L’ARMÉE,GARANTE DE LA SERVITUDE DE L’ÉGYPTE.Lorsque c’est produit, il y a six jours, le coup d’État militaire, qui a déposé Mohamed Morsi, le président de la République, démocratiquement élu en juin 2012, on aurait pu croire que l’Armée avait agi de son propre chef, en considération d’une certaine conception qu’elle a de l’avenir politique de l’Égypte. L’on aurait pu le croire, bien que l’on en doutât déjà, sachant trop ses liens, sa dépendance et sa servilité à l’égard de « l’oncle Sam ». Eh bien ! ça y est déjà, les choses sont tirées au clair. Le coup d’État militaire, bien que légitimé par de puissantes manifestations populaires, est bien l’œuvre « du parti américain », avec on s’en doute, l’aval, les conseils, l’aide et voire davantage, de l’oncle Sam, ses services secrets, ses officines, et certains de ses alliés régionaux.Vous revoilà, direz-vous peut-être, dans l’impasse paranoïaque de votre lecture policière de l’histoire.Que Nenni ! Ce n’est pas nous qui le disons, mais un homme, un journaliste français, au dessus de tout soupçon d’antiaméricanisme primaire ni de vision vulgairement « complotiste » de l’histoire. Nous voulons citer Christian Malard spécialiste de politique internationale de France 3 qui répondait aux questions de la chaine « le soir de la destitution du président égyptien » (3 juillet 2013). France 3. « Qui est le général al-Sissi ? Ch M : Un jeune général (58 ans), ministre de la Défense de Mohamed Morsi, qui se préparait à intervenir depuis fin 2012. Il a été formé en Grande-Bretagne, et surtout aux États-Unis. « C’est l’homme des Américains » : il a passé ces derniers temps au téléphone avec Chuck Hagel, son homologue des États-Unis. ». Nous soulignons ce qu’affirme Christian Malard. Le fameux Général se préparait à intervenir, déjà, fin 2012, bien avant les dernières manifestations contre le pouvoir des frères musulmans.Dès lors la question qui interpelle le bon sens est la suivante, Al-Sissi a-t-il comme il le prétend, répondu à l’appel des manifestants ou bien est-il plutôt l’instigateur, en tout cas un des instigateurs de ces manifestations dont l’objet était d’en appeler à l’arbitrage de l’armée ?Certains observateurs paraissent préférer la seconde hypothèse. Les manifestations de l’opposition auraient été préparées de longue main et n’auraient en vérité, eut pour objet que de justifier le retour de l’armée au premier plan. Quoi qu’il en soit, ce que d’aucuns veulent présenter comme une deuxième révolution ou une deuxième phase de la révolution égyptienne, ne s’avère-t-être que le « faire valoir » d’un « pronunciamiento » à l’arabe.Alors complot ? Nous avons déjà répondu a cette question dans notre article : « Investigations journalistiques et fantasme complotiste – réponse à Caroline Fourest » (16 février 2013). « Ce dont nous parlons nous, c’est de la politique internationale, des relations de Suzeraineté des uns et de vassalité des autres, de l’action diplomatique des États, qui chacun le sait se doublent de l’action de nombreuses officines et services secrets, voire de l’action militaire. Il s’agit de piller, gouverner, contrôler, soumettre, dominer pour les uns, d’échapper aux griffes des prédateurs pour les autres. Et certes dans cette lutte il est fait usage parfois, c’est-à-dire bien souvent, de « plans » longuement concoctés, de complots pré établi. Les savoir, les pressentir ou les dire, ça n’est pas réduire la préhension de l’histoire à cette seule dimension. Comme l’a concédé Caroline Fourest, « les complots, oui ça existe », ce sont des outils dont disposent les États, dont ils se servent abondamment, et dont il est sain et de bon ton, lorsque l’on se veut une journaliste éclairée de ne pas nier l’existence, sauf à se transformer en simple propagandiste du système dominant. ». Alors, nous