LE JOKER KURDE D’OBAMA L’intervention de la Russie en Syrie, a rebattu les cartes, nous l’avons dit maintes fois. Elle les a rebattu même si efficacement qu’elle a sonné l’heure de la débâcle de la politique occidentale au Moyen-Orient. Pour autant le cartel impérialiste (USA, France, RU) ne veut pas lâcher la proie. Il fait le dos rond et s’affaire à rechercher de nouveaux moyens de poursuivre son action pour atteindre les mêmes buts. * Nous avons écrit (21 mars) un article dans lequel nous nous étonnions du silence des grands médias audio visuels français (nous ne savons pas pour les autres médias occidentaux) à propos des négociations actuelles sur la paix en Syrie. Eu égard aux souffrances infligées à ce pauvre pays martyr, il nous apparaissait que la tentative, ses chances d’aboutir fussent-elles ténues, d’y rétablir la paix et d’y chercher une issue politique, constituait en soi un évènement majeur qui devait focaliser l’attention des médias. Et nous nous indignions que ce ne soit pas le cas. « L’idée de la paix en Syrie ne parait guère les enchanter. » Telle était notre conclusion. Alors, anxieux de savoir si nos craintes étaient fondées nous avons écouté attentivement le lendemain plusieurs journaux télévisés de FR3 et France 2, plusieurs bulletins et flashs d’informations de « France Inter » qui (n’ont fait que les confirmer). Nous sommes venus interroger le Web où une plus grande diversité d’expression donne à espérer d’y trouver quelques informations sur le sujet. Quasiment rien ! Nous avons tout de même, le 22 mars, trouvé un article du « Monde.fr » du 14 mars, où l’on apprend sous la plume d’Hélène Sallon que « L’équation s’annonce difficile à résoudre pour parvenir à une solution sur la transition politique en Syrie. ». Or, John Kerry y apprend-on aussi a « fustigé la tentative du régime de « faire dérailler le processus », après les déclarations du ministre des affaires étrangères syrien, qualifiées de « provocation » par M. Ayrault. Samedi, le vice-premier ministre syrien Walid Al-Mouallem avait martelé que le sort du président, Bachar Al-Assad, constituait « une ligne rouge » et que Staffan de Mistura ne pouvait se substituer au peuple syrien en parlant d’élection présidentielle. » En quoi donc cette déclaration de Mr Walid Al-Mouallem, constitue-t-elle une provocation ou peut-elle être interpréter comme telle alors même qu’elle ne fait que réitérer pour la énième fois ce qui n’a cessé d’être la position constante du régime légal syrien et de ses alliés Russes et Iraniens ? Ne peuvent voir là une provocation que ceux qui n’ont aucune intention véritable de faire un pas sur le chemin de la paix et cherchent à justifier leur refus par les positions de la partie adverse. « Provocation » le terme, on le constatera en sus, a été utilisé par Jean-Marc Ayrault qui a remplacé Laurent Fabius au ministère des affaires étrangères de la France. Force est d’en déduire que le changement de locataire au quai d’Orsay ne constituait en aucun cas un signal d’inflexion de la politique syrienne de la diplomatie Française. Ayrault, dans la lignée de son prédécesseur, et sous la conduite de François Hollande, campe sur les positions hallucinantes qui sont celles de la France depuis l’accession à la présidence de François hollande, lequel, foin de la volonté du peuple syrien a maintes fois « ordonné » au président Assad de quitter le pouvoir. « Fruit d’un compromis entre les soutiens de l’opposition, les États-Unis et l’Arabie Saoudite en tête, et ceux du régime, Russie et Iran, cette résolution (de l’ONU du 18 décembre 2015 – NDLR) n’évoque pas le sort du président Assad. Pour les premiers, le chef de l’Etat syrien doit partir pendant la transition, M. Ayrault a d’ailleurs répété dimanche qu’un « retour au statu quo ante » devait être exclu. » (Le Monde.fr) Prenant le contre-pied d’un grand nombre d’observateurs qui pensaient que l’engagement de la France dans la lutte contre « Daesh » après les attentats du 13 novembre à Paris signifiait un changement de cap de sa politique Syrienne, nous l’avions écrit dans plusieurs de nos articles : « Non la politique internationale de la France n’a pas changé ! » (*) Ainsi encouragé par le soutien politique sans faille de leurs Mentor « Dans une surenchère peu propice à l’apaisement, Mohammed Allouche, le négociateur en chef de l’opposition syrienne, dont les