UNE PELLETÉE DE TERRE SUR LA DÉPOUILLE DE L’ÉCOTAXE

UNE PELLETÉE DE TERRE SUR LA DÉPOUILLE DE L’ÉCOTAXE C’est triste bien sûr un enterrement. C’est d’autant plus triste quand il n’y a que le mort devant et personne derrière. On a retenu dans la mémoire collective les obsèques glaciales de Mozart ou celles de Verlaine. On se souviendra à présent de celles sans fioriture de l’écotaxe. Les griefs que nous avions à formuler contre « l’écotaxe » étaient multiples. A présent que la voilà « feue », loin de nous l’envie de verser la moindre larme de dire « s’était un brave type ». Nous n’avons pas assisté à ses funérailles « à la cloche de bois » mais nous nous en réjouissons. L’écotaxe est enterrée ? De profundis ». LE BONNET D’ÂNE DE L’ACTION SOCIALE Nous avions aux temps de la fronde des « Bonnets rouges » consacrés 2 articles à celle-ci : « Bonnets rouges et Bonnets d’ânes » (5/10/ 2013) et, « Discussion avec Jean-Claude MAILLY » (13 novembre 2013). Nous les avons relus ce matin. Il n’y a rien à en retirer, au contraire. Ils méritent d’être cités à nouveau et relus par tous. Nous avions décernés, s’était par dépit et sans acrimonie excessive, « les bonnets d’ânes » à nos amis syndicalistes de la CGT et au « Front de Gauche », puis à Jean-Claude Mailly » secrétaire général de « CGT-FO », qui s’efforçaient de prévenir tout débordement de la colère des « bonnets rouges » en milieu ouvrier et salariés. Nous avions expliqué alors, et nous le maintenons, que leurs préoccupations, invoquant le « mot d’ordre » pourtant en son temps tant décrié, « classe contre classe », que leurs préoccupations étaient en vérité de protéger le gouvernement « de gauche » qui faisait la brutale politique d’austérité que l’on sait. Classe contre classe en effet, celle de la classe des capitalistes et des financiers contre les ouvriers et salariés. Il fallait au contraire soutenir et amplifier le mouvement anti fiscal des « Bonnets rouges » et nous le justifiions alors de la sorte : « Mais quel inconvénient y-a-t-il donc, si la mobilisation antimondialiste et anticapitaliste des salariés utilise pour s’affirmer, la courte échelle que lui offre actuellement la mobilisation antifiscale des agriculteurs, artisans et petits patrons et des salariés qui s’y joignent. Débordée par la contestation globale des salariés, celle-ci ne changera-t-elle pas de nature ? Et, serait-ce alors un mal, si des agriculteurs, des artisans et même des petits patrons se reconnaissent encore dans ce mouvement ?Pour qu’il ne prenne pas des allures réactionnaires, il ne faut pas dédaigner le mouvement antifiscal, il faut en prendre la tête. » (Bonnets rouges et bonnets d’âne » 5 novembre 2013) Et nous ajoutions le 13 novembre « Discussion avec Jean-Claude Mailly » : « Voilà que les salariés trouvent un renfort inattendu qui pourrait s’ils s’y joignaient, contraindre le gouvernement à changer de cap. Et ils devraient s’en priver, faire la fine bouche ? On pourrait gagner, mais on ne le veut pas avec vous messieurs les petits patrons. Nous préférons vous faire perdre et perdre avec vous, pour le plus grand profit des multinationales de la Banque et du capital financier. En voilà une logique imparable et qui fait froid dans le dos. » Nous avions aussi tancée à cette occasion la politique « taxiste » des verts. « Solutions malthusiennes : les taxes. … taxe carbone, malus écologique, taxes supplémentaires sur le gas-oil, taxes sur l’élimination des déchets, la politique de « l’écologie-politique » peut être résumée par ce seul mot, « taxe ». Des taxes de toutes sortes. L’écologie politique parait être devenue une officine à inventer des taxes toujours nouvelles et la plupart du temps impopulaires. Celles-ci pèsent sur le pouvoir d’achat des couches populaires et participent du nouveau partage des richesses encore plus favorable aux riches. Les secteurs de la consommation populaires sont sommés de se rétracter, sous le poids de celles-ci. La politique tarifaire va dans le même sens. Les écologistes soutiennent la hausse des tarifs de toutes les énergies fossiles, de l’eau, du recyclage des ordures ménagères, etc. Les petites gens n’ont qu’à « moins » consommer, faire moins de déchets, moins rouler, moins se doucher, moins se chauffer, etc. (Petite contribution au procès de l’écologie politique » 8 novembre 2013.) Or, réagissant au renoncement de l’État à l’écotaxe annoncé par la Ministre de l’écologie, Cécile Duflot persiste et signe. »Je considère que c’est une erreur absolument désastreuse », a déclaré sur RTL l’ancienne ministre du Logement. « Dès qu’il s’agit de passer aux actes, il n’y a plus personne. Il y a une main droite qui parle et une main gauche qui défait. » (Reuters 10 octobre 2014). Malgré son obstination partisane Cécile Duflot garde quelques clairvoyances. Elle attribue à la « main droite » la « vertu » de faire ce que défait « la main gauche », admettant ainsi de facto que la politique « taxiste » est une politique de droite. Les verts, le « Tax’Party, comme nous nous plaisons à le surnommer, s’accroche bêtement à sa politique anti populaire. Comme si les taxes, et donc l’accroissement de