« SOCIAL LIBÉRAL » Histoire d’une terminologie politique.

« SOCIAL LIBÉRAL » Histoire d’une terminologie politique.Ça y est, le mot est lâché, il rentre dans la langue politique courante. Jusqu’ici, pour parler de la même chose, les commentateurs préféraient le terme « social-démocrate », lointain héritage d’une époque révolue. Ainsi Dominique Strauss Kahn était-il, au PS, le chef de file du courant social-démocrate, et lorsqu’il s’avéra que François Hollande reniait ses propos de campagne contre la finance, ils dirent qu’il optait pour un cours « social-démocrate. Mais avec le dernier remaniement ministériel, la nomination du Banquier Manuel Macron à Bercy, l’ode aux entreprises de manuel Valls hier à l’université d’été du Medef, ça y est enfin, ils se résolvent à appeler un chat un chat, et « Social libéral » le courant politique que représente en vérité l’équipe Hollande Valls Macron. Ils adoptent le mot. Mais celui-ci ne tombe pas du ciel. Il a un passé, il a une Histoire que je connais parfaitement pour en être « l’inventeur ». C’est ainsi que l’on nomme, n’est-ce pas, celui qui en utilisant le premier une expression lui ouvre la carrière de l’expression écrite et parlée ? « Social libéral » ! Je fus en effet, s’était bien longtemps avant que je n’édite le « web-site » « la voie des sans voix », probablement le premier, en décembre 1997, dans une lettre à Gille Martinet, à définir et utiliser ce vocable. Gilles Martinet qui fut nommé ambassadeur de François Mitterrand, fut avant cela secrétaire national et membre du conseil national du Parti socialiste. Il avait fait paraitre le 3 décembre 1997 une tribune dans « Le Monde » dans laquelle il faisait le constat désabusé de la perte des repères traditionnels du PS et exhortait la jeunesse à défaut d’idéal à s’en remettre « au réalisme de gauche » prôné alors par Lionel Jospin. Ma lettre était une libre réponse à son propos, qu’au nom sacré du droit de même nom le journal « Le Monde » aurait dû publier, ce qu’il s’abstint de faire bien entendu. Quelle que soit la qualité de son propos et la pertinence de sa pensée, on n’ouvre pas inconsidérément les colonnes d’un journal prestigieux à un sombre prolétaire dépourvu de titres universitaires ni position statutaire dans la hiérarchie sociale. Que s’avise-t-il « le bougre » de vouloir discuter avec des « lettrés » bien au-dessus de sa condition intellectuelle. Je ne fus même pas vexé du dédain dont j’étais l’objet. Je suis trop avisé de la réalité de classes de notre société pour m’offenser quand « les maitres » et leurs affidés croient pouvoir me traiter avec condescendance. Ce n’est pas prioritairement à eux que s’adresse mon message, et je sais que la vérité qui est l’eau de la pensée humaine, trouve toujours le chemin nécessaire pour ruisseler jusqu’à la mer. « Le Monde » n’avait pas publiée ma réponse à Gille Martinet, pourtant si bien fondée, Mais j’avais eu l’attention, et pris la précaution d’envoyer moi-même un exemplaire à celui-ci. Gille Martinet me fit d’ailleurs la politesse, malgré son état de santé alors dégradé, d’une courte mais attentive réponse. J’avais d’autre part envoyé par courrier postal copie de ladite lettre à une centaine de mes contacts épistolaires. Enfin, deux ans après, à l’occasion d’un débat je décidais de développer le thème que je n’avais en quelque sorte qu’énoncé. J’écrivis alors, mai 2000, et éditais la plaquette « La Social-démocratie est morte » à laquelle je joignais en annexe la lettre à Gilles Martinet. Mon petit livre ayant fait l’objet d’un dépôt légal en bonne et due forme, cette lettre comme un témoignage incontestable figure depuis juin 2000 à la bibliothèque nationale. « Le PS n’est pas Social-démocrate, il est Social libéral ». Tel était l’intitulé sans appel de ce texte. Mais pour ma part j’allais déjà plus loin. Dans une note en bas de page je précisais « Je