LES ORIGINES DU TERRORISME ISLAMISTE*Et de la mauvaise façon de le combattre. Il y a quelques années de ça la France, 4ème puissance occidentale, se signalait dans le monde par une politique plus équilibrée. Alors que les USA, qui avaient acquis la réputation de « gendarmes du monde » étaient l’objet de l’inimité et des haines, des anciens peuples et nations coloniales, la politique « Gaullienne » de la France, indépendante de celle des USA, lui valait, en retour les sympathies de nombreux peuples et nations. Si Lionel Jospin, déjà la (prétendue) gauche, américanophile et atlantiste, alors premier ministre de Jacques Chirac, s’était fait « caillasser » par les étudiants Palestiniens de l’université Bir Zeit (année 2000), Jacques Chirac lui, avait su trouver le chemin de leur cœur en prononçant cette phrase « On ne vient pas à bout de l’émotion d’un peuple avec des chars ». Ce positionnement « Gaullien » de la France a été liquidé en 2007 par Nicolas Sarkozy qui a opté pour l’alignement total de la diplomatie de notre pays sur celle des États-Unis. Sarkozy et Hollande à sa suite ont fait allégeance au Suzerain américain. La France a endossé le rôle de nation mercenaire à la solde des USA. L’administration US tire en vérité toutes les ficelles, mais ce sont la France » et au besoin l’Angleterre « qui vont au charbon ». Et, comme de bien-entendu, c’est notre cher pays qui récolte les haines et la colère des peuples et communautés agressées et humiliées. Parce qu’il faut bien le dire, si les méthodes de combat de certains groupes islamistes radicaux, relèvent véritablement du « terrorisme » au sens étymologique, pour autant on ne finit pas la question en la ramenant toute entière au « terrorisme ». Le terrorisme » en soi, sorti de la réalité politique et sociale qui l’engendre, cela ne veut pas dire grand-chose, et quand on a ainsi stigmatisé « le terrorisme », on a rien dit ni sur le « terreau qui le nourrit », ni sur les moyens de le circonvenir. Le concept « de guerre au terrorisme » développé par l’administration Bush, après les attentats de 2001 à New-York, est devenu un fourre-tout qui a surtout pour fonction d’entretenir la confusion afin de ne pas s’interroger ni sur les origines ni sur les causes des combats qui s’expriment de la sorte : « Cachez donc ses réalités que je ne veux pas voir ». Ainsi, la cause nationale Palestinienne, dans les années 1970 1980, eut recours au terrorisme pour imposer sa reconnaissance au monde. Etait-elle pour autant moins légitime ? Suffisait-il de la nier, au prétexte des formes terroristes de son combat d’alors, pour l’annuler ? Tout amalgamer dans la « catégorie » infamante de « terrorisme » est en vérité un moyen aisé pour les puissances dominatrices de refuser de connaitre le fond des choses qui met en cause leurs politiques, le véritable sens des combats qui seul décide de leur éventuelle légitimité ou illégitimité. Nos dirigeants Occidentaux font mine de s’étonner d’être attaqués par l’Islamisme radical. Ceux-là seraient des terroristes par nature, qui « nous » attaqueraient sans raison apparentes, autre que celles de leurs délires religieux. Au demeurant ce ne seraient pas de vrais musulmans, seulement probablement de vrais terroristes. Ils seraient donc la représentation même de la « barbarie » et nous serions « les gardiens de la civilisation humaine ». Ils seraient le dragon de l’enfer et « nous », l’ange Saint Michel fondé à le terrasser. Mais la réalité est bien différente. Certes les musulmans de chez nous que les autorités de nos pays s’efforcent « d’assimiler », seraient bien Kamikazes s’ils s’avisaient à soutenir ouvertement les thèses du monde Islamique. Mais les réactions provoquées par la sortie du premier numéro « posthume » de Charlie Hebdo, le prouvent, rien ne sert de se voiler la face, les prétendus « mauvais » ou « non » musulmans, sont en adéquation avec le sentiment quasi unanime des musulmans, non pas avec quelques fous isolés, mais avec tout un peuple gigantesque de 1 milliard 700 millions d’êtres, un quart de l’humanité. Et c’est donc la France, parce qu’elle est en première ligne et qu’elle le revendique avec arrogance, qui focalise à présent toutes les haines de ce peuple immense, aux lieux et places des USA qui restent prudemment un pas derrière. La côte de popularité de François Hollande a fait un bon gigantesque dans la foulée des attentats de la semaine dernière à Paris. C’est une malédiction. Car cela l’encourage à poursuivre dans la voie « de la guerre » qui nous mène droit au mur. On peut affirmer en effet, comme le font nos pouvoirs publics, et c’est ici que l’on prendra toute la mesure de la folie du propos, que ce peuple « des croyants » est « moyenâgeux », arriéré, « compatible certes avec la démocratie » mais en son état de » nature l’incarnation même de la barbarie qu’il faut vaincre. On peut vouloir ainsi se conforter et justifier « notre » fuite en