la pression fiscale était l’outil unique et indispensable, de la protection de l’environnement. Si telle est leur vraie motivation n’y-a-t-il pas d’autres moyens de parvenir aux fins qu’ils s’assignent. Si par exemple, la pollution engendrée par les transports routiers est la vraie raison de « l’écotaxe » n’y avait-il pas d’autres moyens de parvenir aux mêmes fins sans ajouter de nouvelles taxes ? Des moyens autres, nous en suggérions nous-mêmes : « Dans une économie raisonnée, on pourrait faire des choix stratégiques, consentis et harmonieusement pilotés. Par exemple celui de développer les transports ferroviaires (fret et rail/route) et fluviaux plutôt que le transport routier. Celui de développer les productions locales et le commerce de proximité afin de raccourcir les distances et la masse des transports, grands générateurs de CO2. » (Petite contribution au procès de l’écologie politique ») L’ÉCOTAXE, UN IMPÔT INIQUE L’écotaxe est un impôt inique, qui nous renvoi au moyen âge. Avec les péages d’autoroutes, itinéraires parfois obligatoires pour les poids lourds et les bus, elle constitue des entraves à la libre circulation des marchandises et des individus, en contravention totale avec les intentions déclarées libres échangistes et « libérales » du système. Vous avez appris comme moi à la petite école le « handicap » pour l’activité économique et le développement capitaliste que constituaient, sous « l’ancien système » (régime) les droits de péages seigneuriaux pour emprunter certains ponts ou chemins. Entraves intolérables à la liberté des échanges ils comptèrent nous dit-on, parmi les motivations de la révolution française. Après une purge entreprise par la monarchie elle-même, il en restait 600 environ à la veille de celle-ci. Il y en a sans nul doute beaucoup plus aujourd’hui. LA RÉSURRECTION DE « LA FERME » ROYALE Renvoi au moyen âge disions-nous ? Avec l’écotaxe c’est « la Ferme générale » qui était restaurée.Mais qu’était-ce donc que la « ferme Générale » ? En voilà la définition du « dictionnaire Larousse en ligne » : « Sous l’Ancien Régime, compagnie privilégiée chargée de la collecte des impôts indirects. L’affermage consiste à concéder par bail la perception des revenus fiscaux à des particuliers : ceux-ci en avancent le produit attendu, et se remboursent auprès des contribuables, moyennant de gros bénéfices. Le roi dispose ainsi de rentrées d’argent garanties sans avoir à se soucier des modalités de collecte ni à entretenir le personnel nécessaire, au risque d’accroître la pression fiscale. ». Ainsi « la République, cinquième du nom » concédait-elle en « privilège » en 2013 des « droits de fermes » à la société « Ecomouv ». Assurer des rentrées d’argent sans se soucier du risque d’accroissement de la pression fiscale. Ségolène Royal communiquant sur l’abandon de « l’écotaxe » qu’elle vient de décider, ne l’a-t-elle pas d’ailleurs admis elle-même : « Évoquant un dispositif mal appliqué aux aspects « pervers », 40% du rendement de cette taxe échappant selon elle aux Français en revenant à la société italienne Ecomouv’, Ségolène Royal a au contraire défendu un choix pris « sans aucun état d’âme. » (Reuters) ’UN SCANDALE D’ÉTAT Mais le plus amer pour les contribuables français est peut-être encore à venir. A l’heure où « on les bassine » avec les économies drastiques en tout genre sur les dépenses publiques, prétendument nécessaires; à l’heure où l’on économise 500 millions par-ci ou par-là, sur les prestations familiales, les dépenses de santé, les indemnités de chômage, etc., c’est « LE COÛTEUX DÉDOMMAGEMENT VIDRECOME ». « L’abandon probable de l’écotaxe entraînera la dénonciation du contrat signé avec Ecomouv’, qui devait grâce à ses portiques la percevoir pour la France, avec un dédommagement à la clé. Le président de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), le socialiste Philippe Duron, estime que l’Etat devra au total payer entre 1,2 et 1,5 milliard d’euros à Ecomouv’. « Il s’agit de 800 millions hors taxe pour l’indemnisation des dépenses engagées, comme la construction des portiques, du centre situé à Metz et des salaires, mais aussi les frais financiers liés aux emprunts », a-t-il déclaré à Reuters. Il faut selon lui y ajouter deux années de loyer, dont 250 millions pour 2014 et tout ou partie de ce montant pour 2015. » Voilà donc où conduit l’impéritie de l’État quand il prône la disette pour les plus faibles : à leur faire assumer en plus des prélèvements pour rembourser une dette gigantesque dont les contribuables ne sont pas responsables et dont « le service » engraisse certains investisseurs, et les conséquences désastreuses de « contrats irresponsables » qui vont engraisser des sociétés privées pour des « services » qui ne seront pas rendus. Sans compter que lorsque l’État concède ainsi un privilège aussi exorbitant à une société privée, le citoyen perplexe est en droit de se demander qu’elles magouilles se cachent derrière, et à qu’elles compromissions éventuelles ont bien pu se prêter certains « grands commis de l’État ». Dimanche 12 octobre 2014.

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