LES TROIS MOUSQUETAIRES DE « LA RELANCE »

LES TROIS MOUSQUETAIRES DE « LA RELANCE » Jean-Luc Mélenchon, Cécile Duflot et Benoit Hamon étaient jeudi 4 décembre au soir les invités de l’émission « Des paroles et des actes » animée par David Pujadas. Haro sur le quidam qui critique tout sans rien proposer. En politique, c’est une figure imposée, il faut être « constructif. C’est à cet exercice obligé que ce sont donc astreints les trois mousquetaires de « la nouvelle gauche » que Pujadas brûlait semble-t-il de fiancer officiellement à l’antenne. C’est un exercice obligé et dangereux car il a tôt fait d’acculer ses praticiens au ridicule. Il faut avoir la bonne recette, celle qui fait s’exclamer les auditeurs ; « mais oui, mais c’est bien sûr ! » et de surcroit chacun la sienne pour administrer la preuve de sa légitimité politique relativement aux autres. Ainsi, Benoit Hamon veut il relancer l’économie par la consommation des ménages. Cécile Duflot, dans la veine écologique, propose d’induire la relance de l’activité économique par la conversion énergétique en boostant le secteur des énergies renouvelables prometteur, selon elle, de milliers d’emplois. Quand à Jean-Luc Mélenchon il a lui aussi sa propre recette : des investissements dans un « secteur nouveau de l’économie de la mer » qui servirait de moteur à la relance générale de l’activité. Chacun y allait donc de sa tambouille. Où était-on ? Dans une émission politique, ou dans une des nombreuses émissions culinaires qui occupent actuellement l’espace audiovisuel ? «Dans « des paroles et des actes » ou « dans « le repas de cons » ? La relance, une vieille recette de pilotage économique à la disposition des pouvoirs politiques. De Pompidou à Lionel Jospin en passant par Jacques Chirac et Raymond Barre, presque tous les gouvernements de la cinquième république se sont fendus de « leur plan de relance ». Mais le plus célèbre de tous, celui qui mérite de rester dans les annales de la mémoire politique, est celui de Pierre Mauroy en 1981, sous la présidence de François Mitterrand. Il ne se signale pas par son ampleur, 1%, quand celui de Jacques Chirac en 1975 portait sur 2,5 % du produit national, mais par sa signification politique. Il s’était agi alors de faire de la pédagogie de masse en sacrifiant à ce vieux serpent de mer, et à l’esprit du programme commun de la gauche » qui bien que n’ayant plus cours continuait de structurer le pensée politique d’alors. En décidant la mise en œuvre de ce plan de relance François Mitterrand faisait mine de tenir ses promesses et d’accéder aux revendications populaires. « J’ai fait disait-il, la politique pour laquelle les français m’avaient élu en 1981. Ils voulaient la relance. Ils l’ont eue. On ne force pas les français c’est à eux de comprendre. Maintenant ils ont compris eux-mêmes que ce n’était plus possible ». (Selon Pierre July « les années Mitterrand »). En décidant d’y mettre fin et de passer à autre chose, il démontrait l’inanité ‘du dogme » qu’il remisait ainsi dans les poubelles de l’Histoire. Ce n’est donc pas bien étonnant si Benoit Hamon, Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon, qui tous trois à leur manière rêvent de ressusciter une gauche fantasmée », qui n’a en vérité jamais vraiment existé, se proposent, chacun à sa manière, d’exhumer « ce vieux dogme éculé de la relance » symptomatique de « la pensée de gauche » Qu’est-ce la relance ? C’est l’idée que les maux sociaux du chômage, de la précarité, de la récession des salaires sont les conséquences induites de « la crise économique » et des politiques « récessionistes » d’austérité mises en œuvre, et qu’il faut relancer la machine économique pour voir reculer ceux-ci, pour que les offres d’emplois repartent à la hausse, etc. « Les travailleurs, les salariés, ne seraient fondés, à cette aune, à réclamer de meilleurs salaires, une meilleure protections sociale, des créations d’emplois, qu’à la condition expresse qu’ils fassent tourner plus et plus fort, l’économie capitaliste. Sans croissance pas d’adoucissement à escompter de la condition salariale. A l’échelle sociale tout entière, (à l’échelle macroéconomique) cela n’est rien moins que la transcription de l’ordurière formule