LE CHANGEMENT ? C’EST POUR BIENTÔT ! Le changement, un mot galvaudé ? Bien sûr. La politique, que l’on dit politicienne, galvaude et corrompt tout ce à quoi elle touche. En ce sens le changement est un mot galvaudé comme tant d’autres, « la liberté d’opinion et d’expression » à l’exception de certains humoristes et de certains sujets, « la liberté de circulation », sauf pour les immigrés de la misère, « la démocratie » dont les plus ardents défenseurs seraient l’Arabie Saoudite et le Qatar, les « djihadistes » et « l’extrême droite fasciste ukrainienne, l’égalité entre Bolloré et un SDF, « la dignité de la femme musulmane » quand ici on la dépouille de ses voiles jusqu’au dernier et qu’on l’expose comme objet de consommation dans les vitrines d’Amsterdam ou autres « Eros-center », le socialisme qui consisterait à veiller pour les patrons à la bonne compétitivité des entreprises. Nous nous arrêterons là. Nous n’allons pas passer en revue tout le lexique, trop vaste des mots, expressions et concepts galvaudés par ces barbares de la pensée humaine. Mais tous ces mots, parce qu’ils sont ainsi pervertis, doit-on cesser de les utiliser ? Doit-on les jeter dans les poubelles de l’expression ? Non bien sûr. Il en va des mots comme des promesses électorales qui s’adressent à ceux qui y croient. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire, d’être clairvoyant ou dupe. Chacun doit entendre la vérité des mots selon la bouche qui les prononce. Il appartient aux auditeurs de faire le tri. Donc, disions-nous, le changement c’est pour bientôt. Mais tout d’abord, de quel changement voulons nous parler ? Pas bien entendu de celui qu’ont promis tour à tour François Mitterrand, Édouard Balladur, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Sarkozy et Hollande. Pour ceux-là, le « changement’ c’est eux. Or, effectivement, changer Sarkozy pour Hollande c’est bien un changement, ce n’est pas trahir la langue Française que de le dire, mais c’est trahir les français que de donner à croire qu’il puisse s’agir du « changement » auquel ils aspirent, qui n’est d’ailleurs pas de la même nature pour tous, selon la classe sociale à laquelle ils appartiennent. Non le changement dont nous parlons nous, dont nous voulons vous entretenir aujourd’hui, est d’une toute autre nature. Non pas celui que décrète par le haut, comme un slogan de campagne électorale, un homme providentiel modelé dans l’argile « du système », mais celui que les Français – et tous les autres peuples d’ailleurs – doivent faire eux même en prenant collectivement leur destin en main. Le changement, avons-nous claironné en titre, est pour bientôt. N’est-ce pas faire preuve de trop d’optimisme, de trop de confiance en l’avenir ? Un tel changement aussi profond, alors même que nous sommes dans un marasme de plus en plus grand, alors que les Français sont dépités, démoralisés, est-il seulement envisageable. J’entends déjà nos « polypoliticiens »* s’esclaffer, rouler dans leur bouche la phrase toute faite de leur langue de bois : « comment diantre, diront-ils, voulez-vous que les Français se prennent en charge eux-mêmes, alors que croît leur désintérêt pour la chose publique comme le démontre le taux d’abstention du premier tour des élections municipales. L’argument parait imparable ! Il est faux, il relève de la sophistique. Certes parmi les Français qui se sont abstenus lors du premier tour des élections municipales, il n’y a pas que ceux qui voulaient sanctionner le gouvernement et le président de la république, il y a ceux aussi qui se désintéressent de la chose publique. La sanction n’en est pas moins évidente. On ne peut la gommer en l’assimilant au désintérêt. D’autant qu’elle a pris plusieurs voies d’expressions, le vote blanc ou nul, le vote exprès pour l’adversaire capable de battre les listes que l’on veut sanctionner, le vote Front National, etc. Par ce vote sanction, les Français n’ont pas dit leur désintérêt pour les affaires publiques, au contraire. Ce qu’ils ont dit c’est leur colère contre le parti au pouvoir et plus généralement contre les partis politiques de gouvernement, et leur dépit à l’endroit du système de l’alternance et du bipartisme qui piège l’expression politique. Les Français n’ont pas supplié les dirigeants en place de « changer de politique », ils se sont mis en quête des moyens de sortir du piège. Et c’est ce qui présage d’une intrusion populaire imminente sur le terrain de la lutte politique directe. C’est pourquoi nous voulons croire que les Français auront à cœur de confirmer, voire d’amplifier, demain, lors du deuxième tour des élections municipales, la sanction du premier tour. Nous ne pouvons que les y inviter. Il faut en effet gripper la machine institutionnelle pour la faire exploser et ainsi ouvrir la voie à de « nouveaux possibles ». Samedi 29 mars 2014.
