LA FRANCE BAFOUÉE

LA FRANCE BAFOUÉE « Nous sommes fiers, c’est la vraie France », ont-ils dit, c’est la France Debout, etc. Ils ont flatté, caressé « dans le sens du poil ». Certains même ont parlé de « soulèvement », le grand mot, signalant par-là leur perfidie. Un soulèvement est un mouvement d’opinion contre l’autorité. Le Mouvement que nous venons de vivre s’inscrivait parfaitement dans le sillage de l’autorité. Pire, il a été souhaité, rythmé, encadré et orienté par l’autorité de l’État. La France a été agressée dans sa chair et dans ses fondements, alors une grande vague émotionnelle s’est emparée d’elle. Elle a dit son deuil, sa tristesse, son inquiétude. L’émotion, nous l’avons déjà rappelé (….) est une piètre conseillère. Envahie par elle un peuple n’est jamais vraiment maitre de lui-même. Fort ? Il est en vérité vulnérable, dans cet état de passion, sujet à toutes les manipulations politiques. Le jour même de l’attentat contre Charlie Hebdo, alors que s’élevaient des voix d’hommes politiques pour appeler à l’Union Nationale, nous avons dit « non ! » et oh combien nous sommes fiers d’en avoir usé ainsi. Les conséquences que nous redoutions ne se sont pas fait attendre. La manipulation politique en la circonstance est à deux étages. 1) Tout d’abord la manœuvre de politique « intérieure » politicienne. L’Union Nationale, la classe politique et le peuple soudé derrière sa direction du moment, offrant tout à coup, et sans qu’il en est mérité, à un « monsieur 13 % », les honneurs de la « Via sacra ». 2) la manœuvre de politique internationale, grosse déjà d’une lourde signification guerrière, puisqu’il s’est agi de regrouper à Paris, sa Capitale d’un jour, tous les chefs d’État et de gouvernement « du monde civilisé » mobilisé contre « la barbarie ». Les mots ne sont pas trop forts, ils ne sont pas de nous. Souvenez-vous, ils ont été prononcés par maints intervenants officiels. Le peuple s’indigne de l’agression, le peuple veut défendre la « démocratie » – l’idée qu’il en a – et la liberté d’expression, le peuple aspire à la paix et à la sécurité. Les dirigeants s’emparent de son émotion pour faire un pas supplémentaire dans ce que l’on appelle de plus en plus fréquemment et ouvertement « la guerre des civilisations ». C’est-à-dire « la nouvelle grande guerre » impérialiste, le contraire de la démocratie, qui dicte la volonté du plus fort aux nations subalternes ». Voilà ce qu’ils offrent au peuple en retour, la guerre et ses maux, et non la sécurité ni la quiétude. La guerre et sa censure et son encadrement des libertés publiques et individuelles. Et non pas le triomphe de la liberté d’expression. Dès l’instant ils ont multipliés les postures et symboles guerriers. Un discours de Manuel Valls qui dit clairement que » la France est en guerre contre l’islamisme radical, à l’intérieur et à l’extérieur. » Une assemblée nationale debout dans une attitude martiale qui fait résonner « ses trombines guerrières ». Des tribunaux qui prononcent des peines de prison fermes contre de pauvres types ivres ou en colère. Les défenseurs mordicus de l’humour ravageur de Charlie Hebdo contre le prophète des musulmans qui ne comprennent plus la plaisanterie dès lors qu’elle les met en cause. Un président de la République qui mobilise l’armée pour « lutter contre le terrorisme » sur les théâtres d’opérations extérieurs, qui donne ordre au porte avion Charles De Gaulle d’aller se positionner au Moyen-Orient et de prendre part aux raids aériens contre l’EI en Irak, mais en profite aussi, pour entretenir la confusion en mettant en cause la Syrie, et regretter une nouvelle fois que l’Occident n’y soit pas intervenu plus tôt. Pourquoi, et d’où vient la menace terroriste. Nous le disions le 7 janvier dans le même article déjà cité : « L’union nationale, sous prétexte que la France est agressée, c’est vouloir taire que la France est aussi agresseur. Si les assassins de Charlie Hebdo sont ignominieux et méprisables, cela ne saurait nous faire oublier que la politique agressive interventionniste de la France inféodée aux USA, porte une large part de responsabilité dans la montée en puissance de la menace « terroriste ». « Si la France est attaquée – a dit François Hollande – c’est parce que c’est un pays de liberté. La formule est réductrice et mensongère. La France est attaquée aussi parce que c’est un pays impérialiste, dominateur, la main droite des USA, qui veut imposer sa loi au monde.» Or, qu’elle est la réponse de « la France » à la tempête terroriste dont-elle a semé le vent ? D’aller plus fort, plus avant dans la guerre de domination dont François Hollande l’a faite le fer de lance au service de l’impérialisme américain. Répandre plus de douleurs, de haines, de frustrations, d’humiliations. Exactement le contraire de ce qu’il faut pour faire décroitre le péril terroriste. Les aspirations du peuple français et de ses dirigeants divergent profondément. L’un veut la paix la sécurité et la quiétude. Les autres veulent avant tout aller au bout de leurs desseins bellicistes. Souvenez-vous l’été 20013, ils avaient avec l’aide de leurs services secrets montée une cabale de prétendues attaques chimiques de Bachar El Assad, afin de justifier une intervention occidentale dont la véritable raison était de renverser sur le terrain le rapport des forces défavorable à l’opposition armée. Ils furent obligés à contre cœur d’y renoncer alors. Eh bien prenant prétexte de l’agression terroriste contre Charlie Hebdo, et de l’émotion qu’elle a suscité, c’est celle-ci qu’ils veulent mener aujourd’hui à son terme. Ils instrumentalisent le moment et Bafouent la France Jeudi 15 janvier 2015.

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