REDIFFUSE, « APOCALYPSE HITLER », RESTE,UNE ŒUVRE DE FALSIFICATION DE L’HISTOIRE Demain soir, mardi 19 novembre à 20 heures 30, toujours sur « France 2 » sera rediffusé le documentaire de Mathieu Kassovitz : « Apocalypse Hitler ». A la suite de sa première diffusion, le 25 octobre 2011, sur la même chaine, nous avions écrit un article intitulé « Apocalypse Hitler – Une œuvre de falsification de l’histoire ». Nous l’avons relu ce soir. Nous n’avons pas trouvée la moindre idée, dont nous puissions nous repentir, pas un seul mot qui mérita d’être changé. Nous n’avons pas lieu d’écrire à ce même sujet un article nouveau. Celui d’août 2011 suffit. Nous ne résistons pas à l’idée de le faire partager encore à tous nos visiteurs, comme un article d’actualité. Nous le retirerons du CMS, en fin de semaine. Vous pourrez continuer de le consulter dans « Forum » à la rubrique « Histoire et mémoire » où il figure déjà. PS. 18 novembre 2013. « APOCALYPSE HITLER »,UNE ŒUVRE DE FALSIFICATION DE L’HISTOIRE Rien que des documents d’époque, colorisés pour leur donner un attrait télévisuel nouveau. Tous authentiques, seuls ont été écartés ceux relatent des faits non avérés. « Les auteurs ont pour ambition de retracer l’irrésistible ascension d’Adolf Hitler »… Être au plus près de la réalité historique pour mieux la pervertir, telle est la conviction que nous avons formée en regardant le documentaire de Mathieu Kassovitz diffusé mardi soir 25 octobre, sur « France 2 ». Nous ne ferons aucune objection bien sûr à propos des images d’archives présentées, leur valeur historique ne saurait être contestée. Le problème réside ailleurs, dans les silences, dans les non-dits, dans les faits historiquement avérés dont les documents pourtant existants ont été volontairement écartés, tordus ou falsifiés par le commentaire. « L’Allemagne d’alors, nous disent à peu près les auteurs, était une république, mais cette jeune république devait faire face à une révolution (P.. de révolution qui fout la zizanie) qui sera réprimée par les « corps francs ». Or, la réalité est légèrement différente. C’est à la révolution que la république doit d’exister, car avant la révolution spartakiste de 1919, qui n’est en vérité que le rebond de la précédente, il y eut la révolution de 1918, celle des « conseils ouvriers » que les sociaux-démocrates allemands tentèrent de finir dans la République de Weimar. Et ce que ne dit pas non plus le documentaire, c’est que la décision de mettre fin à la guerre de l’autre côté du Rhin fut la conséquence directe de cette première révolution allemande. D’où la haine d’Hitler pour ce qu’il appelle « la honte de novembre ».. La révolution spartakiste fut réprimée par les « corps francs ». Ce que tait le documentaire, c’est que ceux-ci furent créés à l’initiative de Gustav Noske, ministre social-démocrate de l’intérieur, et qu’une large part des effectifs des corps francs passeront quelques années plus tard aux SA. En fait, ce que les auteurs éludent, c’est l’action ouvertement contre-révolutionnaire des sociaux-démocrates et donc leurs responsabilités directes, non contestable, dans les défaites successives de la révolution allemande. Défaites qui ont ouvert la carrière à l’hitlérisme, ont fait un « possible » de ce qui dans le cas contraire serait resté marginal, résistible en tout cas comme le disait Bertolt Brecht. Avec cet oubli, les auteurs avaient-ils pour intention de ménager les sociaux-démocrates d’aujourd’hui, tout au moins ceux qui se disent tels ? Enfin, dans la deuxième partie du documentaire, les auteurs occultent, dans la nomination d’Hitler à la chancellerie, le rôle du parti catholique « Zentrum », dont il n’est pas dit un seul mot. Von Papen, son dirigeant emblématique est passé aux oubliettes de l’histoire. Or, ce dernier fut lui-même nommé vice-chancelier d’Hitler, fonction qu’il occupa