SOIRÉE ÉLECTORALE : DE LA VISCOSITÉ DES MOTS ET DE LA PETITESSE DES IDÉES De tous temps ces soirées électorales où tout le monde a gagné personne n’a vraiment perdu et chacun est satisfait, ont amusé les Français. Ils viennent d’avaler une couleuvre, la queue leur sort encore de la bouche et ils s’obstinent à nier l’évidence. En la matière, la soirée électorale d’hier a probablement battu des records de bassesse et de mauvaise foi. Le PS est bouté en troisième place des grand partis, ramené à 21% des votants, est en passe de perde des centaines de cantons et la gestion de plusieurs départements. Mais Manuel Valls s’est trouvé une raison d’être satisfait tout de même, et fier de lui, -il a tombé la chemise comme ils disent, ce n’est pas en vain, « Il a contenu la poussée du Front National ». Jean-Marie LE GUEN : « Le total des voix de gauche approche celui des voix de droite, 37/37 ». Pour sortir cette baliverne, JMLG doit additionner les voix de partis qui sont sur des positions diamétralement opposées. Ce n’est pas notre propos ici. Nous reviendrons sur cet aspect des choses plus loin. Ce que nous voulons relever pour l’instant, c’est l’aisance avec laquelle Jean-Marie Le Guen occulte le Front National de son raisonnement, 25 %, un quart des électeurs. Le Front National est-il un parti de droite ou de gauche ? Je crois avoir entendu que lui-même se présente comme « la droite nationale, et que « la communauté Républicaine » (pour railler l’autre, « communauté internationale ») le classe unanimement comme un « parti d’extrême droite ». Droite nationale ou extrême droite égale droite toujours. Donc, 37 % pour l’UMP-UDI plus 25 % pour le FN, 62 % des français ont voté à droite. Ah le joli résultat. Vraiment, il n’y a pas de quoi pavoiser quand on est dit-on « de gauche ». Nathalie Kosciusko-Morizet est ravie aussi. Elle veut remercier les français pour leur puissante mobilisation qui a permis de propulser l’UMP à la première place en voix devant le FN. Plus de 49 % d’abstentions, « Puissante mobilisation » ? J’hallucine ! Sarkozy : « les conditions du basculement à droite sont réunies. ». Bien entendu, dans ce système bipolaire, si les électeurs sanctionnent « la gauche » c’est la droite qui tire les marrons du feu. Mais ce basculement, le mot est un peu fort quelle que soit son ampleur, est-il le résultat « du génie politique de Sarkozy » ou la conséquence induite de la terrible amertume des français contre François Hollande et son gouvernement. La réponse coule de source et Sarkozy devrait se la jouer modeste. Oui mais cela aurait pu d’avantage encore bénéficier au FN et non à la droite (républicaine) ! Donc la stratégie de Sarkozy est validée. « A défaut d’ortolans on se contente de grives » dit un vieux dicton d’origine rurale. Le FN qui n’avait aucune présence dans les cantons et les départements, passe en 2015, en une seule fois à 25 % et d’un élus à plusieurs dizaines voire centaine. Bravo pour l’efficacité de la politique de « containment » de Sarkozy. Si la peste déboule, français, surtout n’appelles pas Sarko au secours. Manuel Valls : Appelle dore et déjà pour le deuxième tour des élections départementales, « à voter pour le républicain de droite ou de gauche le mieux placé. » Voilà 25 % des français boutés en une phrase hors de la communauté républicaine, c’est-à-dire hors la communauté nationale, stigmatisés, réduits au statut de « parias ». La République Laïque agit en la matière comme l’église, elle excommunie, les croyants l’église les déclare « apostats » les citoyens « la république les déclare « inexistants ». Jean-Christophe Cambadélis : Constate, en faisant le même calcul que Jean-Marie Le Guen, que le total des voix de Gauche met celle-ci devant le FN. Il appelle donc au sursaut de la mobilisation au second tour en défense de la République. Bien sûr, Le secrétaire national du PS ne pouvait décemment pas appeler au sursaut au deuxième tour pour sauver la politique sociale et économique du gouvernement. Ç’a n’aurait pas passé. Alors il appelle à sauver « la république » c’est-à-dire en vérité le gouvernement et la politique dont nous ne voulons pas. Nous t’avons entendu ……. Nous ne te suivrons pas. Julien Dray : Au journaliste qui doute de la capacité à réunir « la gauche » au second tour, il rétorque : « Vous croyez que c’était facile, vous, d’unir le PS et les communistes dans les années soixante-dix ? » Pauvre, mais pauvre Julien. Où est-il allé pécher une répartie si absurde ? Dans les années 70 on sortait de plus de 20 ans de pouvoir sans partage de la droite et « des trente glorieuses » on était encore dans le sillage social de mai 68 et des espérances de changement profond qu’il avait engendré, les travailleurs étaient très mobilisés et les grèves nombreuses, le PCF était demandeur de l’Union de la gauche afin d’offrir une réponse politique à la mobilisation sociale. L’unité se fit, s’était son ciment, sur la base de l’espérance dans un changement socialiste de la société française. Aujourd’hui l’on sort de trente années d’alternance politique ou PS et UMP chacun son tour ont trahit les espérances