préfère pour ma part le terme de social-impérialisme qui est plus scientifique. » Le « libéralisme » en effet n’est pas une catégorie politique, sociale ou économique, scientifique. Elle relève plutôt de l’approximation journalistique, de « la politique politicienne ». Le capitalisme est libéral en ce sens qu’il prône la liberté sans entrave de la circulation des marchandises et des capitaux. Mais au plan social et politique il n’a souvent rien de libéral, faisant appel s’il le faut aux pires moyens dictatoriaux. Ce que l’on appelle « le libéralisme » ou « capitalisme libéral », c’est la version débridée sans foi ni règles de l’économie capitaliste. Le « libéralisme » n’existe donc pas en soi, il s’agit du capitalisme. Mais si le « libéralisme » au-delà de la formule n’a pas d’existence propre, comment le social-libéralisme pourrait-il exister d’avantage. Il s’agit rien moins en vérité que « du social capitalisme » ou version édulcoré revisitée du capitalisme social de grand papa. Et, comme le capitalisme lui-même est parvenu à sa phase impérialiste depuis belle lurette, le véritable nom du social-libéralisme devrait-être « Social impérialisme ». J’ai développé cela dans « La social-démocratie est morte. » A l’aune de ce qui s’est passé depuis l’arrivée de François Hollande à la Présidence de la République, on pourrait presque dire que cette analyse, plus que juste, était prophétique. Force est de remarquer en effet, par le cours qu’il prolonge ou imprime à la politique internationale de la France, interventionniste, agressif, que le PS, ceux qui en sont issus et dirigent actuellement le pays, sont curieusement habités par la nostalgie « du bon vieux temps des colonies », quand la France et l’Angleterre dictaient leur loi au monde. J’ai eu la primeur dans l’usage de cette terminologie qui va à présent faire son entrée dans la langue politique courante et convoquer les réflexions un peu tardives des théoriciens du système. Un peu tardives il est vrai, puisqu’elles viendront 17 ans après ma lettre à Gilles Martinet(que je vous livre en annexe) et 14 après la publication de « La social-démocratie est morte » qui ont depuis longtemps élucidé la question. Patrick Seignon. Jeudi 28 août 2014. ANNEXESRéponse à Gilles Martinet LA GAUCHE N’EST PAS SOCIALISTE !..ELLE EST « SOCIAL-LIBERALE »* Le quotidien « Le Monde » a publié, dans son édition du 03 décembre 1997, dans la rubrique « horizons-débats », un article de Gilles Martinet, ancien secrétaire national et ancien membre du conseil national du Parti Socialiste, intitulé : “La Gauche va bien, mais est-elle toujours socialiste ? ”. Je vous livre les réflexions que celui-ci m’a inspiré.Vous vous souvenez “ du temps, pas trop lointain, ou le socialisme annonçait la dissolution de l’ordre capitaliste ”. C’est en cela qu’il était “ socialiste ”, parce qu’il proposait un système social différent, antagonique au capitalisme. C’est par cette aspiration qu’il restait attaché à « la culture marxisante » de la classe ouvrière et méritait sa caractérisation de mouvement social-démocrate. Or, vous dites-vous même que « les socialistes ne préconisent plus la socialisation des moyens de production et d’échange. Ils acceptent que la régulation de l’économie soit principalement assurée par le marché… ». Ce constat fait, il conviendrait d’en tirer la conclusion qui s’impose dès lors : ayant renoncé à ce qui le caractérisait, en constituait l’essence même, « la transformation sociale », le mouvement que vous persistez à nommer socialiste, c’est auto-liquidé. Sous ce rapport, la social-démocratie est morte.N’ajoutez-vous pas : « Dans un monde où le capitalisme apparaît triomphant, le mouvement socialiste n’a plus pour ambition que d’en limiter la toute-puissance, d’en corriger les règles… ». Mais le mouvement qui ne veut que cela, doit-il être encore caractérisé comme « socialiste » ?.. Social-Chrétien, peut-être ?.. Social-libéral, pourquoi pas ?.. Social-impérialiste, assurément !.. Mais pas « socialiste », pas « social-démocrate ». Certes, il peut garder comme survivances, ou simples stigmates du passé, le nom, les titres, quelques vagues nostalgies enfouies dans sa mémoire reptilienne, mais il n’en a plus ni l’essence ni l’objet. Eu égard au mouvement socialiste, comme fait historique, il n’en est qu’un ectoplasme. Le Parti Radical avant lui, « bourgeois – démocrates – parlementaire », parti par excellence de la troisième République, s’est ainsi survécu longtemps comme l’ombre de lui-même. N-a-t-il pas engendrés quelques avatars qui hantent, aujourd’hui encore, notre paysage politique national ?C’est ce constat de décès « du mouvement socialiste, social-démocrate », que vous-même et bien d’autres avec vous, n’osez formuler clairement, écrire ni signer. Vous vous arrêtez, circonspect, au milieu du gué. C’est pourquoi, dès lors, vous et tous ceux qui comme vous refusent de pousser la réflexion jusque sur l’autre rive, êtres condamnés à vous embarquer sur la première périssoire venue et à vous laisser porter au fil de l’eau et des circonstances.Je sais ce qui vous arrête, je sais la réalité qui emplit tellement votre champs visuel qu’elle vous fait désespérer de l’autre rive : c’est l’existence d’un « Parti Socialiste » (puisqu’il se nomme encore ainsi) fort, qui représente une réalité incontournable de la vie politique. L’existence de celui-ci paraît mettre en doute la pertinence du parallèle, que je faisais ci-dessus, concernant les devenir historiques de la social-démocratie et du parti radical. Si celui-ci s’est longtemps survécu, ce ne fut pas sans péricliter ni dégénérer. Nul ne peut dire, au même titre, que le P.S. se réduit à n’être qu’une survivance de l’ancienne social-démocratie, un avatar de sa dégénérescence.C’est tout simplement que le P.S., tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’est pas la simple prolongation historique, en ligne directe, de la social-démocratie. I l a été « REFONDÉ » par le congrès d’Epinay de 1971. Il été refondé, non bien entendu, comme « social-démocratie », celle-ci est bien morte, mais comme autre chose, comme un parti nouveau, de nature totalement différente.Qu’elle est la nature du nouveau P.S. ? Aborder ce sujet c’est accoster sur l’autre rive de la réflexion. Vous faites dans votre article le constat de la disparition des fondements politiques et moraux du mouvement socialiste. Je ne dit pour ma part rien de très nouveau si j’ajoute que cette disparition tient à des causes objectives : les évolutions structurelles du capitalisme, les évolutions institutionnelles induites. Une fraction capitaliste dominante c’est emparé des leviers de commande étatiques, a adapté les institutions politiques aux besoins de sa propre domination. Cela est vrai pour la quasi-totalité de l’Europe occidentale. Ces évolutions institutionnelles ont consisté dans le renforcement de l’exécutif et sa domination sur le législatif.Elles furent en France, conduites sous la direction politique du Général De Gaulle tirant parti de la crise de la quatrième République : avènement de la cinquième et de sa constitution, élection du président de la République au suffrage universel, approuvé par référendum en 1962, (plus quelques autres adaptations de moindre importance). « Un président, une majorité » ainsi en était définis l’esprit selon la formule lapidaire de Michel Debré. Cela eut pour effet d’imposer la division politique du pays en deux camps, sous couvert de deux catégories politiques nouvelles, la « majorité » et « l’opposition ». C’est sous ces auspices que fut entreprise la « bipolarisation » de la vie politique nationale. Cette situation mettait « l’opposition » en devoir de réunir une « majorité présidentielle » pour espérer accéder à nouveau à la