ÉTAT PALESTINIEN : THE END Avant-hier soir, au journal de 20 heures de la France2, en marge des élections législatives en Israël, un dossier évoquait clairement, cartes à l’appui, la possibilité que n’exista jamais un État Palestinien. C’est nouveau. C’est la première fois que les grands médias qui ont toujours soutenu que « le processus de négociations israélo palestinienne avaient pour finalité d’aboutir à la création d’un Etat Palestinien » admettent aussi clairement que cela n’aura pas lieu, que c’est d’ailleurs devenu impossible du fait même de la configuration de terrain, celle engendré par la poursuite de la colonisation israélienne. Certes, Benyamin Nétanyahou affirmait la veille, en vue de galvaniser la droite qui le porte, que s’il était réélu il n’y aurait pas d’État Palestinien. Mais, il ne s’agit pas de cela. En tout cas, pas que de cela. Il ne s’agit pas de la politique plus ou moins ouverte de tel ou tel parti, mais de la stratégie américano-israélienne depuis plus de trente ans. Les diverses étapes du processus des négociations israélo-palestinienne, accords d’Oslo compris, n’ont été à cet égard que des leurres. La finalité était d’abuser les Palestiniens et l’opinion internationale, cependant qu’Israël, « bon-an-mal-an », et indépendamment des nuances des gouvernements successifs, faisait en vérité la politique du fait accompli. Cela aura duré plus de 30 ans, jusqu’à ce qu’il n’y est plus rien à négocier. Nétanyahou ou pas, les choses se précisent, il n’y aura pas en effet d’Etat Palestinien. Pas en tout cas dans la configuration actuelle de la politique mondiale. L’Etat Palestinien est devenu une impossibilité physique. Quant à la revendication nationale palestinienne elle est tout près d’être définitivement éradiquée. Mais divers parlements Européens m’objectera-t-on, ont récemment reconnu l’Etat palestinien, c’est un pas en avant considérable qui encre celui-ci dans la réalité et interdit tout retour en arrière. Du « bla-bla » que tout cela. Ceux qui ont reconnu « la Palestine », ne se sont guère foulés. Comment de telles démonstrations pourraient-elles encrer, et dans quelle réalité, un Etat qui n’existe pas. Pourquoi ne pourrait-on pas retourner en arrière quand dans la réalité factuelle on n’a pas fait le moindre pas en avant. Il y a un monde abyssal entre reconnaitre un Etat inexistant ailleurs que dans des têtes et des textes, et faire ce qu’il convient pour le faire exister. Dans les textes, dans les déclamations d’Assemblées, je vous le concède, l’Etat palestinien existe depuis le partage de la Palestine de 1947.Les reconnaissance récentes par certains parlements ou Etats européen n’apportent rien de plus. Comment le pourraient-ils d’ailleurs quand, alignés sur la politique américano-israélienne, ils refusent toute confrontation même verbale avec la politique de l’Etat Hébreux ? Pire quand ils s’en font les complices assumés en tentant de faire taire toute contestation de la politique coloniale sioniste assimilée pour les stigmatiser, à l’antisémitisme. Ces récentes démonstrations verbales d’Assemblées, n’ont jamais eu la moindre intention, et n’auront jamais le moindre effet constructif sur la réalité de terrain. Leur objet n’était d’ailleurs pas cela. Il s’est agi de donner « du grain à moudre » à l’autorité palestinienne, gagner du temps, donner à croire qu’un Etat palestinien pourrait sortir du chaudron de sorcières de la diplomatie occidentale, afin de crédibiliser Abou Abbas et de lui donner les moyens de finir la « reddition politique » du Hamas. Je fus probablement un des premier à comprendre et à écrire, que le but certes non affiché (alors) de la politique Israélo Américaine, n’était nullement d’aboutir vraiment à la création des deux Etats ‘Palestinien et Israélien, en application de la résolution 181 de l’ONU de novembre 1947, comme ils l’affirmaient depuis des décennies, la main sur le cœur, mais au contraire à l’éradication totale de la revendication nationale palestinienne, et à la réalisation « du grand Israël » cher à la tradition Sioniste. Mon