CHAPEAU LA RETRAITE ! « Salaires prix et profits »* Dans le temps où l’on persuade les salariés français, ceux qui espèrent une retraite à peine décente, qu’il faut faire des efforts, qu’il faut cotiser plus longtemps pour avoir droit à des pensions moindres, qu’il faut « tuer le modèle français » pour le sauver, d’autres, ceux qui ont des revenus faramineux, s’octroient des émoluments honteux (21 millions d’euros) au prétexte de « compenser » la perte de pouvoir d’achat occasionnée par l’écart entre la retraite sécurité sociale des cadres et le salaire qui est celui d’un patron du CAC 40. A cet argumentaire nous avons d’emblée deux objections à faire. 1) Avec 5000 euros par mois on a largement de quoi vivre, surtout lorsque ayant vécu une carrière de cadre supérieur, on a pu accumuler quelques biens, avoirs, et portefeuilles de stock-options. Or avec les retraites complémentaires, ce n’est pas 5 mais 12 000 euros que ces gens peuvent escompter. 2) Si l’écart est si grand, un gouffre il est vrai ; entre le plafond de retraite des cadres et les émoluments que ceux-ci s’attribuent en activité, est-ce parce que le plafond est trop bas ou serait-ce plutôt parce que les niveaux des prétendus« salaires » sont indécents. Si nous avons écrit « prétendus salaire » ce n’est pas par dépit et encore moins par hasard. Le salaire est la part du revenu du capital qui rétribue un travail et permet au salarié de reproduire « sa force de travail » et d’entretenir sa famille. C’est le nom du revenu honnête et modeste de ceux dont la vie en dépend. Les revenus exhaustifs des patrons du CAC 40, et bien d’autres, ne répondent à aucun des critères de cette définition. Ces émoluments, c’est leur nom véritable, ne rétribuent pas « un travail » quantifiable par la valeur ajoutée qu’il apporte au processus de la production. Ils rétribuent en vérité « des services rendus » par exemple le pilotage d’une restructuration qui a supprimé 12 000 postes de travail, a délocalisées 3 usines au Bangladesh ou en Roumanie, et a permis de faire monter en flèche la cotation en bourse des actions du groupe et d’augmenter de 8 % les dividendes distribués aux actionnaires. Ces rémunérations honteuses pourraient permettre de reproduire la force de travail, non pas « d’un », auquel ils échoient, mais de plusieurs milliers de salariés et autant de familles. Ils n’ont donc aucune espèce de rapport avec cette notion de « reproduction nécessaire de la force de travail ». On donne des noms différents aux revenus de diverses activités ou professions en rapport avec la nature et la forme de ceux-ci. C’est ainsi que le capitaliste réalise du « profit », le financier « des dividendes », le commerçant « des marges », le propriétaire terrien « des fermages », le soldat « des soldes », le pigiste, journaliste payé à l’article, est rétribué en « piges » et l’artiste « en cachets », le fonctionnaire par un « traitement », l’employé par « des appointements », les domestiques et personnels de maison par « des gages », l’avocat ou le médecin par « des honoraires », « les » émoluments » eux, rétribuent une « fonction » ou une « charge », et les « vacations » plus spécifiques, s’appliquent à des gens de justice (sources « Larousse des synonymes). On peut donner aux rétributions des « grands patrons » une ou plusieurs de ses appellations qui leur conviennent mieux, tel, au sens généraliste « rémunération » ou « gain », voire « intéressement » puisqu’ils sont en vérité « intéressés aux résultats ». Mais émoluments dans le lexique du langage existant est celui qui convient le mieux à rendre compte de la nature de leurs rémunérations. On pourrait bien sût aussi inventer une appellation toute nouvelle qui rende compte de l’énormité de leurs prétentions » et du caractère insultant au travail qu’il y a à prétendre que de telles sommes puissent être la juste rémunération d’un quelconque travail. Nous ne sommes ni grammairiens ni linguistes ni académiciens. Nous laissons à ceux-là le soin d’inventer si ça leur chante, le vocable le plus convenable. Pour notre part nous nous limiterons à dire que l’on peut tout cela, mais certainement pas nommer « salaire » des « gains » qui relèvent plus de la rapine du vol et de l’accaparement, qu’ils ne relèvent du travail. S’agissant quelquefois des revenus de forfaits fomentés contre le bien public et l’intérêt collectif, ils mériteraient plus souvent l’appellation de « butin ». Mais il paraitrait que la morale soit sauve. Monsieur Varin ira nue tête, il a renoncé à « son chapeau ». Pour qui nous prend-on ? Combien de ses semblables feront cela plus discrètement à l’abri des regards des syndicalistes ? Ne renonceront à rien ? Et lui-même, qui croit vraiment à son renoncement ? Les représentants du personnel y veilleront ? Mais quels sont et jusqu’où vont les « pouvoirs réels » de ceux-ci ? Quel contrôle véritable ont-ils sur les comptes, les avoirs bancaires et boursiers, les montages financiers complexes ? Au pire, à supposer que la vigilance des représentants des salariés soit un obstacle insurmontable, monsieur Varin sera alors invité par le club, fait tout exprès, de ses anciens redevables, à donner 4 conférences, sur le football ou la truffe melanosporum, frais de voyage en jet privé et d’hébergements dans un palace, pris en charges par les organisateurs, aux Seychelles ou au Qatar, pour chacune desquelles il sera rétribué 5,25 millions d’euros (4X5,25=21). Bon, c’est scandaleux, c’est révoltant. Mais il y a pire encore. Nous y reviendrons. 29 novembre 2013. · Tel est le titre d’un petit opuscule signé de Karl Marx qui étudie ce qu’est « le salaire » en économie capitaliste.