de janvier 1933 à août 1934. Ce n’est pas comme le suggère le commentaire, parce que Hindenburg ne savait plus qui nommer d’autre qu’il se résolut par lassitude et défaut, à nommer Adolf Hitler. C’est parce que des tractations avaient eut lieu au plus haut niveau à l’instigation de Von Papen et du Zentrum, avec l’appui de la nonciature du Cardinal Pacelli, futur Pie XII, et avec l’aval du Vatican et de Pie XI. En échange de leur intercession, Hitler leur avait promis la conclusion d’un concordat entre l’Allemagne et le Vatican* à l’image de celui que Mussolini avait conclu avec le pape Pie XI en 1929. Les auteurs ont-ils voulu taire la lourde responsabilité de l’église dans « l’ascension évitable» du nazisme allemand ? Avec tous « ces oublis », l’œuvre perd toute crédibilité historique. Elle n’est plus qu’un montage supplémentaire de falsification de l’histoire, une œuvre de propagande pour la défense d’une thèse réductrice selon laquelle l’hitlérisme se résume à « la démence de Hitler et à son antisémitisme obsessionnel». Le titre même de l’œuvre proposée témoigne de cette vision réductrice de l’Histoire : « APOCALYPSE HITLER » ? L’apocalypse ce n’est pas Hitler. Il en est certes un des acteurs, parmi de nombreux autres. Mais l’Apocalypse c’est plutôt le « capitalisme » qui se sentant mis en danger par la montée révolutionnaire internationale, n’hésite pas à avoir recours aux solutions les plus extrêmes : Hitler n’est pas plus fou, pas plus particulier que cela, seulement un acteur de l’histoire parmi d’autres. On se condamne en effet, à ne rien comprendre à cette période historique en général, à la montée en puissance du nazisme allemand et à l’ascension d’Hitler, si on les isole du contexte international dans lequel ces évènements se sont produits. Or c’est précisément ce que font les auteurs du documentaire signé par Mathieu Kassovitz. En effet, au-delà même du contexte intérieur allemand, de révolutions et répressions contrerévolutionnaires sanglantes, que les auteurs éludent partiellement, il y a le fond international, de la question sans quoi il n’est pas possible de comprendre quoi que ce soit à la montée des fascismes partout en Europe au lendemain de la Première Guerre mondiale. A fortiori à la montée en puissance du fascisme allemand. Or, le fond, c’est la victoire de la révolution russe d’octobre 1917, et la puissante poussée révolutionnaire mondiale qui s’en est suivit. L’installation du régime d’extrême droite antisémite de l’Amiral Horty en Hongrie, par la mission française du Général Berthelot, fait suite à la révolution ratée des conseils ouvriers de Bella Kun, et dans l’esprit de ses instigateurs elle a pour objet de verrouiller la progression des Soviets vers l’Europe de l’Ouest, via l’empire austro-hongrois démembré. La montée et la victoire des fascistes font réponse à la situation prérévolutionnaire de 1920 dans l’Italie où le Parti socialiste avait adhéré en entier, à l’internationale communiste. La révolution allemande de 1918 fut elle-même la conséquence induite des fraternisations sur le front russe, puis accéléré par la paix séparée que signèrent les bolchéviques avec l’Allemagne impériale. Le commentaire nous dit qu’Hitler a « cimenté son pouvoir avec l’antisémitisme », c’est en vérité dans la lutte contre « le front rouge », contre la révolution ouvrière, contre la révolution russe et le communisme international, que s’est forgé et consolidé le pouvoir hitlérien. Le juif, plus que pour l’argent et « le complot international » est avant tout ciblé, comme « judéo-bolchevik» en raison de l’engagement massif de ceux-ci dans le mouvement communiste international ; et dans toutes les révolutions en cours. Patrick Seignon. Mercredi 31 août 2011. * Celui-ci sera en effet signé le 20 juillet 1933, soit moins de six mois après l’accession d’Hitler à la chancellerie.