propos d’alors pouvait paraitre bien aventureux. Et certains « spécialistes » de la politique internationale ou du « conflit Israélo-Palestinien » ont peut-être cru bon à l’époque de juger avec condescendance et mépris « l’avis sans fondement de se profane qui émettait un jugement digne de la politique de comptoir ». La réalité a tranché, elle donne raison au sans grade que je suis. La perspicacité que nos analyses ont démontré à l’épreuve du temps, nous vaut, des « états de service » et des « certificats de sérieux » bien au-dessus de tous les titres universitaires de tous ceux qui tout ce temps se sont laissé bercer par les mythes et fadaises de la propagande impérialiste. J’écrivais fin 2001 dans la brochure « Des armes pour la Palestine », datée du 15 février 2002 : « Pour l’heure, la question posée n’est pourtant pas celle de la création future d’un État palestinien qui eut été le terme normal de l’application des accords d’Oslo, nous n’en sommes plus là. La question posée est celle sans fard, brutale, du maintien de la revendication nationale palestinienne ou de son éradication prochaine et de la « bantoustanisation » conséquente des territoires autonomes. Car tel est l’objectif, aujourd’hui, à la portée des dirigeants « extrémistes » israéliens, soutenus par le chef de l’empire de la terreur. Crime contre l’humanité et les droits des peuples, cette perspective déshonore ceux qui y ont pensé et s’emploient activement à sa réalisation. » (page52) Nous y voilà. Il aura fallu encore treize années ou un peu plus pour y aboutir. C’est à présent tache quasiment achevée. La colonisation israélienne a rendu non viable un État palestiniens formé de territoires morcelés, disséminés comme des confettis, sans la moindre continuité territoriale La guerre Américaine en Irak, puis l’offensive pilotée des printemps arabes ont eu comme finalité d’abattre tous les régimes, à l’exception de l’Iran, qui constituaient la « profondeur stratégique » de la résistance Palestinienne. A l’exception de l’Iran, mais chacun sait que celui-ci est dans « le viseur », comme l’a d’ailleurs confirmé récemment le discours de « bibi » devant le congrès américain. Le Hamas, qui à la mort de Yasser Arafat et l’avènement du traitre Mahmoud Abbas, s’était emparé de l’étendard de la lutte, dernier Bastion de la résistance armée palestinienne, s’est laissé piéger par la stratégie américaine des printemps arabes, se solidarisant avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, il a tourné le dos à la Syrie Baasiste, au Hezbollah libanais et à l’Iran, ses derniers arrières stratégiques, se fondant dans la guerre sunnite contre le chiisme au détriment de la revendication nationale palestinienne. Puis ainsi piégé, pour sortir de son isolement, il a renoué avec l’autorité Palestinienne vendue aux américains, donnant un deuxième souffle à celle-ci. Le message est définitivement brouillé. C’est comme si le Hamas avait déposé le drapeau de la lutte sacrée aux pieds de Mahmoud Abbas, le fantoche de l’impérialisme américain. Il n’y aura donc plus d’État palestinien, au moins pour cette séquence de l’Histoire ouverte en 1947 et qui s’achève en cette fin de la deuxième décennie du 21ème siècle. Certes l’Histoire n’est jamais tout à fait finie et les choses pourraient rebondir à la faveur d’une nouvelle séquence. Celle-ci pourrait résulter d’une inversion totale des rapports de forces régionaux engendré par la victoire, possible, de la Syrie de Bachar Al Assad qui serait celle de l’Iran et du Hezbollah aussi, mais également de la Russie et de la Chine. Cette résurgence de la lutte pour les droits nationaux du peuple palestinien ne peut avoir lieu, en tout état de cause, sans un renouveau de la mobilisation et la lutte des Palestiniens eux-mêmes. Il leur faudra en ce cas revenir à la case départ du début des années 1970. Et cela ne peut être envisagé que s’ils parviennent à se dégager du cul-de sac historique où ils sont acculés, en partie par leurs fautes. Patrick Seignon. « lavoiedessansvoix.fr ». Jeudi 20 mars 2015.
