PETITES PRÉCISIONSÀ propos de « ne faites pas la courte échelle aux assassins ».Nous avons publié hier l’article de Dominique Jamet, parce qu’il se réfère à un fait particulièrement odieux et éclairant sur les véritables enjeux de la guerre civile en Syrie. Non pas une révolution, pas une révolution démocratique surtout, mais une agression internationale qui, parce que ses fins sont inavouables, doit se galvaniser en faisant appel à l’obscurantisme religieux le plus moyenâgeux. Deux considérations nous firent hésiter à le publier. D’abord le recours à l’émotionnel. Nous reprochons aux médias de jouer de cette corde pour annihiler la raison. Nous ne voulions pas tomber dans le même travers. Mais nous nous sommes dit ensuite que l’exploitation qui est faite d’eux n’est pas la faute de l’émotion ni du sensationnel, mais celle des manipulateurs d’opinion. L’émotion peut-être louable quand elle est mise au service de l’intelligence et de la lumière. C’est pourquoi nous avons consenti à y sacrifier.Nous avons renâclé un peu aussi, à la lecture de l’article de Dominique Jamet, à propos du parallèle qu’il fait avec la mort de Clément Meric à Paris. Certes il a fondamentalement raison sur le fond. Comment ceux qui s’émeuvent de celle-ci peuvent-ils taire l’autre. Mais nous avons craint qu’il y ait une volonté de minimiser l’évènement parisien, d’excuser quelque peu ses auteurs. Nous avons lu et relu maintes fois le passage incriminé. Nous avons conclu que telle n’était pas l’intention de l’auteur.Notre seule véritable controverse avec Dominique Jamet porte donc à la fois, sur le parallèle qu’il établit entre « la Terreur » dans la Révolution française et l’action du « Front Al Nosra » aujourd’hui en Syrie, autant que sur le jugement de valeur qu’il émet à propos de cette période citée de notre histoire. Ce parallèle nous parait impropre et insultant pour cette page certes douloureuse, mais non moins inscrite dans la marche en avant de l’histoire. La « Terreur » du « Front Al Nosra » s’inscrit elle dans la marche en arrière de l’histoire et se justifie par l’obscurantisme religieux. Ce rapprochement est donc à peu près aussi inapproprié que si l’auteur avait voulu renvoyer dos à dos les violences de « la Saint Barthélémy » et celles « de la terreur »Le jugement de valeur est lui désuet au tribunal de l’histoire. La « Terreur » a probablement entaché, comme l’affirme Dominique Jamet, l’idée de la République, mais avant, elle l’a surtout accomplie. La République française n’aurait pas était ce qu’elle fut et n’aurait pas eu la force « messianique » qui fut un temps la sienne, sans ce recours au scalpel de l’histoire. 14 juin 2013.
