LE VRAI SENS ET LA VRAI FINALITÉ DE L’INTERVENTION SAOUDIENNE AU YÉMEN Depuis quelques temps la coalition occidentalo-arabe, battait dangereusement de l’aile. La Syrie, bien que mutilée et durement éprouvée par leur offensive, a résisté. Le régime Baasiste de Bachar Al Assad, dont ils annoncèrent maintes fois l’effondrement la semaine prochaine, durant les deux premières années de leur agression, a tenu bon et c’est d’une certaine manière renforcé, en apparaissant de plus en plus comme garant de la sécurité et d’un certain équilibre régional, et en confirmant la solidité de ses alliances avec l’Iran la Russie et la Chine. L’opposition démocratique Syrienne, cette vue de l’esprit et créature de la diplomatie Française, a fait long feu. Les forces véritables qui mènent le combat en Syrie sont toutes d’origines salafistes ou Wahhabites, inspirées, recrutées, financées par l’Arabie Saoudites et le Qatar. Se sont-elles, et la physionomie prise par la confrontation, qui ont créé l’espace territorial et politique nécessaire à la naissance l’État Islamique (EI). Il arrive, c’est même assez fréquent, que la créature échappe à son créateur. En voulant jouer sa propre partition, l’EI a perturbé « la partition occidentale ». Buttant sur l’écueil Syrien et bousculée par l’intrusion de l’EI dans la « cacophonie régionale », la coalition guerrière se fissurait, doutait de son aptitude à atteindre les buts communs. Chacun commençait à regarder la situation chaotique du Moyen-Orient, à l’aune de ses propres intérêts au point que, devenant un temps obligé, au moins en façade, « l’ennemi n° 1 » de l’occident, l’EI aurait presque occulté les enjeux réels de l’immixtion de ce dernier dans la région, et transformés « ses ennemis en amis ». C’est au premier chef, comme on l’a vu récemment, ce que craignaient Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien et Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères. L’un se fendant d’une intervention belliqueuse et provocatrice contre l’Iran et la perspective d’un accord sur le nucléaire Iranien, l’autre se dressant vent debout contre tous velléité de remettre Bachar Al Assad dans le jeu politique. L’intervention Saoudienne au Yémen a remis toute cette engeance d’accord, en recentrant l’action sur l’essentiel la lutte contre l’ennemi commun « chiite ». C’est-à-dire l’Iran. Car les guerres de religions n’existent que dans les livres d’histoires, et comme moyen d’enrôlement des peuples, Les véritables motivations des guerres sont économiques et géopolitiques. L’intervention Saoudienne au Yémen a permis de resserrer la communauté arabe sunnite sous le drapeau du roi Salmane gardien des lieux saints de l’Islam. En impliquant directement le Koweït, le Qatar, l’Égypte, les Émirats arabes-unis, le Bahreïn, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan et le Maroc. Pour leur part, La Turquie, la Tunisie, la Guinée, le Sénégal, la Mauritanie, le chef des forces libanaise chrétiennes Samir Geagea, et l’ex premier ministre Libanais Saad Hariri, et même Walid Joumblat le leader druze, chacun à sa façon ont approuvée l’intervention saoudienne. Seule l’Algérie a semble-t-il refusé de se joindre à ce concert sinistre. La communauté arabe sunnite a ainsi reformé son unité dans la stigmatisation de l’ennemi commun Iranien (chiite). Celui-ci qui soutien bien sûr les Houthis du Yémen, chiites eux aussi, n’est en rien impliqué dans les évènements yéménites. Il est pourtant clairement et mensongèrement désigné comme l’agresseur par l’Arabie Saoudite, les USA et Laurent Fabius en personne: « Les Iraniens sont ceux qui s’ingèrent dans les affaires des pays arabes, que ce soit au Liban, en Syrie, en Irak, et au Yémen, ce que nous ne pouvons pas tolérer », a déclaré l’ambassadeur saoudien à Washington, Adel al-Jubeir, sur Fox News. « Nous devons faire face à l’agression de l’Iran » qui veut « dominer