avant, tant dans l’agression verbale que militaire Ou pourrait tout aussi bien s’interroger sur les causes, origines et sens de cette situation. Le Shah d’Iran voulu « occidentaliser » la société Iranienne par la contrainte et en marche forcée. Quand le peuple Iranien se souleva contre la domination des compagnies pétrolières occidentales et la dictature des Pahlavi, la mobilisation, comme une rivière en crue, repris le nécessaire lit de la tradition historique et du retour aux racines identitaires. C’est le même phénomène qui explique, malgré les répressions multiples et féroces, la puissance persistante des frères musulmans dans plusieurs sociétés et nations arabes. Le radicalisme religieux ne s’explique pas en lui-même par l’illumination ou la folie de quelques « oulémas. Il est le produit de l’humiliation séculaire des arabes, et tout particulièrement de celles que leur ont infligées les puissances occidentales (Angleterre, France et USA) depuis la défaite de et la dissolution de l’Empire Ottoman. Or à ce lourd passif historique vient s’ajouter le bilan récent des prétendus « printemps arabes », des interventions militaires et ingérences en Libye et en Syrie. Ce bilan, que les peuples arabes n’ont pourtant pas encore totalement tiré est catastrophique, effarant, hallucinant. Les puissances occidentales s’emparant du soulèvement Tunisien, l’instrumentalisèrent pour aboutir à une simple « transition démocratique » par les vertus de laquelle les tunisiens eurent récemment l’insigne honneur d’élire leur nouveau dictateur au suffrage universel. Or cette « révolution tunisienne » à peine manifesté, toutes les sirènes de la média-sphère occidentale se mirent à nous annoncer un bouleversement « démocratique » gigantesque du monde arabo-musulman. On allait voir ce que l’on allait voir. La « révolution » tunisienne allait faire tache d’huile. Il y aurait des révolutions démocratiques partout. Et de fait des mouvements de foule eurent leu en Algérie, au Maroc, en Egypte, à Bahreïn, au Yémen, en Libye, en Syrie, et même en Jordanie. Mais bien vite la baudruche se dégonfla partout. A Bahreïn par la répression, au Yémen par la guerre, en Algérie par rien, au Maroc par « des réformettes » avec lesquelles le roi Mohamed VI se fit « champion de la démocratie. L’Egypte et la Tunisie connurent des élections libres qui comme de bien entendu propulsèrent les frères et partis musulmans à la direction de ces pays. Puis une nouvelle mobilisation « des forces démocratiques » en Egypte pour défaire l’œuvre du suffrage universel et donner les commandes à la dictature militaire. De même en Tunisie où le parti « ennahdha » « démocratiquement élu » s’est fait « démocratiquement bouter » hors du pouvoir. En Libye l’insurrection de Benghazi soutenu par l’intervention Franco Anglaise a abouti avec la destruction de la Jamahiriya à un chaos indescriptible, et l’ingérence occidentale en Syrie à une guerre sanglante et destructrice prolongée et encore en cours. Conséquence de l’intervention de la coalition américaine, l’Irak est aujourd’hui partitionné en trois Etats de fait. Les Djihadistes qui s’était engagés dans le combat contre les mécréants Kadhafi et Assad, sous la direction du Qatar et de l’Arabie Saoudite, et sous l’aile protectrice des USA de la France et du Royaume-Uni, sont à présent stigmatisés et attaqués par leurs alliés de la veille. Tel est le bilan « apocalyptique » des « printemps arabes » et des diverses opérations militaires américano-occidentale. Qu’ils fussent partisans de l’État laïque sous la direction des partis Baas Irakien et Syriens, partisans de l’État laïque Égyptien sous L’aile de l’armée, jeunesses occidentalisée qui s’étaient embarquées dans l’aventure de la « révolution démocratique », partis Islamistes mis à l’écart du pouvoir et stigmatisés, Djihadistes ayant pris les armes pour combattre les régimes Laïques qualifiés de « dictatures » par l’Occident, toutes les composantes des sociétés et nations arabes, pas une n’échappe, ont de bonnes raisons de se sentir floués, roulés dans la farine. Quoi d’étonnement dès lors si cette situation aboutit à un repli identitaire dont la religion, en terre d’Islam, est la référence obligatoire. ET c’est à ces humiliations, à ces frustrations, multiples et cumulées, que les dirigeants occidentaux entendent répondre par la fuite en avant, la globalisation de la guerre des civilisations, c’est-à-dire de nouvelles frustrations et humiliations pires encore ? Et c’est cela qu’ils voudraient « nous vendre » comme un remède contre les maux du terrorisme ? Leur politique est criminelle, car leur but véritable n’est pas tant de lutter contre le terrorisme, que de justifier leurs desseins de guerre. Mardi 20 janvier 2015. · Dans la plaquette « Des armes pour la Palestine » publiée en février 2002, nous consacrions un chapitre (intitulé : « Une guerre injuste ») à cette question « du terrorisme » (Pages 17 à 23).
