LA RÉPONSE OCCIDENTALE DU BERGER A LA BERGÈRE (Intervention Arabo-Turque en Syrie ?) (Republié*) L’intervention de l’armée de l’air russe en Syrie en appui aérien de l’armée syrienne, a bouleversé la donne de ce conflit. Les occidentaux avaient élaboré et développé l’argumentaire de la lutte nécessaire contre « l’EI » (Daesh), l’horreur des horreurs terroriste, afin de justifier leur immixtion dans le conflit syrien. Ils cherchaient désespérément des troupes au sol pour compléter leur dispositif et encourageaient déjà l’Arabie saoudite à leur fournir les spadassins dont ils avaient un besoin urgent. Il faut lutter contre le « terrorisme » en Syrie ? Alors nous voilà aux avants postes ont répondu les Russes. L’occident ce serait passé de cette réponse. Il faut lutter contre le terrorisme et Daesh et il faut pour être efficace que des troupes au sol engrangent les résultats des frappes aériennes. Nous avons des troupes au sol c’est l’armée régulière syrienne ! Poutine a pris les occidentaux de surprise et de vitesse. Il les a pris à leur propre jeu et à leur propre argumentaire, à tel point que ces derniers ne pouvaient même pas protester efficacement contre l’intervention russe qui les agaçait pour le dire en termes modérés. Ils ont bien tenté l’argument selon lequel les russes bombarderaient plus « leurs amis de l’opposition démocratique – modérée mais non moins armée – que « les terroristes » de Daesh ». Or les uns et les autres, ne sont-ils pas complémentaires et interdépendants ? Ils ne sont ensemble que les composantes du même front commun dans la lutte anti-Assad. L’argument qui s’est révélé n’être qu’une argutie a fait long feu. Alors il reste pour la propagande occidentale le thème tellement éculé et invérifiable des victimes civiles que les bombardements russes feraient en beaucoup plus grand nombre que les bombardements occidentaux. Car chacun, il va de soi, connait la « précision chirurgicale » des frappes américaines sur les hôpitaux de MSF par exemple. . Quoiqu’il en soit, cette propagande bien qu’immonde, reste désuète au regard de la situation et des résultats tangibles de l’opération conjointe syro-russe. Le fait incontournable est que celle-ci a modifié la donne et, au regard des faits, le cartel occidental ne pouvait pas faire moins que d’ajuster sa préhension de la situation. Ils ont voulu nous donner à croire que la politique syrienne des USA et de la France avait changé de cap. Que pour eux la lutte contre Daesh étant dès lors la priorité ils étaient devenus de facto, sinon de raison, les alliés objectifs, au moins temporaire, des Russes et de Bachar Al Assad. De nombreux spécialistes, observateurs et publicistes de tous bords, ont tenté alors de donner corps à cette thèse. Pour notre part Nous nous sommes, dès les premiers instants, inscrits en faux contre ces dangereuses illusions. « La voie des sans voix » s’est efforcé d’expliquer que les évolutions apparentes des positionnements américains ou français ne résultaient pas d’un changement de cap de la politique syrienne du cartel occidental, mais des flottements inévitables dans le temps de la recherche des moyens de poursuivre la guerre anti-Assad par d’autres voies et moyens. L’intervention de l’aviation russe en appui de l’armée légale syrienne ne date que de peu de mois et déjà des bruits de bottes et d’armes que l’on fourbit, de plus en plus assourdissants, se font entendre des côtés de la Turquie et de l’Arabie-Saoudite. La Turquie menace la Syrie d’une invasion massive dont le prétexte serait la « lutte contre Daesh » et le secours aux populations turkmènes. L’Arabie jetterait elle 150 000 hommes dans la bataille contre « Daesh », occupant dans un premier temps les « zones libérées » par leur créature et anciens ( ?) amis. Nous l’avions écrit dès le 20 novembre 2015 ( NON, LA POLITIQUE SYRIENNE DE LA FRANCE N’A PAS CHANGE.)