« LA PEUR DU LOUP » PETIT CONTE ALLÉGORIQUE Jean Populus n’aimait pas les rats et s’en méfiait. Il avait de multiples raisons de haïr cette engeance qui vivait à ses crochets, qui dévorait ses victuailles, tant qu’il était contraint de travailler toujours plus pour s’en procurer de nouvelles. Jean Populus avait aussi une phobie, une peur ancestrale du loup ; Celle-ci était si grande, si irrationnelle, si infondé – il n’avait jamais vu de loup ailleurs qu’au jardin des plantes » – si handicapante, que devenu adulte, il se résolut à consulter un Psy. Il s’avéra que dans sa petite enfance déjà, à la veillée, sa « mère grand » lui contait l’histoire du petit chaperon rouge et quelque autres toutes aussi horribles, qui lui faisaient faire des cauchemars et des crises de frayeur nocturne. Sa phobie venait-elle de là ? Le « Psy » n’en paraissait pas convaincu. Il penchait plutôt pour une explication relevant de la métempsychose : « dans une vie antérieure Jean Populus avait probablement été mouton. » Un jour qu’il était tranquillement chez lui à faire une petite sieste après le repas, il fut réveillé en sursaut par des appels « au loup ! » « Au loup ! ». Surpris dans son sommeil il se redressa en un bond, ne pris pas même le temps de réfléchir, se réfugia dans le placard du fond du couloir qui lui servait de garde-manger et ferma la porte sur lui. S’était le placard aux rats, il n’y avait pas même songé. Nous étions en hiver. Les vents mauvais rugissaient dehors, faisaient craquer les arbres et vibrer la porte de son logis, sifflaient dans les branches et dans la cheminée. Il entendait maints bruits suspects qu’il interprétait à l’aune de sa terreur, il entendait très nettement les gémissements et les glapis du loup affamé. Il n’osait plus sortir. Aucune force au monde n’aurait pu le tirer de sa retraite. Son imaginaire malade suppléait à la réalité pour entretenir son épouvante. Il resta ainsi fort longtemps prisonnier de son placard et de son effroi. Nul ne sait vraiment combien de temps dura son calvaire. Plusieurs jours c’est certain. Il finit par mourir de faim et de soif surtout. Alors les rats le dévorèrent. C’est Perrine, son amie, qui découvrit le peu qui en restait. Bien sûr l’histoire tragique fit le tour du Landerneau. Des « mère-grand » indignes la racontaient, dit-on, le soir à leur petits enfants pour se venger des misères que ceux-ci leur avait fait durant la journée. En fait de loup il n’y en avait probablement jamais eu. Le loup pensez un peu. Y en aurait-il eut un, Jean Populus qui était grand vif et fort, était de taille à faire face. Mais c’est le propre des phobies, qu’elles ne se raisonnent pas. Son Psy informé pensa qu’il avait fait un nouveau cauchemar et sorti du sommeil brutalement avait été incapable de discerner le rêve et la réalité. Un philosophe affirma bien longtemps après que « la phobie du loup » avait été à Jean Populus, la clé psychique qui scella son tombeau ». La rumeur publique elle, s’empara d’une autre version. Jean Populus aurait été victime d’un stratagème des rats, pour l’attirer et l’enfermer dans leur placard. Ceux-ci auraient appris à crier au loup à l’exemple de Pierre, le petit garçon des voisins dont s’était le jeu favori. Pour ma part, moi qui vous la raconte, encore aujourd’hui j’ai de la peine à croire à la réalité de cette histoire. Un ami cher m’a suggéré récemment qu’il pourrait ne s’agir que d’un petit conte allégorique illustrant le fonctionnement de la 5ème république. Le loup dont il serait question alors serait « Le Front National », le placard ce serait l’alternance politique qui retient le peuple prisonnier du système, et les rats hurleurs seraient le personnel politique et les profiteurs qui se repaissent de nos chairs et ont intérêt à nous garder dans le placard. Je ne suis pas certain encore que cette dernière version soit la bonne. J’attends vos avis. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr » Mardi 24 mars 2015.
