« VADE RETRO SATANAS ! » CRI DE COLÈRE EN HOMMAGE A TOUS MES FRÈRES HUMAINS VICTIMES DE LA BARBARIE CAPITALISTE 11 novembre 1918, toutes les cloches de toutes les églises et clochers de France se sont mises à sonner. La guerre est finie ! L’armistice a été signé. Mais ce que ne dit pas la version officielle, c’est l’arrière-plan. L’Allemagne a capitulé moins par la cause des armes de ses ennemis et adversaires que par celle de son propre délitement intérieur : les désertions massives sur le front, la révolution des marins des soldats et des ouvriers. Ils avaient insulté Lénine et la révolution Russe qui faisait la paix séparée de Brest-Litovsk avec l’Allemagne. Ils appelaient cela « une trahison » qui permettait à l’Allemagne de concentrer ses forces sur le front occidental. Mais à présent que la contagion révolutionnaire venue de l’Est s’emparait de l’Allemagne et leur « servait la victoire » sur un plateau, ils ne songeaient ni à s’excuser auprès des bolcheviks, ni à remercier les ouvriers et soldats révolutionnaire allemands. Ils voulaient seulement accréditer la légende que la victoire était le salaire de la valeur de leurs armes et de l’arrivée des renforts américains. Ils ne voulaient pas alors, ils ne veulent toujours pas admettre le rôle de la révolution dans l’arrêt des hostilités. Ce serait reconnaitre la valeur civilisatrice de celle-ci qui venait de terrasser l’Hydre de la guerre impérialiste. C’est en effet pour avoir les mains libres, pour mieux tordre le coup à la révolution que les dirigeants allemands avaient résolus de cesser les hostilités. Sauver l’essentiel, c’est-à-dire le système capitaliste menacé par la « révolution ouvrière », voilà qu’elle devenait leur priorité. Ils ne tarderaient pas, allemands, français, autrichiens et anglais à s’unir « comme larrons en foire » pour retourner les armes de « l’Entente » contre la révolution Russe des ouvriers et des paysans. La Guerre mondiale impérialiste cependant était finie. Le « Tigre » devenait « le père la victoire ». La défection de l’Allemagne au combat pour cause de révolution devenait la grande victoire des barbares impérialistes Français et anglo-saxons qui allaient imposer au monde les traités de Versailles, Saint-Germain, Trianon, Sèvres, etc. terreau d’une nouvelle guerre mondiale. On ne le dira jamais trop, il est fort aisé de se débarrasser de la responsabilité historique de la deuxième guerre mondiale sur « la barbarie nazie », mais la deuxième, comme poupée gigogne, était contenu dans la première et dans les conditions iniques de sa liquidation. La barbarie nazie n’était elle-même que la fille légitime de la barbarie impérialiste. On vous avait désigné l’ennemi à abattre, le Kaiser, le casque à pointe, le tsar de toutes les Russies barbare, la France dominatrice et arrogante, selon que vous étiez allemands Russes autrichiens où Français. Certes, l’ennemi était en face aussi, non pas véritablement dans les frères de condition et d’infortune qui vous tiraient dessus, mais dans le dos de ceux-ci qu’ils poussaient à la boucherie. L’ennemi était partout, dans les rangs des officiers, les aristocrates et les fils de la bourgeoisie, qui n’hésitaient pas à exécuter les déserteurs les agitateurs les « fraternisateurs » et les récalcitrants, l’ennemi était à l’arrière dans votre dos, dans nos propres villes et villages, l’ennemi était omniprésent car s’était l’ennemi de classe, la bourgeoisie sanguinaire assoiffée de profits et de sang, l’ennemi véritable était universel et commun à vous tous, jeunes et braves hommes qui s’entretuaient. L’ennemi s’était la « barbarie capitaliste ». On nous dit, à nous à présent, vos arrières et arrières petits-enfants, que vous êtes morts pour « la patrie », pour « la France », ou pour l’Allemagne, l’Italie ou l’Autriche ; On voudrait au nom du devoir de mémoire nous faire valider les mêmes balivernes, avaler les mêmes couleuvres dont vous fûtes en votre temps abusés et gavés. Le devoir de mémoire disent-ils – pédants et toujours dominateurs – pour que cela ne se reproduise jamais ? Mais cela ils n’ont en vérité cessé de le reproduire depuis. L’ennemi à abattre, car il leur en faut un, n’était certes plus le « boche » mais le « fellaga », « le Viet », « l’homo-soviéticus », le « communiste » « le terroriste ». « l’islamiste ». Guerres mondiales, coloniales, « humanitaires » « civiles », ethniques, tribales, multitude de dictatures meurtrières dont est pavée leur route historique, apartheid, ils n’ont cessé depuis de martyriser les peuples. Fallait-il le démontrer ? La mémoire seule ne suffira jamais à conjurer leurs démons. Il faut aussi qu’elle bénéficie des éclairages de la raison. Suffit-il de savoir que vous avez souffert et que vous êtes morts pour que cela ne se reproduise pas ? Non ! Il faut savoir aussi qui étaient vos tortionnaires et qu’elles en étaient les motivations. « Le devoir de mémoire » est aussi un devoir de conscience et de justice. Or la conscience commence avec votre, c’est-à-dire l’autre, vérité historique, et la résilience qu’autorise la justice exige que l’on vous rende votre statut de victime en désignant et condamnant vos bourreaux sans plus de détours. Résilience mais pas oubli, pas confusion. Irak, Libye, Égypte, Congo, Soudan, Afrique des grands lacs et du centre, Palestine, Liban, Syrie, Ukraine, Corée du nord, Iran, Tibet, Venezuela, Cuba, ils multiplient et poussent partout leurs provocations et menées bellicistes Ils sustentent encore, comme toujours, les démons de la guerre. Si les peuples ne neutralisent pas leur main criminelle, ils précipiteront à nouveau le monde, dans un cataclysme généralisé. Alors, devoir de mémoire ? Bien sûr je m’incline et je souffre, d’une autre souffrance que la leur, ceux qui iront en ce jour du 11 novembre, très officiellement insulter votre souvenir dans le déni de leur posture ». Bien sûr je m’agenouille et je pleure des larmes abondantes et amères. Bien sûr, pris de colère je me redresse et hurle de douleur et de rage : Assassins ! Assassins ! « Amis bourgeois – leur dirai-je paraphrasant Jacques Brel – n’entendez-vous pas vos cimetières ? » Elles montent des entrailles de la terre, de vos catacombes, charniers et ossuaires, de la butte de Douaumont et du chemin des dames, mais aussi de Sétif, Hanoï, Nagasaki, Buenos Aire, du Caire, de Bagdad de Belgrade et mille autres lieux, les voix pétitoires de vos millions de victimes qui vous désignent et vous accusent. Et qui crient avec moi, « Assassins ! Assassins ! Qui vous ordonne de quitter la surface de cette terre où vous avez déjà semé tant de désolation, fait tellement de dégâts humains et matériels. Vade retro Satanas ! Descendez aux enfers de la mémoire où vous attendent les flammes éternelles du jugement de l’Histoire. Lundi 10 novembre 2014.
