DE SAINT FRANÇOIS A SAINT CRISPIN Vous avez vu, comme moi, les images officielles de la visite de François Hollande à son homonyme, le Pape François 1er. Les médias nous en ont dit ce qu’ils ont bien voulu, « des trois fois riens » qu’ils ont brodés eux-mêmes, il faut bien que « les maitres de l’information » fassent semblant de savoir quelque chose. En vérité, l’entretien du Pape avec le Président de la République française s’est déroulé à huis clos. Rien n’en a filtré, qui-y-a-t-il en effet de plus feutrée et de plus discret que la diplomatie Vaticane ? Alors, chacun, et nous même, est libre de faire ses propres supputations. C’est l’inconvénient du secret, il laisse libre cours à la rumeur. Une chose était visible à l’accueil, et ne pouvait échapper à personne. Si François Hollande sur les tapis du Vatican – C’est le seul endroit où il le parait encore – paraissait aussi « gauche » qu’un pingouin sur la banquise, le visage du Pape François d’ordinaire si Jovial, était fermé, crispé. Fi soit du « bon Saint François », il paraissait, se sentir là, aussi contrarié que Saint Crispin dans l’huile bouillante. A l’évidence, le jésuite qu’il reste n’en a pas usé de la sorte par hasard, parce qu’il avait la migraine ou mal aux dents. Il a voulu dans l’espace public de cette rencontre faire savoir au monde sa désapprobation de l’action publique du Président français. Alors bien entendu nos journalistes patentés, ont donné des explications, à la hauteur de leur entendement, à moins que ce ne soit à la mesure des exigences de leur contrat. Tel nous dit que le Pape a voulu faire part de son dépit concernant la politique française en matière de société et de famille, « mariage pour tous », avortement, etc. Tel autre pense d’abord que le Pape a voulu marquer sa désapprobation de « l’inconduite » du Président français, dans sa vie personnelle. Chacun veut nous égarer vers des sujets, importants certes pour certains, et qui intéressent les catholiques de France, mais qui dans le contexte présent sont un peu désuets, ont pour fin d’occulter la vraie question qui fâche et qui justifie bien plus sérieusement la grise mine du pape. Il s’agit de la Syrie et de la sécurité des chrétiens d’Orient. Le Pape François 1er qui considère la politique actuelle de la France comme une trahison des chrétiens de Syrie et du Liban, désapprouve l’implication personnelle de François Hollande dans l’alliance avec l’Arabie et le Qatar pour la poursuite de la guerre et son soutien politique et militaire aux forces Djihadistes qui sèment la désolation dans ce pays. Or, cette visite du Président français, avait lieu dans le temps où se tient à Montreux en Suisse, la conférence « dite Genève 2 » sur la Syrie, contre la tenue de laquelle la France a milité avec acharnement, et qu’elle a contribué à délégitimer en justifiant le boycott de l’opposition armée. On sait l’importance que le Pape attache à cette question, dont avait rendu compte sa prise de position pour « une solution politique en Syrie » lors de son premier message pascal, Voir notre article d’alors : « François contre François » (20 avril 2013) et la lettre personnelle qu’il avait adressée en septembre à Vladimir Poutine, Président du dernier G 20. Lettre qui par son contenu, le choix du moment et du destinataire, était un véritable camouflet diplomatique pour François Hollande et Barak Obama qui voulaient alors déclencher des représailles destructrices et meurtrières contre la Syrie. A cet éclairage, il ne peut guère faire de doute pour nous que la Syrie a été au centre de l’entretien des deux François. Et à en juger par la mine du Pape, il ne fait guère de doute non plus que son propos a été peu amène à l’endroit de notre faucon national.Dimanche 25 janvier 2014.
