LES « BÉNÉFICIAIRES » DE LA MISÈRE Parmi les informations que l’incident technique dont nous avons été victime nous a fait négliger il y a « le grand évènement national annuel » qu’est devenu l’ouverture de chaque campagne « des restaurants du cœur ». C’est l’industrie française qui marche le mieux, celle de l’assistanat et de la pauvreté. Celle de la gestion de la misère. Comme les chiffres du chômage et de l’emploi précaire, ceux des « ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté » et des « BÉNÉFICIAIRES » des restaurants du cœur, poursuivent allègrement leur ascension. « Bénéficiaires » ! Pensez un peu. L’usage de ce mot pour désigner les nécessiteux contraints pour survivre de faire appel à la générosité publique me glace les sangs. Il me parait signaler toute l’insolence et la condescendance de ceux qui l’ont inscrit à leur lexique. J’ai honte pour eux qui par leur vocabulaire inapproprié contribuent à accroitre encore ma colère. Coluche avait imaginé un dispositif d’urgence pour secourir les victimes d’une situation sociale qu’il croyait conjoncturelle. En 1985, il y avait 4 ans seulement que la première alternance de la 5ème république avait eu lieu avec ses promesses de changement social véritable. Il y avait encore des ministres communistes au gouvernement, et les illusions de transformations socialistes n’étaient pas tout à fait dissipées. Coluche pensait probablement, quoique bien naïvement, que les pouvoirs publics « de gauche » auraient à cœur d’éradiquer la pauvreté au plus vite. La réalité était bien différente. Le développement du chômage et de la grande pauvreté était le cadet des soucis de « la gauche de gouvernement » qui avait surtout à cœur de restaurer l’autorité des chefs d’entreprises et le taux de profit du capital. Quant à « la lutte prétendue contre le chômage elle est devenue le meilleur prétexte pour l’explosion de la précarité de l’emploi, la baisse des charges et la destruction des protections sociales, la liquidation du code du travail, c’est-à-dire la diffusion massive pleinement assumé de la misère sociale. Au fil des années « les restaurants du cœur » sont devenus plus qu’une association caritative, une véritable institution de prise en charge, de gestion et de pérennisation de la pauvreté. Une très officielle soupape de décompression sociale. …. Bien sûr nous saluons l’œuvre posthume de Coluche, et tous les « enfoirés » et les « bénévoles » qui consacrent leur temps leur peine et un peu de leurs revenus à secourir les nécessiteux que fabrique par millier la calamiteuse économie capitaliste. Secourir dans l’urgence ceux qui souffrent, c’est bien entendu louable et nécessaire. Mais si cette action ne se prolonge pas par la lutte pour la subversion politique elle se réduit alors à l’état de simple « supplétif » d’une organisation sociale inhumaine. Les véritables « Bénéficiaires » des « restaurants du cœur » ne sont pas les « secourus », ce sont les banques et les actionnaires mis à ainsi l’abri des dangers du délitement social qu’engendre leur soif avide de profit. Vendredi 5 décembre 2014.
