Vème RÉPUBLIQUE ET RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE :DE SURPRENANTES SIMILITUDESBon, nous en sommes conscients, dit comme ça, de but en blanc, cela peut surprendre et même choquer ceux qui sont convaincus de la supériorité de nos institutions sur celles « d’une théocratie moyenâgeuse » à leur sens. Et pourtant, si l’on accepte d’occulter un moment notre morgue occidentale d’ancienne puissance coloniale et que l’on examine les choses avec une rigueur toute scientifique, ces similitudes sautent aux yeux.Les derniers évènements que constituent la séquence des élections présidentielles en Iran et la victoire dès le premier tour du « candidat modéré » viennent d’en administrer des preuves intangibles. L’Iran, selon la lecture de l’Occident impérialiste, est une « dictature théocratique ». « Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle en Iran, le vainqueur sera l’ayatollah Ali Khamenei ». Titrait « Le Point.fr » (14 et 15 juin 2913), qui développait doctement : « le véritable pouvoir est entre les mains du Guide. Le président de la République n’est, en fait, qu’un premier ministre, qui n’a pas d’autorité sur les grandes institutions : l’armée, les forces de sécurité, la police, les gardiens de la révolution, les médias, les grandes fondations (qui disposent de beaucoup d’argent dont le gouvernement ne contrôle pas l’utilisation). Mais « Le Point », les médias papiers et audiovisuels occidentaux, qui répètent à longueurs de colonnes et d’émissions, ces mêmes antiennes éculées, bien qu’ils n’y prennent pas garde, en décrivant la « situation institutionnelle de « la République islamique », que nous ne contestons pas, ne font rien moins que de décrire notre propre réalité institutionnelle. Le président de la République iranienne ne détient pas la réalité du pouvoir, soit ! Le président de la République française non plus. Le véritable pouvoir est ailleurs en Iran, dans les mains du « guide suprême » l’ayatollah Khamenei ? Exactement comme chez nous, à ceci près que ce sont ici les banquiers, une poignée de grands décideurs de la finance internationale, qui détiennent les pouvoirs réels. A chacun « son guide » en Perse « un homme de Dieu », ici « les grands prêtres du veau d’or ».En vérité, tous les « régimes démocratiques modernes » fonctionnent, de plus en plus, selon le même schéma. Celui du « bonapartisme électif », soit, l’élection d’un homme, président ou premier ministre au suffrage universel, qui l’investit de la souveraineté dont le peuple se dessaisit ainsi. Sauf à être élu dès le premier tour, comme cela vient de se produire pour l’Ayatollah Rouhani en Iran, 2 candidats restent le plus souvent en lice au second tour. Triés, présélectionnés par divers filtres et mécanismes politiques et institutionnels, ils ont acquis, tout deux, parvenus à ce stade, la « qualité » de « candidats du système ». C’est dire qu’ils ont fait allégeances aux institutions et promis de les défendre. Un et l’autre ont dû s’engager à respecter les alliances fondamentales de leur pays, et dans le domaine économique, l’un comme l’autre ont dû donner l’assurance, de faire à peu de détails près la politique libérale mondialiste. La victoire de l’un ou l’autre est donc en vérité à peu près indifférente aux pouvoirs réels qui, de toute façon, gagnent ainsi à tous les coups et sont assurés de rester « les véritables maitres ». Seules des fractions partisanes des peuples abusés s’enthousiasment encore pour la victoire de leur favori, de droite ou de gauche, dont ils se rendront compte bientôt qu’ils sont en vérité « comme cul et chemise » et font exactement la même politiquePrenant le contre-pied de tous les commentaires acrimonieux des médias occidentaux, n’est-ce pas la preuve de sa modernité, et de sa grande intelligence politique, que la République Islamique d’Iran vient d’administrer au monde ? Elle a parfaitement su s’approprier les mécanismes institutionnels qui font la fierté « des démocraties occidentales » et les retailler selon les besoins de sa nature. Elle a proposé, au suffrage universel deux candidats « de son système », donnant tout comme chez nous, en France (aux États-Unis, ou en Grande-Bretagne), l’illusion démocratique du suffrage universel, tout en assurant sa continuité institutionnelle et en pérennisant son système d’alliance et ses engagements internationaux. « Conservateurs » et « modérés » ? La République islamique serait-elle en passe d’inventer à son usage, « l’alternance politique », à laquelle la France elle-même n’a accédé que laborieusement dans les années 1990 ?Bon, encore un petit effort, amis iraniens*, encouragez, facilitez la création de deux véritables partis politiques : « conservateurs/modérés », « droite/gauche », « républicains/démocrates », peu importe l’appellation, elle dépend de la culture et de l’histoire politique nationale. Deux partis, qui ne seront en vérité que les deux bras politiques du même corps institutionnel, et qui se succèderont au pouvoir sans rien changer à tout ce qui est essentiel de vos orientations politiques. Faites cela, ça s’appelle « le bipartisme » et c’est le complément indispensable du bon fonctionnement de « l’alternance » et vous aurez fondé, à l’aune des critères de l’Occident, une « République islamique démocratique » qui n’aura rien à envier à la Vème République, dont notre personnel politique français est tellement fier.Pour autant, il ne faudra pas vous attendre aux félicitations des dirigeants politiques occidentaux ni français, et surtout pas à celles de Mr Laurent Fabius qui pour sur appartient à un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur. Au nom de « la laïcité » de l’État, tous ces laudateurs de « l’État juif » auront encore un reproche majeur à vous adresser, le caractère théocratique de votre République. Et à cette raison ils persisteront à la caractériser comme une dictature. Mais vous n’en prendrez pas ombrage. Certes votre « République islamique démocratique » est et sera une dictature, tout pouvoir politique est une dictature, mais, rassurez-vous, ni plus ni moins que notre Vème république, ou la « très démocratique République américaine qui sont elles-mêmes des dictatures du capital financierJeudi 20 juin 2013.
