BONNETS ROUGES ET BONNETS D’ÂNES

BONNETS ROUGES ET BONNETS D’ÂNESLe samedi 2 novembre, 30 000 personnes manifestaient à Quimper, contre l’écotaxe et la casse industrielle. « Le rassemblement quimpérois ne faisait pas l’unanimité : les syndicats CGT, Solidaires et FSU, ainsi que EELV et le Front de gauche avaient appelé à leur propre manifestation, à Carhaix (Finistère). Elle s’est déroulée dans le calme et a rassemblé 3000 personnes selon la CGT, 600, selon la préfecture. » (le Parisien, 3 novembre 2013). Mais pourquoi donc cet ostracisme contre la puissante et coléreuse mobilisation antifiscale de la Bretagne ? Le mouvement antifiscal a pris pour symbole le bonnet rouge. Par votre positionnement surprenant, ne craignez-vous pas mes amis d’avoir mérité le bonnet d’âne ?A mes amis, car ce sont tout de même mes amis, je pose la question suivante. Vous vous insurgez contre la désindustrialisation, contre les délocalisations, contre la politique d’austérité « récessionniste», contre la « globalisation économique » mère de tous ces maux. Vous affirmez vouloir défendre les droits et acquis sociaux que les gouvernements de droites et de gauches détricotent chacun son tour. Alors, ayant constaté, ce que vous subodoriez, que le gouvernement Hollande/Ayrault, étiqueté « gauche » faisait la politique du capital financier, vous ne pouvez pas ne pas souhaiter une vaste mobilisation sociale qui tétaniserait l’offensive réactionnaire et antisociale.Comme il est arrivé dans le passé que des mouvements lycéens ou étudiants induisent des mobilisations ouvrières, pourquoi n’adviendrait-il pas que le mouvement antifiscal des Bretons mette le feu à la poudrière sociale qu’est devenu notre pays ? Cette mobilisation, cette contre-offensive sociale, la souhaitez-vos vraiment ? Alors ne fallait-il pas s’emparer de la contestation bretonne pour mettre le feu à la prairie ? Ne faut-il pas avec les allumettes de la contestation antifiscale allumer ce grand mouvement social salvateur ?Or, nous constatons avec effarement que plutôt qu’appeler vos forces, tous les ouvriers, les salariés et les chômeurs de France et de Navarre à se joindre à la province finistérienne, vous faites sécession. Vous appelez à manifester séparément et sur d’autres revendications, au prétexte que des patrons se reconnaissent bien sûr dans la revendication antifiscale, que celle-ci est soutenue et encouragée par le patronat et la droite,, vous la dédaignez. Pire vous inséminez les germes de sa scission future, tracez en pointillés les limites de sa propagation.Alors, faut-il en conclure que cette grande contre-offensive sociale tellement nécessaire, que votre nature politique devrait vous faire souhaiter, vous ne la souhaitez pas en vérité ? C’est bien cela, il faut se rendre à l’évidence. Vous ne la souhaitez pas. Tel est le sens de votre positionnement. Quand vous voyez que la mobilisation bretonne risque véritablement d’allumer le feu, en pompiers avisés vous allumez un contre-feu.Mais quel inconvénient y a-t-il donc, si la mobilisation antimondialiste et anticapitaliste des salariés utilise pour s’affirmer, la courte échelle que lui offre actuellement la mobilisation antifiscale des agriculteurs, artisans et petits patrons et des salariés qui s’y joignent. Débordée par la contestation globale des salariés, celle-ci ne changera-t-elle pas de nature ? Et, serait-ce alors un mal, si des agriculteurs, des artisans et même des petits patrons se reconnaissent encore dans ce mouvement ?Pour qu’il ne prenne pas des allures réactionnaires, il ne faut pas dédaigner le mouvement antifiscal, il faut en prendre la tête.Nous avons dit ici maintes fois que pour faire face à la montée électorale du FN, la condition indispensable était l’apparition d’une véritable opposition de gauche, sans concessions, au gouvernement « de gauche ». Or, foin d’une opposition sans concession, c’est en fait au secours du gouvernement que vous volez en cette circonstance. Votre crédo reste « la réussite du gouvernement de gauche », même lorsqu’il est apparent que cette réussite «éventuelle est celle en vérité de la politique antisociale du capital financier, véritable donneur d’ordre.Alors trahie (voir la réforme des retraites), niée même, la colère populaire qui croit ne peut trouver d’exutoire dans votre politique. Si vous persistez dans cette voie, la contestation sociale se fera sans vous, elle empruntera d’autres canaux, elle vous passera à côté et peut-être même dessus. Et je vous le dis camarades, avec amertume, mais amicalement tout de même, vous serez mal venus de vous en plaindre.Mardi 5 novembre 2013.

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