gestion des affaires de l’état. Elle était condamnée à s’unir, par-delà les particularismes des partis, en une vaste formation à « vocation majoritaire ». C’est ce que se proposa d’entreprendre, sous l’impulsion de François Mitterrand, le P.S. refondé, d’Epinay. C’est ce qui ouvrit la voie à « l’Union de la Gauche », désirée du P.C.F. d’alors, et à travers celle-ci à la marginalisation électorale du P.C.F., à la constitution du P.S. comme premier parti de la gauche française et pôle dominant de la nouvelle alliance (1972-1978), à la réalisation de la première « grande alternance » (1981), à la liquidation de la culture marxisante de la gauche française (1981-1993) et à son réarmement idéologique( ?) sur la base de la nouvelle « culture de gouvernement » (1983-1986). Ce qui était refondé ainsi, le nouveau P.S., n’avait plus, déjà, de socialiste que le nom. C’était un parti moderne, de gestion du système, entièrement au service de la fraction dominante du capital.Mais la conscience, c’est connu, retarde souvent sur l’existence. Si certains cercles dirigeants du P.S., autour de François Mitterrand, de Michel Rocard, ont assez parfaitement compris et assumé, voire même piloté, ces évolutions, ça n’a pas été le cas, loin s’en faut, de la totalité du parti. Certains, nombreux, s’illusionnent encore quant à sa nature réelle et la finalité de son action. Cela est normal, je dirai même vital pour l’existence d’une telle formation qui ne peut être et jouer son rôle d’entraînement social qu’en trompant sa propre base quant à ses buts réels. C’est ce décalage entre ce qu’est le P.S. et ce qu’il prétend être, source de malentendus nécessaires, que Henri Weber, dans un article également publié dans « Le Monde », le même jour, à coté du vôtre, prend pour « la crise de la social-démocratie d’après-guerre ». Il ne se rend donc pas compte (ou est-ce qu’il ne veut pas en convenir ?) que cette crise-là a été depuis longtemps résolue, à sa manière, par la fraction dominante du capital, en s’emparant et en faisant vivre, à son usage exclusif, les défroques des social-démocraties européennes.Ayant laissé paraître votre nostalgie du bon vieux temps pas si lointain, « quand les socialistes formulaient un grand projet historique », vous dites, en conclusion, aux nouvelles générations qui souffrent, ce credo de fatalisme et de désespérance : « Eh bien, en attendant, vive Jospin et le réalisme de gauche ».Credo de la désespérance, car il se trouve que le réalisme de gauche ressemble comme un frère de lait au réalisme de droite. Quoi d’étonnant ? N’ont-ils pas été, tous deux, allaités à la même mamelle, celle de la pensée unique ?.. Nous voilà donc à l’Ecrou, dans l’univers kafkaïen du capitalisme libéral, réputé indépassable jusqu’à une date ultérieure, lointaine, indéfinie. Droite et gauche se trouvant n’être que les deux visages de Janus, les deux apparences alternatives et interchangeables d’une même réalité.La social-démocratie est morte et le stalinisme aussi, mais ils n’ont pas réussi à entraîner, avec eux, l’espérance au tombeau. Elle est falote la petite flamme, j’en conviens, mais elle est ailleurs, dans « l’alternative sociale ouvrière » que nous avons entrepris de refonder politiquement. Elle est dans la perspective de transformation sociale, plus que jamais nécessaire, pour arracher le monde à la barbarie dans laquelle il s’installe. Elle est dans la « République sociale universelle » de demain. Elle vacille, la petite flamme, mais n’est-elle pas l’espérance dont l’humanité a besoin comme de pain, d’eau et d’air ? Elle est petite l’espérance, mais c’est « l’espérance » et c’est sa force.* Je préfère pour ma part le terme de social-impérialisme qui est plus scientifique.

Please follow and like us:
0
Tweet 20
Pin Share20

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

YouTube
LinkedIn
Share
Instagram
Retour en haut