populaires, on est dans la crise et l’austérité jusqu’au cou, les travailleurs sont démobilisée et les classes populaires écœurées, La gauche, l’unité de la gauche se sont avérés être des pièges qui ont justifiés toutes les compromissions et toutes les trahisons. L’union de la gauche n’est plus invoquée que lorsqu’il s’agit de voler leurs voix aux électeurs de gauche pour persister à faire la même politique de droite. Alors dans ces conditions l’aspiration à l’unité est nécessairement bien faible et ses chances objectives quasi inexistantes. Benoit HAMON : « Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas d’accord avec les orientations économiques du gouvernement que nous ne sommes pas d’accord sur des tas d’autres sujets, la santé,….. » Eh oui, c’est ça l’appartenance inconditionnelle à une famille politique, ça rend idiot. Comme si ce n’était pas les orientations sociaux économique du gouvernement qui impactent le niveau des pensions de retraite par exemple ou les budgets de la santé. Quand on a paupérisé les retraités ou réduits l’accès aux soins pour des raisons d’économies, que signifie la politique sociale ou de santé, sinon mettre du sparadrap sur des plaies purulentes et soigner des cancers avec de l’aspirine ? Voilà donc à quoi se résout Benoit Hamon à défaut de faire changer la politique du gouvernement. Piètre ambition. Manuel Valls, Benoit Hamon, Julien Dray et Jean-Christophe Cambadélis ont donc appelé à « l’Union de la Gauche ». Ah, tiens donc, le PS se souvient tout à coup qu’il est une force de gauche ? Ils font la politique ultra libérale et anti populaire de la droite. « C’est la bonne – martèlent-ils – et nous n’en changeront pas ». Ils n’ont que faire alors de leur prétendue appartenance à la gauche et ne songent qu’à décrédibiliser le « Front de gauche » et à grignoter les dernières emprises électorales du PCF. Mais lorsque le bateau prend l’eau, alors tout à coup ils se souviennent qu’ils sont de gauche, et appellent « la gauche » à la rescousse, pour les sauver de la noyade. « Nous coulons – disent-ils- au secours ! Aidez-nous à rester à flot ou alors coulez avec-nous ». « Électeurs de gauche – disent-ils : « solidarité, sauvez « la gauche » des usurpateurs socialistes, sauvez la politique ultra libérale et autoritaire dont nous avons promis par avance que nous n’en changeront pas ! » Allons Messieurs Valls, Hamon, Dray, Cambadélis, Le Guen et vos semblables, un peu de pudeur s’il vous plait. Pourquoi voudriez-vous que le peuple que vous méprisez, les électeurs que vous trompez depuis si longtemps volent à votre secours. Le FN a été contenu ? Ce parti, avec un seul élu en 2011, était totalement absent des conseils généraux. Il fait plus de 25 %, en une seule fois. C’est une progression fulgurante, c’est plus qu’une vague, s’est un raz de marée « bleue marine ». Mais ils s’obstinent à contredire la réalité, au prétexte que les prévisionnistes attendaient le FN à 30 % ; celui-ci, tentent-ils d’accréditer, n’aurait pas vraiment progressé depuis les « européennes ». L’histoire est toujours le même, les prévisionnistes – ici comme en Israël – se sont trompé de 5 points Mais les prévisions ne sont que des prévisions, ce ne sont pas des réalités factuelles, comment peut-on être assez tordus pour prétendre quand il gagne 25 % que le FN n’a pas vraiment progressé car il fait 5 points de moins que les prévisions, un mouvement électoral se mesure à l’aune des résultats passés, pas à celle de projections strictement virtuelles. Quant à la référence aux européennes elle est également totalement viciée. Souvenez-vous. Les responsables politiques de tous bords, analystes et politologues ne nous ont-ils pas maintes fois expliqué que les élections européennes étaient un scrutin « défouloir » et que c’était ce qui expliquait les bons scores du FN.(25% en mars 2014) Or, en votant à plus de 25 % pour le FN aux élections départementales, les français se seraient-ils défoulés aussi dans ce scrutin local ? Non, pour le moins ils confirment le sérieux de leur engagement et procure au FN le moyen d’un enracinement local considérable qui lui échappait jusqu’ici. Est-ce vraiment, en toute honnêteté, ce que l’on peut appeler « contenir » ? C’est à se demander si les instituts de sondages et prévisionnistes politiques n’avaient pas fait tout exprès, sur commande, d’exagérer la progression du front national afin de pouvoir présenter ultérieurement, le raz de marée « bleue marine » comme une demi-victoire seulement. La ternir à défaut de pouvoir l’éviter. Si nous nous sommes attachés à rectifier toutes ces erreurs d’analyses et de jugements, ce n’est nullement pour faire l’apologie du FN que nous combattons. Mais parce que nous sommes persuadés que l’on ne combat pas correctement un adversaire quel qu’il soit en le connaissant mal et en partant de préjugés d’analyses fausses le concernant. Ceux qui, par leur politique nous ont conduits où nous voilà rendus, et s’abandonnent à présent à ces pis allé, nous préparent des lendemains pires encore. C’est un devoir de les rappeler à la sagesse et à la raison. Lundi 23 mars 2015.