la région ». La Maison Blanche s’est déclarée elle aussi inquiète des « activités iraniennes » au Yémen, parlant d’informations sur « le transfert iranien d’armes » dans ce pays. Pour sa part, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a déclaré vendredi que « l’Iran ne peut à la fois se déclarer « puissance de paix », en affirmant n’avoir aucune intention de se doter de la bombe , et soutenir la rébellion chiite des Houthis au Yémen » L’Arabie Saoudite, le Qatar, la Jordanie et leurs alliés occidentaux ont mis tout le Moyen-Orient à feu et à sang, provoqué le chaos en Irak, en Libye et en Syrie, et voilà qu’ils veulent inverser les responsabilités et désigner l’Iran et ses visées expansionnistes supposées, comme l’agresseur. Or l’Iran n’a fait que soutenir, en Syrie, au Liban, à Bahreïn ou au Yémen, des communautés indigènes. Les conflits dans ses divers pays ont été provoqués par les ingérences occidentales et arabes, et les communautés chiites n’ont fait que se mettre en défense. Mais bien sûr, comme toujours, derrière cela il y a la main de fer de l’Occident. C’est lui qui depuis plus de trois décennies, après avoir commanditée en pure perte la guerre Iran Irak de 1980/ 1988, s’est efforcé pour faire pièce à la République Islamique d’Iran, de dresser les « Sunnites contre les Chiites », au prétexte des visées régionales qu’il prête à l’Iran et qui menaceraient le leadership régional de l’Arabie. Voilà donc l’Iran agressé de toute part, cerné par les haines et les discours guerriers d’Israël, de la France, de l’Arabie, etc… désigné comme le « véritable fauteur de trouble » et l’ennemi naturel à abattre. Il est probable que l’intervention saoudienne au Yémen, si elle se poursuit, aura pour conséquence d’obliger l’Iran à s’impliquer d’avantage dans la défense des Houthis. Ainsi la preuve sera-t-elle faite « de l’agression Iranienne » qui fera rebondir l’option de la guerre et mettra fin aux tentations américaines de composer avec le régime Iranien et son allié syrien Bachar Al Assad. Au-delà des apparences immédiates de l’ingérence arabe dans un conflit aux portes du Royaume Wahhabite qui mettrait en cause la sécurité de ce dernier, l’intervention Saoudienne au Yémen est un stratagème tout exprès conçu, avec la complicité de la France et d’Israël, pour faire capoter les négociations sur le nucléaire Iranien. Fabius et Netanyaou et leurs amis wahhabites sont ouvertement opposés à l’idée que celles-ci puissent aboutir car ils craignent que cela ne change la donne régionale et diffère pour longtemps l’agression qu’ils souhaitent mener au plus vite contre l’Iran. Les confidences de Laurent Fabius à la chaine de télévision France 24, disent trop clairement le fond de sa pensée : « Les sujets (les combats au Yémen et les négociations sur le nucléaire iranien, ndlr) sont normalement séparés. Mais c’est vrai que d’un côté l’Iran proclame qu’il est une puissance de paix et de l’autre côté on voit ce qui se passe au Yémen », »Nous pensons qu’il n’est pas légitime que l’Iran apporte ce soutien (aux rebelles houthis) alors qu’il y a un président qui est en place et qui ne doit pas être chassé dans ces conditions ». Avec l’ingérence militaire saoudienne au Yémen, les faucons de la coalition arabo-occidentale ont ainsi repris la main et sont en passe de mettre en échec (les tentatives négociées) Dès lors il se peut que les négociations de Lausanne sur le nucléaire Iranien capotent sur cet écueil yéménite. Auquel cas les faucons d’occident obtiendraient pleine satisfaction. Mais quand bien même ces négociations, malgré le piège parviendraient à leurs buts, La coalition occidentale conduite en l’espèce par l’Arabie Saoudite et la France, a déjà signifié à l’Iran qu’il n’échapperait pas pour autant à sa vindicte. Que l’Iran se le tienne pour dit. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mardi 31 mars 2015.
