LE MIRACLE BRÉSILIENAnnée morose ! Crise, récession, chômage endémique, paupérisation des peuples, et par-dessus cela une météo exécrable, du gris plein le ciel et des calamités climatiques à foison. Comme si la planète qui souffre des excès du capitalisme libéral mondialisé voulait s’associer à la souffrance des peuples qui l’habitent et qui sont victimes des mêmes bourreaux. Et pourtant, pourtant n’est ce pas le printemps quand même qui nous fait ses minauderies ? D’Ankara à Rio, les signes annonciateurs d’un printemps planétaire des peuples se multiplient. Il n’y avait pas trois jours que nous avions publié, faisant référence à la mobilisation populaire turque, notre article intitulé « Le sacre du printemps ». S’entend, le printemps des peuples, et voilà que le Brésil s’enflamme à son tour.A notre propos concernant la mobilisation populaire turque, certains auraient pu objecter que la Turquie en pleine croissance économique n’était pas vraiment concernée par ce que nous avions écrit : « Le fond, c’est à n’en pas douter, les inégalités sociales, la crise, la récession, la misère et le mal-être social » en considération de quoi, nos attendus étant faux notre verdict devait l’être tout autant. Pourtant, la crise est planétaire, et son « développement inégal », selon les régions du monde ou les pays, ne doit pas égarer l’observateur attentif. La croissance turque est pour une part, le produit de la « globalisation » économique qui en a accumulé les matériaux. « Les délocalisations industrielles attirées par ses bas salaires », les investissements étrangers massifs. La Turquie a connu quelques années une croissance (7, 8, 9 %) qui réjouissait nos « brillantissimes économistes occidentaux » pour lesquels les chiffres remplacent la raison. La croissance selon cette engeance est la clé de tous les problèmes et le « sésame » du bonheur. Mais, en vérité, même la croissance en économie libérale globalisée peut se révéler être autre chose qu’un miracle, une calamité plutôt, qu’il convient de mesurer à l’aune des salaires des conditions de travail de la qualité de la couverture sociale des conditions de sécurité, etc.. L’économie turque affiche une bonne santé en trompe-l’œil qui ne profite pas à tout le monde, et n’empêche nullement le développement des inégalités et de la misère sociale. Déficit de la balance commerciale, dépendance aux investissements étrangers et aux marchés extérieurs, particulièrement de l’Union européenne, inflation galopante et tassement de la croissance voilà en quoi, bien que non encore concerné par la crise actuelle au sens de la « récession », la Turquie n’échappe pas tout de même à « la gravité universelle » du monde qui l’environne.Il en va à peu près de même du Brésil, ce pays « du miracle économique » à 9 % de croissance annuelle. Lui qui faisait tant« gloser », il y a peu encore, tout ce que la planète compte d’experts et de prix Nobels en économie, est resté un champion mondial des inégalités (voir article de « courrier international » 30 septembre 2010, signé de Clovis Rossi.). Les années de la présidence Lula coïncidèrent avec ce prétendu miracle. Comme nos années Mitterrand à nous, elles furent surtout celles des illusions populaires saccagées. Un peu de baume là où quelques plaies sociales faisaient le plus mal avait hypnotisé le peuple. Le réveil est brutal. Des millions de manifestants, des violences, et voilà que déjà nos médias et journalistes « avisés » concluent à la fin du « miracle brésilien ». Ils se trompent à cent pour cent !Les manifestations et violences de ces derniers jours dans plusieurs grandes métropoles brésiliennes ne marquent pas la fin du miracle brésilien, elles en sont au contraire le vrai début. Le « miracle » des économistes et de la sphère financière n’en a pas été vraiment un pour le peuple brésilien. Le miracle, le vrai, c’est ce qui advient à présent dans cette patrie du football, « opium du peuple », outil de canalisation des ardeurs populaires, quand le peuple indigné s’arrachant à cette aliénation s’insurge contre les investissements somptuaires consentis pour accueillir la prochaine « Coupe du monde ». Le miracle le vrai, c’est donc cela, le réveil du peuple Brésilien qui emboitant le pas au « réveil du peuple turc » semble vouloir nous confirmer dans l’idée selon laquelle ils pourraient-être, après trente années d’ensommeillement sous l’assommoir de la pensée unique ultralibérale, les prémices d’un réveil général des peuples. 24 juin 2013.