le re redisons, non pas complot, mais ingérence dans les affaires intérieures de le la part des autorités américaines qui considèrent l’Égypte, comme bien d’autres nations de par le monde, comme de simples provinces de l’Empire. Et si vous doutez encore, Christian Malard, dont ce n’est pourtant pas le dessein, vous aidera à venir à bout de votre scepticisme. N’ajoute-t-il pas en effet : « Obama a-t-il voulu se racheter d’avoir lâché Moubarak trop vite ? Il a dû réaliser que « Morsi » ne rimait pas avec « démocratie ». ». Ce qui est une façon de dire que le président des États-Unis et l’administration américaine sont les véritables maitres d’œuvre de cette opération.On peut l’affirmer à présent clairement et sans crainte de se tromper, c’est à l’instigation des USA qu’ont agi les militaires égyptiens. Ce coup d’État prend donc la signification d’une déclaration de guerre de la diplomatie américaine à l’Islam politique. (Nous reviendrons ultérieurement sur l’analyse et les conséquences induites de ce changement de cap).La nomination pressentie puis démentie, moins de trois jours après, de Mohamed El Baradei, l’autre pantin égyptien des USA, au poste de premier ministre, finit tous les questionnements et les incertitudes quant à l’origine et la genèse du putsch. Cette nomination qui a pour objet d’imposer dans le jeu politique égyptien le polichinelle des USA qui ne parvenait pas, sans cela, à jouer aux avant-postes est une illustration par trop parlante de la réalité. Bon, en fonction d’autres considérations tactiques, Al-Baradei n’a finalement pas été nommé premier ministre par intérim, mais on a semble-t-il, fait tout exprès pour lui un « poste de vice-président de la république ». Il s’agit de gonfler le personnage pour en faire un candidat crédible pour les prochaines élections présidentielles égyptiennes. Tout cet imbroglio autour du nom d’El Baradei, auquel on a assisté, met à jour les mécanismes (improvisés) par lesquels les commanditaires américains et les militaires égyptiens à leurs services, tentent de fabriquer avec un « politicien lambda » venu de l’étranger, « un authentique candidat du système ». Vous savez, de ceux que les médias vous imposent comme incontournables, qui ont déjà gagné l’élection avant même d’y être véritablement candidat.Cet épisode est au demeurant fort instructif quant aux nouveaux rapports que les USA entendent établir avec les pays de la région. N’avez-vous pas remarqué comment, au temps de « la société des nations » et de la politique « des mandats », dans sa zone d’influence l’Angleterre créait des monarchies et la France des Républiques ? Eh bien à présent les USA qui entendent remodeler la carte politique du Moyen-Orient arabe, veulent y fonder des Républiques présidentielles tout aussi fantoches. Le roi Farouk d’Égypte, le roi Idriss de Libye, le roi Hussein de Jordanie et l’actuel roi Abdallah II, le roi Faycall d’Irak, le schah d’Iran, la dynastie des Al Saoud, pour ne pas en rajouter avec les sultans et Émir, n’étaient ou ne sont que « des pions » dans la main de l’Angleterre ou des USA. Les « présidents » (démocratiquement légitimés par le suffrage universel), en vérité, triés, sélectionnés et en définitive imposés pat « le système », ne seront eux-mêmes que les « pions » « les fantoches » de l’empire américains. C’est dire que sous couvert de démocratie, les États-Unis d’Amérique sont en train de recomposer à leur profit, l’empire colonial Anglo-Français et d’y restaurer pour la servitude des nations des rapports semblables à ceux qui caractérisaient l’ancien système colonial.L’Armée qui fut libératrice et espérance au temps de Nasser, assujettie elle-même, s’accommode de cette perspective sans honneurs et ne revendique à présent pour gloire que d’être le joug de l’Égypte. 8 juillet 2013.