groupes-clés sont réunis au sein du Haut Comité des négociations (HCN), a affirmé samedi que la période de transition devait commencer « avec la chute ou la mort de Bachar Al-Assad ». Cet homme est un tenant de la négociation à la « kalach ». Pourtant Monsieur Ayrault n’a pas vu là la moindre provocation ?) Dit à renfort de locution latine ou avec le langage de la brutalité, et bien qu’avec l’intervention russe l’initiative leur ait un temps échappé, ils poursuivent toujours obstinément les mêmes buts, la chute de Bachar Al-Assad, c’est-à-dire la chute du régime baasiste laïque qui assure l’unité politique de la Syrie, et l’éclatement de celle-ci en plusieurs états confessionnels ou ethniques. La voilà donc l’explication de leur silence embarrassé à propos de la conférence de Genève sur la Syrie. Comme nous l’avions subodoré ils ne veulent pas de la paix Ils poursuivent toujours obstinément les mêmes buts : nous mettions en garde dans deux articles, « La réponse occidentale du Berger à la Bergère » 12 février 2016 et « Kerry ou la mauvaise foi criminelle » 21 février 2016) : la trêve n’est qu’une pause pour se donner le temps de redistribuer les forces afin de poursuivre le même combat par d’autres voies et moyens. Un cessez le feu ? Pourquoi faire ? – Avons-nous écrit dans le deuxième de ces articles – Pour se ressaisir et se redéployer, ou pour aboutir à une situation de statuquo de facto où chacune des forces en présence conserverait les portions de territoire qu’elles contrôlent ? Faire cesser l’offensive Russo-Syrienne pour fixer la situation existante, c’est-à-dire la partition, l’éclatement de la Syrie. » Et dans le premier de ces articles : « La voie des sans voix » s’est efforcé d’expliquer que les évolutions apparentes des positionnements américains ou français ne résultaient pas d’un changement de cap de la politique syrienne du cartel occidental, mais des flottements inévitables dans le temps de la recherche des moyens de poursuivre la guerre anti-Assad par d’autres voies et moyens. » Poursuivre le même combat par d’autres voies et moyens ? Les autres voies et moyens possibles à la disposition de l’Occident, sont encore nombreux et variés. Il peut s’agir comme nous le disions ci-dessus de la partition de facto de la Syrie sur la base du gel de la situation existante. Il peut s’agir des interventions extérieure des alliés régionaux du cartel occidental : Turquie et Arabie-saoudite/Qatar comme cela a été récemment envisagé. Il peut s’agir aussi de la proclamation d’un état Kurde qui ferait exploser la Syrie et l’Irak, et impacterait la Turquie et l’Iran. Celle-ci serait de nature à bouleverser la disposition des forces voire à renverser un certain nombre d’alliances ou d’inimités régionales. Une accumulation de faits viennent ces derniers jours confirmer ces prédictions pessimistes. Dans leur intervention « anti-Daesh » en Irak, les USA avaient déjà beaucoup misé sur les milices Kurdes « Peshmergas », auxquelles ils entendaient accorder leurs faveurs et leur appui. Ils ont, on s’en souvient, réitéré la même chose lorsqu’ils ont décidé d’étendre leurs opérations contre « l’EI en territoire syrien». On se souvient que les kurdes étaient alors pourtant majoritairement solidaires du régime syrien et attachés à l’unité territoriale et politique de la Syrie ; Or « Les trois zones autonomes du nord de la Syrie tenues par les Kurdes ont approuvé jeudi la création d’une entité « fédérale démocratique », malgré les mises en garde de Damas et d’Ankara. ». « Le système fédéral a été approuvé pour la région Rojava (Kurdistan syrien), dans le Nord de la Syrie », a affirmé à l’AFP Sihanouk Dibo, un responsable du PYD, principal parti kurde en Syrie. » (Fr.sputniknews.com). De plus, Israël, le protégé et l’indéfectible allié des USA dans la région milite ouvertement pour la proclamation d’un Etat Kurde. Malgré le contexte de confrontation indirecte en Syrie la Turquie et l’Iran viennent de nouer des contacts au niveau des ministres des affaires étrangères, auxquels on le devine la question Kurde n’est pas étrangère. On le voit, une intense activité diplomatique se déploie autour de la question Kurde qui pourrait bien être le « Joker » avec lequel les USA tenteraient de transformer en victoire la débâcle de leur politique moyen-orientale. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mercredi 23 mars 2016.
