« LA DRÔLE DE GUERRE » ? La « drôle de guerre », c’est le nom que l’on donne couramment à cette séquence de l’Histoire qui va du 3 septembre 1939, quand l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne, au 10 mai 1940 date du déclenchement de l’offensive allemande en direction des Pays-Bas et de la Belgique. Mais cette appellation ne convient-elle pas aussi à caractériser l’actuelle guerre que l’Occident fait à l’EI ? Voilà une organisation guerrière à vocation étatique, qui s’est développée et à prospérée à la faveur de la guerre que les monarchies du golfe et leurs alliés occidentaux font depuis quatre ans au régime syrien de Bachar Al Assad. C’est dans cette guerre-là, que Daesh s’est construite, structurée et armée, emparé de portion de territoires et de ressources pétrolières qui fondent sa vocation étatiques. S’est par l’entremise des aides, financement, armements et entrainements occidentaux et arabes (Saoudiens et qataris) que Daesh s’est imposée comme la force déterminante dans la guerre anti-Assad. Cela est indéniable, et qu’importent les cheminements plus ou moins complexes ou aléatoires par lesquels ces soutiens ont fini par sustenter la force de « l’État Islamique ». La puissance acquise par l’EI s’est forgée dans le creuset de la guerre arabo-occidentale à Damas, et objectivement, ceux-ci portent l’entière responsabilité de la situation ainsi créé. Alors, quand l’EI parait s’en prendre à l’Occident, quand des têtes occidentales tombent, la coalition occidentale se fâche contre sa créature et décide de lui faire la guerre. Une guerre aérienne, des frappes multiples et on le suppose à l’observation de la sophistication et de la quantité des armements engagés, destructrices » Voilà donc un état une armée fraichement composé, pas encore vraiment stabilisé, pris de toute part sous les feux multiples et croisés bien que non toujours coordonnés, de l’armée syrienne, de l’Iran, des Kurdes, de l’armée Irakienne, des bombardements occidentaux, et qui malgré cela avance encore, s’empare de nouvelles villes stratégiques et de portions de territoire. Énigme ? « Gaza a bien plus été bombardée en 22 jours que Daesh en un an » (source Allain Jules) a dit récemment Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah libanais. Laguerre que font les occidentaux à l’EI est en vérité « une drôle de guerre » qui a surtout pour fonction de démontrer qu’ils ne sont pour rien dans la poursuite de la guerre en Syrie et dans l’avance de l’EI. Ils ne veulent pas endosser la responsabilité morale des moyens utilisés pour la conduite de celle-là, mais ne rechignerons pas le moment venu à recueillir la dépouille de la Syrie. La prétendue opposition démocratique modérée en Syrie, qui servait de justification à l’action de la diplomatie belliqueuse de la France, a rendu ses dernières armes et s’est récemment rallié au front al-nosra. Le sort de la guerre en Syrie est maintenant entièrement et clairement dépendant des organisations islamistes radicales « Al-nosra » et « EI » (Daesh). Avaient vous entendu pour autant une quelconque autorité occidentale, dire que dans ces conditions, la chute éventuelle du régime de Bachar Al Assad qui signifierait dès-lors la victoire des « organisations terroristes » n’était plus souhaitable ? Non ! La guerre se poursuit et les occidentaux alliés des monarchies arabes souhaitent toujours venir à bout du régime syrien. C’est dire qu’ils souhaitent, honteusement, ils n’osent le dire clairement, la victoire d’Al-nosra et de « Daesh » Malgré les apparences et précautions dont ils s’entourent, la prétendue guerre qu’ils font à l’Etat Islamique », a cette fonction. Les occidentaux restent en vérité les alliés objectifs et les meilleurs soutiens de Daesh. En façade, pour la galerie, pour « la com » les occidentaux font la guerre à l’EI, mais par en dessous les monarchies du golfe leurs alliés soutiennent activement l’EI ; Quelles sont les raisons et Quel est l’avantage de cette stratégie ? On se souvient que la Russie et la Chine se sont opposées, au conseil de sécurité de l’ONU, à toute intervention occidentale directe en Syrie, ne voulant pas reproduire le scénario libyen. A l’été 2013, il s’avéra que la prétendue opposition démocratique, le CNS, l’ASL, créatures de la France, ne pouvaient pas gagner la guerre contre Bachar Al Assad, Alors, les occidentaux décidèrent, malgré le véto Russo-Chinois, d’aller régler eux même le problème sur le terrain, et montèrent, c’est à ça que servent les « services actions » des services secrets, des provocations « à l’usage des armes chimiques » censée les justifier. Mais en convainquant Bachar Al Assad de démanteler son arsenal chimique et de le mettre sous contrôle international, la diplomatie Russe parvint une fois encore à leur couper l’herbe sous les pieds. L’intervention occidentale directe devenait problématique voire impossible sans signifier un engagement équivalent du trio Russie-Chine-Iran. Ils réajustèrent donc leur stratégie et décidèrent de s’en remettre entièrement à l’EI et au Front Al-nosra qui feraient le boulot pour eux. Et c’est de ce temps en effet que date la montée en puissance de l’EI. C’est ce qu’a d’ailleurs cyniquement reconnu François Hollande déjà le 9 septembre 2014, lors de sa conférence de presse dans la salle des fêtes du palais de l’Élysée, lorsqu’il osa ceci : « Car il faut dire que Bachar Al Assad et Daesh sont en réciprocité. » (Voir notre article, « Ordure » LVDSV). Thème qu’il a développé depuis en expliquant que « la radicalisation des organisations sur le terrain était la conséquence de la résistance du régime, et que s’était cette résistance qui mettait les occidentaux en situation de devoir recourir aux organisations islamistes radicales.». Manière terriblement ordurière en effet de rendre Bachar Al Assad responsable des crimes de l’EI, Daesh est la légion des soldats de la Djihad enrôlée par l’Occident pour poursuivre sa guerre contre la Syrie de Bachar Al Assad. Elle aura le soutien caché de l’Occident aussi longtemps au moins qu’elle ne se sera pas acquitté de sa mission, faire chuter Bachar Al Assad. De la sorte Américains et Français n’ont pas besoin de s’impliquer directement dans cette phase de la guerre, Ce qui gêne aux entournures la Russie la Chine et l’Iran qui ne sauraient aller plus loin dans leur implication au soutien du régime sans justifier en contre coup l’intervention directe occidentale. L’opération négociation sur le nucléaire Iranien a la même fonction de gêner l’Iran dans son soutien à la Syrie et à Bachar Al Assad. Tel est le sens de la stratégie occidentale ? Tenir en respect la Russie la Chine et l’Iran, sommés en quelque sorte d’assister en spectateurs à l’égorgement du régime syrien pas l’EI. Les larmes de crocodiles de la coalition occidentales sur Palmyre et autre trésors archéologiques détruits par les barbares, ne sont aussi que de l’enfumage pour cacher leur soutien réel à Daesh. Ils souhaitent expressément la victoire de l’EI qui sera aussi déjà un peu la leur. Il sera toujours temps alors, soit de découvrir au Califat des vertus ignorées qui scelleraient une nouvelle amitié, soit de lui faire cette fois une guerre moins drôle et plus réelle par une intervention occidentale directe en territoire syrien, à laquelle Russes Chinois et Iranien n’auraient plus les moyens ni de véritables raisons de s’opposer le régime de Bachar Al Assad ayant disparu et la Syrie étant livrée aux chiens. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mercredi 27 mai 2015.
