FRANCOIS FILLON : DEUX LONGUEURS D’AVANCENous nous étonnions, en pleine « crise des chefs à l’UMP » que le seul homme qui puisse la tirer du fond de l’impasse était semble-t-il, selon Juppé, Fillion et quelques autres », « celui-là précisément qui l’y avait acculée ». Car, écrivions-nous, « qu’est-ce la crise actuelle de l’UMP ? N’est-elle pas le produit de la politique et de la dernière campagne électorale de Nicolas Sarkozy ? Comment Nicolas Sarkozy qui en est le fossoyeur pourrait-il être en même temps le sauveur de l’UMP ? » (1)Car, à cette époque, fin 2012, François Fillon jouait encore la partition Sarkozyste. Il faut dire que la question était alors celle de la direction de l’UMP et de la succession du président sortant, comme chef charismatique de celle-ci. Aussi, chacun des deux prétendants, Copé et Fillon, voulait-il, chacun à sa manière, assurer cette succession en se réclamant de l’héritage naturel du chef déchu. Mais par leur dispute ils s’annulaient l’un l’autre. L’échange se finit par un compromis qui ne laissait pas de vainqueur ni de perdant. Chacun des deux « challengers » gardant sa chance.La dispute avait eu un effet pervers. Il semblait que l’UMP soit orpheline de Nicolas Sarkozy. L’équipe rapprochée des apôtres de « N Lepetit » voulut croire que la cène sans lui n’avait aucun sens. Et lui-même qui avait pourtant fait ses adieux à la vie politique, au soir du 6 mai 2012, au grand soulagement de la majorité des Français, se prit à rêver à un hypothétique retour. Toujours imbu de lui-même, bien sûr, Nicolas Sarkozy voulut croire à cette fable qui flattait son égo, croire à son destin exceptionnel. Ne serait-il pas de ceux tellement rares auxquels l’histoire consentirait à repasser les plats une deuxième fois ? N’était-il pas lui Nicolas, le phénix capable de renaitre de ses cendres ? Ne serait-il pas le premier « César-Buonaparte » à revenir plus de cent jours ? À la faveur de cet imbroglio, ce rêve vain d’enfants déficients qui ne voulaient pas convenir que la page avait été tournée, qui aurait du rester dans le domaine de la fiction, sembla un temps, vouloir s’enraciner dans la réalité.Il fallait mettre fin à ce conte à dormir debout. À le laisser perdurer ne risquait-il pas de pervertir la réalité, de mettre l’UMP à l’écrou dans l’impasse où l’avait précipitée la défaite de 2012 ? Il fallait sans tarder rappeler celle-ci aux réalités. C’est ce qu’a voulu François Fillon. La fidélité et la loyauté étaient probablement des vertus porteuses s’agissant de s’emparer des cœurs de la base d’un parti, encore toute attachée au sortant. Mais elles n’avaient plus d’intérêt quand il s’agissait de se remettre en ordre de bataille pour le pouvoir.S’il est un fait avéré, c’est bien le suivant : ça n’est pas en voulant faire boire, aux électeurs, jusqu’à la lie, le vin du tonneau abimé par les réalités, que l’on peut regagner l’adhésion populaire.Le secret de la réussite en politique est dans le changement. C’est sous cette étoile que François Mitterrand gagna les élections de 1981. C’est sous le même signe, au nom de la réduction de la fracture sociale, que Jacques Chirac gagna celles de 1995. Ce n’est pas en cultivant la nostalgie de la gauche mitterrandienne, mais bien au nom « du droit d’inventaire » que Lionel Jospin gagna les élections législatives anticipées de 1997 et se forgea une légitimité de « présidentiable ». Et plus récemment, ce n’est pas en faisant l’apologie du bilan de Jacques Chirac, mais bien au nom de « la rupture » que Nicolas Sarkozy gagna les présidentielles de 2007. Enfin, c’est sous le slogan « le changement maintenant » que François Hollande a battu Sarkozy en 2012. Condamnés par leurs employeurs, grands capitalistes et haute finance internationale, à faire des politiques qui mécontentent toujours la grande majorité des citoyens, il est aisé de comprendre que ce ne soit jamais en faisant l’apologie du bilan du mandat précédent, que les équipes politiques de gouvernement, sont à même de reconquérir la confiance des électeurs. Elles sont contraintes pour cela de réinventer sans cesse le semblable, « changer », « relooker », « rompre », « renouveler », etc.C’est pourquoi François Fillon s’est ravisé. Il fallait cesser de gonfler la baudruche qui allait véritablement finir par se croire indispensable. Plutôt que de l’encenser, il fallait tuer la référence (au père). Au lieu de se battre pour la succession au nom de l’héritage, il serait avisé de la revendiquer au nom « du droit d’inventaire ». Et depuis qu’il a opéré ce virage il y va fort François Fillon. Il y a peu, il explosait la politique étrangère de la France. ». Celle, précisément qu’inaugura Nicolas Sarkozy, d’inféodation totale à la politique étrangère des USA. À présent il dit clairement qu’il a décidé de se présenter à l’élection présidentielle « au soir de la défaite » de l’ancien président, le 6 mai 2012. Affirme sans modestie excessive être mieux placé que Sarkozy … Je ne vois pas d’autres candidatures qui portent à la fois une rupture appuyée sur une expérience solide du gouvernement et du parlement. Mais il va même plus loin, beaucoup plus loin. Il se paye carrément la tête de Sarkozy. « On est obligé de se remettre en cause, sinon, c’est un bras d’honneur aux Français ». « Il faut rembobiner le film à l’envers pour comprendre. « Je ne suis pas né en pensant que la présidence de la République était mon destin », assure-t-il, et « je suis d’ailleurs choqué que l’on puisse raisonner de cette manière (…). Pour moi, la vie politique, ce n’est pas un spectacle. Un homme politique n’est pas une star, ses convictions et sa détermination ne se mesurent pas au nombre de ses émissions télévisées. L’ancien chef de gouvernement considère également que, « comme l’histoire l’a démontré, il est très difficile de revenir quand on a été battu ».(Valeurs actuelles, 9 octobre 2013). En effet, Nicolas Sarkozy ne reviendra pas. On ne revient pas d’une défaite après un premier mandat.Ceux qui s’étonnent des « sorties » de l’ancien premier ministre, y voient une attitude suicidaire (Vincent Peillon) un véritable problème de « com ». (France TVinfo.); n’ont tout simplement rien compris. En réalisant ce virage, François Fillon a pris deux longueurs d’avance sur Jean-François Copé.Si Copé s’obstine, ne se ravise pas au plus vite s’il persiste, obséquieux, dans son positionnement servile à l’égard du chef déchu, il finira par se trouver totalement piégé dans ce rôle de « faire-valoir» de l’autre plutôt que d’œuvrer à l’accomplissement de son propre destin politique. L’avenir auquel il pourra aspirer (sans trop d’illusions toutefois) se limitera à occuper la place dès lors vacante, au côté de son maitre, « deux pas en retrait, les fesses serrées et le doigt sur la couture du pantalon ».C’est pourquoi nous pouvons, d’ores et déjà pronostiquer, que Jean-François Copé ne restera plus très longtemps dans cette posture. À son tour, dans les semaines qui viennent il sera contraint de prendre ses distances avec l’héritage Sarkozyste11 octobre 2013.1 – « SARKO SAUVEUR ? NON FOSSOYEUR. » 27 novembre 2013.…………………….*
