L’IMPOSSIBLE UNION NATIONALE La France, si on l’a définie par ses frontières, sa langue, quelques une de ses références culturelles, le creuset de l’histoire nationale dans lequel elle fut forgée, est une nation et son unité nationale découle de cela. Mais par-delà cette apparence d’unité et de communauté nationale, la réalité est plurielle, dans tous ses aspects. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu, une, mais plusieurs Frances. Elles se côtoient, s’imbriquent, collaborent, se mélangent parfois, mais elles restent pourtant égales à elles-mêmes et irréconciliables. Qu’elle communauté d’intérêts et de destin, qu’elle unité nationale n’a-t-elle jamais existé entre la France des serfs et celle des seigneurs ? Qu’elle communauté nationale ou de destin n’ont-ils jamais existés entre les maitres de forges et de mines et les ouvriers sidérurgistes et mineurs ? L’unité historique est un leurre tout autant qu’une réalité. Celle que l’on appelle couramment « la classe politique », se plait dans les circonstances actuelles à évoquer la France de la Révolution, des valeurs révolutionnaires : la liberté, la lutte contre la tyrannie, l’égalité juridique, la fraternité nationale, la laïcité, la démocratie. La France toute entière est d’une manière ou d’une autre héritière de la grande révolution. Mais dans celle-ci, des forces contradictoires se sont affronté. Quel est le point commun exact entre ceux qui instaurèrent la souveraineté du peuple et ceux qui luttaient pour le maintien de la souveraineté monarchique ? Entre ceux qui instaurèrent la République une et indivisible et ceux qui rêvèrent d’une monarchie constitutionnelle ? Entre ceux qui votèrent la déclaration des droits de l’homme et du citoyens et ceux qui asservirent des peuples et des nations qu’ils nommèrent colonies ? Entre ceux qui abolirent l’esclavage dès 1794 et ceux qui le restaurèrent sous le Consulat en 1802 ? Entre ceux qui prirent la Bastille et firent Valmy et ceux qui firent le 9 thermidor et le 18 Brumaire ? Qu’elle communauté effective entre ceux qui firent la révolution de 1848 et ceux qui firent le coup d’état du 2 décembre 1851, entre ceux qui firent la Commune de Paris de 1871 et les Versaillais qui l’exterminèrent dans un bain de sang ? Qu’elle unité nationale entre ceux qui firent la première guerre mondiale, humiliés et tués dans la boue des tranchées et les « gavés » qui s’enrichirent à millions avec l’industrie de mort ? Qu’elle communauté de destin entre ceux qui luttaient contre le fascisme et pour « les fronts populaires » et ceux qui choisirent Hitler contre le front populaire ? Qu’elle « Union nationale » possible entre ceux qui au nom de la prétendue mission civilisatrice de la France voulaient maintenir le statut colonial des nations asservies et ceux qui se sont solidarisés avec les combats émancipateurs de ces peuples ? Qu’elle « Union nationale » possible entre ceux qui au nom du profit maximum immédiat professent le crédo de « la rentabilité des entreprises », délocalisent l’emploi industriel et réduisant la grande majorité de leur population à l’état d’assistés, et ceux qui luttent pour le maintien du tissue industriel, l’emploi et la dignité ? Quelle « Union Nationale » entre les 1 % qui détiennent un quart de la richesse nationale et les 99 % qui restent qui n’en détiennent que les trois quarts ? Quelle union nationale possible entre ceux qui aspirent à la paix entre les peuple et à un développement pacifique et ceux qui rêvent de domination, qui pour satisfaire leur soif insatiable de pouvoir et profits, leur volonté de contrôle des gisements de matières premières stratégiques, n’ont pas craint de déstabiliser des États, de semer la guerre, la terreur et la désolation dans tout le Grand Moyen-Orient et en Europe même, faisant sans vergogne et au nom de la liberté, de la démocratie, du printemps même, usage du coup d’État, de la subversion, du putsch, de la trahison, du complot, et de la tromperie ? Ces gens-là, les dirigeants politiques de notre pays se sont compromis avec les mouvements islamistes radicaux et leurs tuteurs les monarchies arabes, qui sont devenues depuis les meilleurs amis de la France, dans le but d’enrôler les troupes que ceux-ci fournissaient pour conduire leur guerre injuste de « balkanisation » du Moyen-Orient. Ils ont fait un pacte avec le diable. Et lorsque leur créature fit mine de leur échapper, de » vouloir « se payer sur la bête », de jouer aussi sa propre carte dans le conflit, alors les maitres occidentaux, voulurent le contenir, le rappeler à l’ordre, lui intimer l’ordre de « faire le boulot » qui lui était assigné sans trop de prétentions propres. La créature n’a pas apprécié et a mordu très fort. Comme à chaque fois, ce sont les peuples, des innocents, « des qui n’y sont pour rien », qui font les frais des folles politiques « des maitres ». Et alors, au prétexte que nous sommes attaqués, nous qui avons « foutu la guerre et le feu » dans tout le Moyen-Orient, ils en appellent à « l’Union nationale », non pas pour changer de politique, non pas pour mettre un terme à l’orientation agressive et aux manigances de la diplomatie Française, mais pour poursuivre sa fuite en avant suicidaire qui ne fera qu’accroitre le chaos du Moyen-Orient et le danger terroriste qui en résulte . L’Union nationale » est un slogan politicien par lequel une France appelle l’autre à se solidariser avec une politique, des intérêts qui ne sont pas les siens. Non, l’Union nationale n’est pas possible et n’est pas souhaitable. Ce qui est urgent et nécessaire c’est la mobilisation de la France consciente et éveillée, anti colonialiste et anti impérialiste pour contraindre notre gouvernement à changer de politique internationale, à cesser de vouloir déstabiliser la Syrie en chassant Bachar Al Assad, de s’allier au contraire avec celui-ci et avec la Russie pour éradiquer l’État Islamique » (EI, Daesh) et reconstruire la légalité du pouvoir Syrien et l’unité territoriale de ce pays martyrisé. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Mardi 17 novembre 2015.