« En intervenant contre Daesh la France, prise de vitesse ces dernières semaines par l’intervention de l’aviation russe, entend seulement se replacer dans le jeu Syrien afin de pouvoir exiger sa part dans le règlement. Et la part de la France et des USA son suzerain, c’est, sous prétexte « d’opposition modérée », de ne pas rendre à Assad « les territoires libérés par l’EI ». C’est-à-dire de partitionner la Syrie et de fixer les bases de la poursuite de la guerre pour la chute de Bachar Al Assad. » La problématique occidentale de la lutte contre Dash était bien la suivante, comment faire reculer l’EI sans restituer à l’autorité légale de l’État syrien les territoires qu’il occupait ? Et nous l’avions pronostiqué : une telle occupation des parties du territoire syrien par des troupes occidentales ou alliées, constituerait de facto une situation de partition de la Syrie et changerait la face de la guerre qui de « régionale par délégation », deviendrait le théâtre d’un affrontement direct entre les puissances régionales.* La Syrie deviendrait alors rien moins que le premier-champs de bataille de la guerre Iran/Arabie-Saoudite. Elle n’aura pas lieu ! Ce ne sont que rodomontades, dont l’objet et de faire pression sur le déroulement des négociations de Genève sur la Syrie, disent certains. Tel est par exemple l’avis de Mr Tarek Ahmed représentant du parti national syrien, selon l’agence « Sputnik ». De même Dans une interview accordée à la même agence, Mr Mosayeb Na’imi,politologue iranien, directeur général du quotidien arabophone al-Wafaq, a estimé que l’initiative saoudienne devait être considérée « plutôt comme une blague ». Relèverait d’une simple guerre de l’information, à quoi l’Arabie Saoudite impuissante serait réduite. Mais, ajoute-t-il « Dans le même temps, l’Arabie saoudite pourrait pousser les États-Unis à s’ingérer directement dans la crise syrienne. » Or cet avis est révélateur, c’est même la clé du jugement que porte Mr Na’imi sur les intentions réelles de l’Arabie Saoudite. Il ne croit pas à l’intervention de celle-ci en Syrie car il croit que les USA y sont opposés, et que sans l’appui de son allié protecteur et créateur, l’Arabie Saoudite est incapable de conduire une telle guerre. Mais la vérité est inverse. Cette nouvelle guerre qui s’annonce induite par les interventions conjointes de l’Arabie et de la Turquie en Syrie, ce ne sont pas tant l’Arabie et la Turquie qui la souhaitent que les USA et la France qui y poussent et l’encourage. Elle est la réplique tactique, « la réponse du berger à la bergère », du cartel impérialiste occidental à l’intervention russe. Vu sous ce rapport, il ne fait aucun doute que l’Arabie-Saoudite créature et allié privilégié des USA (et de la France) et la Turquie membre de l’Otan et pièce maîtresse du dispositif de l’alliance en méditerranée, bénéficieront, dès lors que les opérations seront engagées, de l’appui politique et logistique sans faille de leurs maîtres. La guerre qui parait improbable dans le cas précédent devient alors une hypothèse sérieuse qui pourrait n’avoir rien d’une blague, sinon tout d’une blague Sinistre. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix .fr » vendredi 12 février 2016. · Sur cette question, lire dans nos pages les articles suivants : « NON, LA POLITIQUE SYRIENNE DE LA FRANCE N’A PAS CHANGE » (20 novembre), « CONTROVERSE AVEC MONSIEUR JACQUES SAPIR » (24 novembre), « LE GRAND CIRQUE DIPLOMATIQUE DE FRANÇOIS HOLLANDE(SUITE ET FIN DE LA CONTROVERSE AVEC JACQUES SAPIR)(27 novembre)« LA MAIN DROITE DE L’IMPÉRIALISME NE VEUT PAS SAVOIR CE QUE FAIT SA MAIN GAUCHE »(18 décembre)* Cet article disparu des écrans le 22 février à la suite d’une manipulation malencontreuse de notre hébergeur a été republié le 23 février.
