LA LAÏCITÉ EST-ELLE COMPATIBLE AVEC L’INTOLÉRANCE ? Ce ne saurait-être un crime de se vêtir selon ses traditions culturelles « La question de l’intégration va-t-elle être une bombe pour la majorité ? ». S’interroge Francetv info. « Possible. Un rapport, remis il y a un mois au Premier ministre et mis en ligne sur le site de Matignon vendredi 13 décembre, propose de refonder la politique d’intégration à la française en l’axant sur la lutte contre les discriminations, et notamment en autorisant le port du voile à l’école ». Bien entendu, la droite hurle au loup. « Pour l’UMP, ce texte préconise « d’ériger le communautarisme en nouveau modèle pour la France ». Pour un peu, Jean-François Copé, en perdrait la raison, « si le gouvernement mettait en œuvre, « ne serait-ce qu’à minima » ce rapport. Un document « dont l’intention est de déconstruire (…) cette République ». « Marine Le Pen, dénonce une « très grave provocation ». « L’abandon définitif du modèle républicain, la mise en place d’une société ultra-communautarisée et divisée ». « Une véritable déclaration de guerre aux Français qui, eux, réclament l’arrêt de la politique d’immigration massive et la réaffirmation de nos lois républicaines et de nos valeurs ». « Nicolas Dupont-Aignan,.. Voit dans ce rapport « un danger public » qui « va casser la République définitivement ». Et, sur quel registre le gouvernement réponds-t-à cette clameur publique ? Eh bien, le même, bien entendu. Encore une fois, droite et Gauche, il n’y a pas la moindre différence. Toute deux sont les chantres du « l’intégration » et de l’obsession sécuritaire. « Jean-Marc Ayrault a assuré en début d’après-midi que le gouvernement ne veut « évidemment pas » réintroduire les signes religieux à l’école. Et il a tenu à préciser que « ce n’est pas parce que je reçois des rapports que c’est forcément la position du gouvernement ». « A sa descente d’avion à Cayenne, en Guyane, vendredi soir, François Hollande l’a confirmé : « Ce n’est pas du tout la position du gouvernement ». Pour « La voie des sans voix », la découverte de l’existence de ce rapport est plutôt, à une exception près, un grand sujet de satisfaction, et oserions nous presque, de fierté. Dans les périodes de polémique sur les signes religieux distinctifs et le port du voile à l’école, où nous nagions à contre-courant, (……………………) nous nous sentions quelque fois bien seuls. Aussi sommes-nous fort aise et rassurés de constater que d’autres ne sont pas loin de penser comme nous, et cerise sur le gâteau, de pouvoir l’exprimer jusque dans les allées du pouvoir. Il y a peu de temps encore, répondant aux « écarts » De Manuel Walls, sur la question des « Roms », nous avons écrit : « Nous nous insurgeons contre cette manière de voir et de faire des « intégrateurs », « inserseurs » et autres assimilateurs, de tous genres qui nous assomment de grandes déclarations de principes sur le respect de la différence, mais qui en vérité la nie et la brime en toute circonstance, ne la supporte qu’à la condition expresse de l’effacer ». « Le débat sur le port du voile et les lois liberticides qui s’en sont suivies, contestant à certains « leur différence vestimentaire », était un précédent dangereux dans cette voie de l’intolérance, au nom même de la république, une entorse honteuse aux principes républicains et une dérive « dogmatique » du concept de laïcité. La justification en ce qui concerne le voile, dans un pays pourtant pionnier de la « liberté de conscience » et de « la liberté de culte », fut qu’il constituait un signe extérieur d’appartenance religieuse et qu’il était « dégradant pour la femme ». La justification officielle, tout aussi contestable en ce qui concerne les brimades imposées aux « Roms », est l’apparition de camps, véritables bidons-villes, à la périphérie de nos cités, les conditions de vie « indignes » qui y règnent, et la petite délinquance qui sévit à leur proximité. Pour véritables que soient ces observations, dans un cas comme dans l’autre, elles n’en sont pas moins des prétextes pour s’émanciper des principes et devoirs de la République. Le principe républicain disons nous, sans crainte de nous tromper, c’est d’accueillir et de faire une place, aux populations Roms ou autres migrants ou minorités, dans le respect de leurs différences ». (« Roms, le malentendu de l’intégration ». 26 septembre 2013.) Alors oui, nous sommes pleinement satisfaits de l’esprit de ce rapport qui en fait bondir tant d’autres, et lui accordons notre total soutien. Total ? Enfin, pas tout à fait. Nous l’avons écrit tout au début, il convient de faire une exception. C’est un paradoxe et à la fois une concession à l’esprit du temps, que ce rapport qui en appelle à l’intelligence à la tolérance, à l’ouverture d’esprit, sombre lui-même tout à coup dans la bêtise obscurantiste quand il propose de graver ces dispositions morales dans le marbre des tables de la loi, avec suspendue sur les têtes des « contrevenants » l’épée de Damoclès de « la justice ». « Créer un délit de « harcèlement racial ». Les auteurs souhaitent la mise en place de recommandations en direction des médias pour « ne mentionner la nationalité, l’origine, l’appartenance ethnique, la couleur de peau, la religion ou la culture que si cette information est pertinente ». « Pour empêcher les désignations jugées stigmatisantes par les auteurs du rapport, il est aussi suggéré de créer un délit de « harcèlement racial » et d' »étudier le recours à la sanction ». La judiciarisation de nos sociétés constitue une dérive liberticide inquiétante contre laquelle nous nous inscrivons en faux. Une telle proposition contraire à l’esprit des attendus du rapport, n’a pas sa place ici. La laïcité de l’école et des institutions de la république, principe auquel nous n’avions pas le sentiment d’être moins attaché que d’autres, ne nous paraissait pas devoir être exclusif des droits des minorités ni de la liberté des cultes. L’accueil amical et fraternel des « immigrations » dans le sein de la république ne nous paraissait pas compatible avec l’injonction faites à certains, pour pouvoir intégrer notre communauté nationale, de parler notre langue ou d’adopter nos modes vestimentaires. Ceux qui défendaient et défendent encore cela à grand bruit, au nom d’une interprétation réductrice du principe de laïcité, la bouche pleine pourtant de déclarations d’amour pour les principes républicains, ne violent-ils pas en réalité, à cette raison, d’autres principes tout aussi constitutifs de notre république, que sont les droits d’existence et d’expressions des minorités, politiques, philosophiques, ethniques, religieuses ou autres, la liberté d’expression en général et celle des cultes en particulier ? . En une formule simple :Ce ne peut-être une bonne interprétation du principe de « laïcité », celle qui contraint, pour son application, à la négation d’autres principes et valeurs républicaine tout aussi incontournables. Lundi 16 décembre 2013.
