DEUX SYNDICALISTES FÉLONS

ÉDOUARD MARTIN « FAIT UN MALHEUR »DEUX SYNDICALISTES FÉLONS Nous venons d’apprendre avec dépit l’engagement d’Édouard Martin, le syndicaliste « vedette » de Florange comme tête de liste du PS, aux élections européennes, dans la circonscription du grand-Est. Il n’est pas le seul. A l’instar du cédétiste, Didier Lereste, retraité, ancien secrétaire de la fédération CGT des cheminots, à suivit la même pente du reniement et de la trahison en figurant aux élections municipales, à Paris, sur la liste d’Anne Hidalgo. S’engager en politique dans les rangs du PS, en se justifiant par la formule éculée « poursuivre le même combat par d’autres moyens » relève du mensonge et de la félonie à l’égard de ses compagnons de lutte et au-delà, de tous les travailleurs qui avaient été touchés par ses paroles et son engagement dans la lutte. Oui, une trahison ! Car chacun le sait bien, il y a une incompatibilité totale entre les intérêts des salariés qui défendent leurs emplois, leurs salaires, le maintien d’un secteur industriel en France, et le PS parti de gouvernement, fondé de pouvoir de la Banque et de la haute finance, qui défends la mondialisation, les délocalisations, la compétitivité des entreprises c’est à dire le démembrement de ce qui reste du secteur industriel français et la chute des salaires. Alors oui, cela nous attriste et nous met en colère. Notre pensée va en tout premier lieu à ces hommes, ses compagnons de combat, qui ainsi ont été floués trois fois. La première par leur patron, Mr Mittal, la deuxième par le PS et le président de la république, Mr Hollande, et la troisième par Édouard Martin, leur alter ego, leur camarade. La première trahison leur a fait perdre leurs emplois. La deuxième leur a fait perdre leurs espoirs ; La troisième et c’est la pire, est de nature à leur faire perdre leurs derniers repères, ceux que forgent la fraternité des combats. Bon, dans le nombre, il est vrai, certains vous dirons, les journalistes vont les débusquer, qu’après tout Edouard a raison, s’il pense sincèrement pouvoir poursuivre ainsi son combat. Mais cela ne prouvera rien, ou alors une chose, que ceux-là ont eux-mêmes perdus leurs repères. On voudra nous convaincre que tout cela n’est pas si grave, que les avis sont partagés, que la trahison à laquelle crient certains n’est pas patente. Mais nous savons nous, qu’au plus profond des êtres, dans les soubassements cachés de l’âme meurtrie, le sentiment dominant sera celui de la trahison et du dégoût, « décidemment on ne peut faire confiance à personne ». L’alternance politique, qui était inscrite en filigranes dans la constitution de 1958, à laquelle nous avons accéder en France, pour la première fois en 1981, appelait la « bipolarisation de la vie politique (droite/gauche) qui débouche sur le « bipartisme » (PS/UMP). Cette évolution a pour conséquence, au plan politique de marginaliser tous les autres partis, mais surtout, d’occulter les oppositions de « classes » en leur substituant « deux camps », dans l’un ou l’autre desquels chaque citoyen est sommé de s’identifier. C’est là, la cause première de la perte de repères à laquelle nous avons assisté depuis 30 ans. Le nouveau Parti Socialiste, né en 1970 à Epinay, des décombres de la SFIO, a été l’instrument, de ces transformations dans les mains de François Mitterrand. Le parti communiste, mais ne l’avait-il pas bien cherché, lui qui fut l’artisan de « l’Union de la gauche », fut décrédibilisé, marginalisé. Les travailleurs, salariés, et même dans leur sillage les intellectuels et classes moyennes qui s’identifiaient, nombreux, jusque-là à « la classe ouvrière » et à son combat, changèrent en quelques sorte d’identité politique. Ils devinrent « de gauche », tout simplement. Non plus une classe sociale avec des critères bien définis et des intérêts bien identifiés, mais un conglomérat mal délimité, un ventre mou donnant asile à des intérêts incompatibles. C’est cette perte de repères, dans le même temps où commençait la désindustrialisation du pays où les chiffres du chômage de masse s’envolaient passant d’un à plus de deux millions, ou apparaissaient les phénomènes des petits boulots et de la nouvelle pauvreté, qui explique la dérive d’une partie de l’électorat communiste et ouvrier vers le Front National. Les années passant, et même les lustres, de cohabitations en alternances, de dénationalisation de gauche en privatisations de droites, de blocage des salaires en austérité, de réforme des retraites en compétitivité des entreprises, les travailleurs et salariés de ce pays ne trouvèrent que des raisons supplémentaires à leur défiance et de nouveaux motifs à leur désarroi . « Blancs bonnets et bonnets blancs », « droite et gauche tous les mêmes », « tous pourris », « UMPS », etc., ils se réfugièrent chaque fois plus, tantôt dans l’abstention, tantôt dans le vote sanction. Ceux qui contribuent à fermer les tenailles de l’alternance, à refermer le piège institutionnel sur la société civile en rejetant à la marge tout ce qui ne s’assimile pas, ont tous une part de responsabilité dans la désespérance sociale qui grandit et dans les fractures qui s’annoncent. Le Parti Socialiste, bien sûr à la sienne, la plus grande, puisqu’il est le cerveau et l’artisan de cette politique. Mais le Parti communiste et le front de gauche, il en va de même de l’extrême gauche (LO, NPA), ne sauraient s’exonérer, eux qui n’ont pas voulu, pas su, ou pas pu, jusqu’ici s’identifier clairement comme une opposition de gauche au « gouvernement de gauche », en appeler sans détours et sans compromissions à la mobilisation contre la politique antisociale de celui-ci. Alors, dans le contexte délétère qui en résulte, il ne faut pas trop s’étonner des impasses où s’engagent certains et des dérives personnelles de quelques autres. Les institutions, la nature de la vie politique qui en résulte, contribuent à pervertir la réalité, les partis, les syndicats, la presse les médias, les corps constitués et bien sûr les individus Il ne faut pas le nier, en recrutant Édouard Martin et Didier Lereste, deux syndicalistes en vue, le PS vient de faire « deux bons coups » dont il a tout lieu de se réjouir. Mais, à n’en pas douter, Marine Le Pen peut y puiser plus de raisons encore d’être satisfaite. Certes, le PS peut espérer de la sorte se donner à peu de frais une image plus ouvrière, plus radicale et plus combative. Mais il y a à cela un revers de la médaille. En rejoignant les rangs des adversaires socialistes de la classe ouvrière et des salariés, Edouard Martin et Didier Lereste, apportent leur pierre au désarroi et à la désespérance sociale grandissante. Tous pourris ! Ce système pervertit tout penseront les électeurs populaires. Le ralliement des deux syndicalistes aux listes PS pour les élections européennes ou les municipales fera peut-être gagner quelques voix à celui-ci sur les circonscriptions où les arrondissements où ils se présentent, il lui en fera perdre bien d’avantage sur la totalité du territoire. Il ne peut en effet que faire croitre le dépit politique sur lequel surfe le Front National. Mercredi 18 décembre 2013. (titre modifié le 19/12/2O13, 9 heures 12)

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