individualiste de Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus ». Ai-je écrit le 20 novembre 2013. C’est la fuite en avant productiviste, le contraire précisément des préoccupations écologiques de fond et des exigences du moment. Que ce productivisme « obligé » pour améliorer soi-disant le niveau de l’emploi et pour que les salariés soient fondés à revendiquer « leurs part de l’essor », soit le résultat d’un plan de relance traditionnel, ou par l’effet d’entrainement de « l’économie de la mer » ou « des énergies renouvelables », ne change rien au fond de la question, il s’agit toujours de la même chose, rendre raison à la logique productiviste du capitalisme. Or, cette logique est un leurre. Nous l’avons écrit et longuement expliqué déjà dans l’article du 20 novembre 2013, cité plus haut, dont s’était l’intitulé et auquel nous ne saurions mieux faire que de nous référer. « Je vous interpelle, écrivais-je alors, chers amis visiteurs. N’avez-vous jamais songé à l’enflure du verbe qui s’exprime dans ce postulat de la « croissance », comme objectif permanent de l’économie, et aux calamités qui en découlent ? La population Française, et même mondiale croît. Il convient d’assurer les ressources de tous les nouveaux individus qui peuplent les nations, mais un grand nombre d’entre eux vit « chichement » voire même en dessous du seuil de pauvreté. C’est avec raison qu’ils ont le droit de réclamer l’accroissement de leurs revenus. Et on leur répond, cela n’est possible que si l’économie croit. C’est une fuite en avant sans fin. Comment l’économie mondiale pourrait-elle croitre toujours, sans mettre en péril les ressources naturelles, l’environnement, les grands équilibres planétaires ? En vérité, il y a une autre réponse aux doléances populaires. L’économie mondiale telle qu’elle est, produit déjà beaucoup de biens et de richesses qui suffiraient largement à assurer le bien-être de tous, à la condition qu’ils soient mieux répartis, (que l’on arrête la gabegie ») que le partage de la richesse produite, entre travail et capital soit rééquilibré au profit du travail. Or c’est précisément de cela que les classes dirigeantes de la société, et leur personnel politique ne veulent surtout pas entendre parler.Le thème de « la croissance » a pour fonction de détourner les regards de cette option en les fixant ailleurs, sur la « santé de l’économie » (capitaliste) sur ses élucubrations prométhéennes de « croissance infinie ». C’est en ce sens que « la croissance » est un leurre. Contrôler le partage de la richesse n’est pas qu’une question d’équité. C’est le passage obligé pour rendre à « l’homme » la maitrise d’une machine folle dont il est l’objet. L’économie capitaliste est source d’aliénation. L’économie raisonnée est promesse de libération La course effrénée au profit, pour le profit, sans aucuns rapports avec les besoins réels de l’humanité, est génératrice de gaspillages cyclopéens. Maitriser, raisonner l’économie pour mettre fin à cette gabegie dégagerait des richesses colossales actuellement utilisées en pures pertes ou futilités que l’on pourrait mettre au service du bien commun »La question fondamentale de nos sociétés, ce n’est pas la croissance c’est le partage des richesses.Est-ce à dire qu’il ne faut pas et jamais de « croissance » ? Non bien sûr ! Mais alors une croissance raisonnée. Quoiqu’il en soit, en l’état actuel des choses, la « croissance » à elle seule ne peut rien régler des misères du monde aussi longtemps que les accapareurs capitaliste s’arrogent la part du lion et ne laisse que des miettes aux classes populaires. » Ce sera notre conclusion. C’est la question du partage qu’il convient de replacer au centre des préoccupations. Ceux qui se retranchent derrière « la croissance », en appellent à « la relance », sciemment ou inconsciemment contribuent par ce leurre à détourner l’attention et la revendication populaire de ce qui doit-être sa priorité et sa première exigence. Ceux-là se posent objectivement en défenseurs et en rempart du système. ». C’est à notre grande déception le piège dans lequel, jeudi passé, s’est laissé enfermer Jean-Luc Collenchyme. Mardi 9 décembre 2014.

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