édification et auquel nous avons fait la réponse ci-dessous.) Je suis surpris et chagrin même de cette rhétorique guerrière. « Une culture, une civilisation » écrivez-vous – « ..ne peuvent se défendre, quand elle sont l’objet d’une déclaration de guerre, que par la colère et la détermination au combat » ; Battons-nous, réflexe défensif, proposez-vous. Nous réfléchirons après, ou plus exactement d’autres, des « spécialistes le feront pour nous : « il sera temps, toujours, de laisser historiens, sociologues et philosophes faire leur travail. » Ce que vous nous proposez c’est d’aller au front, aveugles et « bouffis » de colère.. Aucun dégoût madame, aucune nausée ne justifie d’annihiler la raison. « Une culture, une civilisation ne se défendent pas…. » Mais êtes-vous bien certaines madame que ce soit là l’enjeu véritable des épisodes guerriers qui se multiplient sur la planète ? Ne craignez-vous pas de donner foi de la sorte à la rhétorique officielle des maitres du monde qui veulent nous conduire à un combat que nous n’avons pas voulu ? En Janvier 2002 le Président alors en exercice des États-Unis, Georges W Bush, tint un discours de « guerre civilisationnelle » contre le terrorisme et d’appel à la « croisade » contre les États qui « soutiennent le terrorisme ou ne partagent pas nos valeurs ». Il fut alors gouaillé, à raison, par un grand nombre de responsables politiques et intellectuels de chez nous. Mais lorsque Barak Obama, sous couvert de « printemps arabe » sous l’étendard de la « démocratie », dans les pas de son prédécesseur, entreprend véritablement cette croisade qui ne dit pas son nom, il faudrait que l’on remballe nos raisons et qu’en bon petit soldat de la « démocratie occidentale » on haïsse et trucide l’ennemi que l’on nous a désigné ? La guerre que l’on nous propose madame aura certes, comme toutes celles qui l’on précédées dans l’histoire des conséquences culturelles et civilisationnelles, mais comme dans toutes les guerres de l’histoire les arrières plans civilisationnel, culturels ou religieux, ne sont que des arrières plans, les véritables enjeux sont ceux de la hiérarchie des nations et de la domination économique. Vous nous invitez au combat antiterroriste sans réfléchir, « il sera toujours temps après ». C’est-à-dire à nous enrôler et élargir même à un mouvement populaire la grande coalition antiterroriste. Faire front commun avec ceux, les Frankenstein » qui ont suscité, sustenté, financé, armé, entrainé, soutenu, conseillé, instrumentalisé, la créature diabolique qui a échappé à leur contrôle. Alors oui pourquoi pas, je veux bien entendre votre cri. La créature nous met en danger et il faut parer au plus pressé, la mettre hors d’état de nuire. Mais pas au prix d’une lobotomie de la raison. Pas en devenant les jouets et les instruments des desseins inavouables des maitres du monde. Pas au prétexte de combattre le terrorisme en se faisant les complices de notre propre impérialisme et de la terreur d’État. Patrick Seignon. Jeudi 24 mars 2016.Annexe : Texte de Sophie Devilliers. Nous aurons sans doute franchi un pas décisif dans notre opposition au fanatisme islamique quand nous cesserons de croire que pleurer (mais il le faut aussi), appeler à l’amour et la concorde universels (mais il le faut aussi), ausculter les fautes de l’occident responsable de tout (mais il le faut aussi), suffiront à battre l’ennemi. Le combat contre ce fanatisme sera long et dur et il passera d’abord par la détermination de chacun de nous, citoyens français et européens, à prendre notre place dans le refus, la condamnation sans ambiguïté, l’écoeurement sans nuance devant l’islamo-fascisme qui prétend nous mettre à genoux. Une culture, une civilisation, ne se défendent pas seulement à coups de colombes, de larmes et de petits cœurs. Elles ne se défendent pas empêtrées dans les mailles d’une plus ou moins justifiée culpabilité historique. Elles ne peuvent se défendre, quand elles sont l’objet d’une déclaration de guerre, que par la colère et la détermination au combat. Il sera temps, toujours, de laisser historiens, sociologues et philosophes faire leur travail.(1) Encore faut-il qu’ils soient toujours là.
