LA VOILÀ LA RÉVOLUTION ÉGYPTIENNE.

LA VOILÀ LA RÉVOLUTIONÉGYPTIENNE.Nous nous taisions, laissant faire sans réagir les traditionnelles ignominies de l’été. Le bain de sang en Égypte nous impartit de mettre fin à notre silence.Un seul jour, le 14 août, et 525 morts, chiffre officiel. Probablement plus, bien plus peut-être même. Ce 15 août où nous écrivons en promet tout autant.La démocratie, au nom de laquelle les manifestations populaires de février 2011, l’armée égyptienne et la diplomatie américaine, avaient « dégagé » Hosni Moubarak, se sera donc noyée dans le sang. Les militaires disent non, ils défendent au contraire la démocratie, elle va rebondir bientôt dans de nouvelles élections. En ce cas, il faudra bien en convenir, si elle a surnagé au flot d’hémoglobine qu’elle répand et revit tel Dracula de ce breuvage, nul ne pourra plus jamais dire que le chemin du pouvoir fusse pour la démocratie, est fait de « consensus » et non de violence. La preuve sera administrée au monde que le pouvoir pour « la démocratie », comme pour une quelconque dictature, « est au bout du fusil ».Voilà qu’El Baradaï, le singe des Américains et les Américains eux-mêmes, « choqués » par tant de sang, condamnent la violence. L’hypocrisie atteint ici des sommets vomitoires. Ne sont-ce pas les mêmes et leurs partisans qui ont manifesté il y a quelques semaines et en ont appelé à « l’arbitrage de l’armée, ont applaudit au coup d’État du 3 juillet ? Annulant par le coup d’État, le processus démocratique, comme le fit l’Algérie en 1991, s’attendaient-ils sérieusement à autre chose que cette plongée dans la guerre civile ? Non bien sûr ils ne s’y attendaient pas. Ils savaient pertinemment que cela aboutirait à un bain de sang. Ils en ont pris la responsabilité et l’ont parfaitement assumé.Mais quand l’affrontement commence, bien que l’armée possède sur le plan logistique des atouts considérables, nul ne peut dire vraiment qu’elle sera l’issue de la bataille. Alors, ces diplomates et dirigeants internationaux, cyniques jusqu’à l’ordure, tentent de ménager les loups et les brebis. On ne sait jamais, si par le nombre les brebis venaient tout de même à bout des loups, il faudrait bien composer avec elles.Il y a les hypocrites, mais il y a aussi les cyniques. Le président égyptien par intérim, qui remercie l’armée pour sa « modération ». Un représentant de l’armée qui annonce que plus aucun « sit-in» des frères musulmans « ne sera toléré quels que soit les sacrifices ». « L’opposition démocratique », pro-occidentale, qui renouvelle son soutien à l’armée. Or, nul n’entend les diplomaties occidentales exiger « la démission de l’armée égyptienne », ni la traduction de ces assassins devant le « Tribunal pénal international» (TPI). Nul ne propose l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne sur l’Égypte, ni une intervention militaire occidentale pour protéger les populations civiles. Au prétexte que. Mouammar Kadhafi voulait soi-disant noyer la révolte dans le sang, les Occidentaux sont intervenus militairement en Libye, mais ils restent de marbre quand l’armée égyptienne entreprend de faire une saignée gigantesque, bien réelle celle-là, dans sa propre population.Bon, les frères musulmans ne sont pas vraiment des brebis. Ils réagissent et se défendent, ils vont contre-attaquer. C’est toute l’Égypte qui s’embrase déjà. L’autre Égypte, l’Égypte populaire « non câblée, celle qui pour l’essentiel était restée en marge de mobilisations de février 2011 ou de novembre 2012. Nous l’avions dit alors, ces mobilisations pour une bonne part souhaitées et instrumentalisées par l’impérialisme américain, n’étaient pas n’ont jamais été une révolution, leur étendard démocratique n’était qu’un leurre. Elles furent les outils d’une transition politique au sommet censé perpétuer l’ordre social et la domination impérialiste. La révolution égyptienne, la vraie, la voilà, elle monte dans la fureur et dans le sang et elle est islamiste.Voilà la révolution qui enfle et monte à l’assaut du ciel. Nul ne sait à l’heure qu’il est si elle vaincra. Peut-être, comme bien d’autres avant elle (la commune de Paris 1871, la révolution spartakiste allemande 1919, la révolution hongroise 1919, la commune de Canton 1927, la révolution espagnole 1934, etc.) sera-t-elle écrasée dans le sang. C’est le pari qu’ont fait, sans état d’âme, ceux qui ont pris la responsabilité du coup d’État de juillet et leurs alliés occidentaux. Ceux-là sont déterminés à l’écraser fussent au pris de dizaines de milliers de morts. Mais il arrive aussi en de telles circonstances que l’armée se scinde ou se délite. Ce genre de choses, dans les révolutions, se produisent nécessairement au moment de l’affrontement majeur. Cela fut encore le cas lors de la révolution iranienne en 1979. Or, si la révolution islamique égyptienne l’emporte, le pouvoir dont elle accouchera et la politique internationale qu’elle pratiquera seront d’une tout autre nature que ceux du « régime du président Morsi ». Issue d’un « processus électoral » celui-ci était un régime de compromis avec l’impérialisme américain et l’armée égyptienne sa protégée. Accouché d’une éventration sanglante et de la lutte à mort contre celle-ci, le régime révolutionnaire islamiste mettrait lui, définitivement fin, et pour le première fois, au statut politique qui est celui de l’armée depuis 1952, et au compromis avec l’impérialisme américain dont celle-ci était garante ; conséquemment, l’accord de paix égypto-israélien, l’allié privilégié des USA, volerait en éclat. Pour une révolution s’en serait cette fois une, véritable, qui remettrait en question tout l’équilibre régional et même international.15 août 2013.

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