IDIOMICIDE A L’ASSEMBLÉE NATIONALE

IDIOMICIDE A L’ASSEMBLÉE NATIONALENon, un « idiomicide » n’est pas le meurtre d’un idiot, sinon cela signifierait que l’un au moins des conjurés réunis dans les murs de l’Assemblée nationale, le jeudi 23 mai 2013, a été agressé et, ce n’est pas le cas. Non, un « idiomicide » est un attentat perpétré contre « un idiome » – (une langue, un dialecte ou un patois). Le français, ma langue chérie, notre langue maternelle, la langue des lumières. A été victime d’une agression collective inqualifiable dans l’enceinte même de palais Bourbon, siège supposé de la « souveraineté nationale ». Et ceux qui se sont rendus coupables du crime sont des députés français. La bande à Brutus a osé lever la main contre la langue de Voltaire. Quand vous avez su la chose, vous vous êtes retournés dans vos tombes, je le sais. Faites plus, montez les morts, des entrailles de la Terre, soulevez vos stèles, sortez des caveaux, joignez-vous aux vivants, vous les Villon, les Voltaires, Rabelais, Rimbaud, Céline, Hugo,… il n’est pas possible de vous citer tous, n’en prenez pas ombrage. Poètes, écrivains, philosophes linguistes, dramaturges, chansonniers, historiens, artisans de la langue française, montez de l’Élysée par milliers je vous prie, les morts, vivants dans l’héritage culturel, dans la lumière de la pensée, dans la musique de nos mémoires. Indignez-vous nous a conseillé Stéphane Hessel avant de vous rejoindre dans les ténèbres ! Mais plus qu’indignés nous voilà consternés, humiliés, blessés, en colère. Ils veulent faire du français une langue morte et de votre héritage, des archives, un trésor inaccessible au commun des mortel. Venez par milliers vous insurger avec nous. Oui, nous sommes, outrés, et la cause en est « l’article 2 du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche présenté jeudi 23 mai à l’Assemblée nationale par Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur, qui ouvre la possibilité de dispenser des cours en anglais dans les universités françaises ?. Des députés UMP avaient déposé plusieurs amendements dans le but de supprimer cette disposition qui constituait selon eux, un « renoncement dangereux à notre langue ».Certains élus de gauche étaient également opposés à cette mesure. Tel était le cas du député socialiste Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS à la francophonie. Au demeurant, l’opposition de l’Académie française était connue de tous, et plusieurs protestations étaient venues de divers horizons, dont le texte fort de plusieurs universitaires internationaux que nous publions en annexe. Rien n’y fit. C’est par un vote à main levée que les députés ont commis leur forfait.Auraient-ils perdu tous leurs repères jusqu’au sens même de la dignité ? Or, le pire en cette affaire c’est que la ministre double le forfait en lui trouvant les justifications les plus éculées. «Il ne s’agit, en aucun cas, dit-elle, de remettre en cause la primauté de l’enseignement en français ou la défense de la francophonie »…..  »Il s’agit au contraire d’élargir le socle de la francophonie auprès des jeunes, notamment des pays émergents, qui, aujourd’hui, ne viennent pas dans notre pays. ». De qui se moque-t-elle ? Défendre la « francophonie en faisant venir plus d’étudiants étrangers prendre sur notre sol des cours en Anglais, n’est-ce pas défendre la francophonie à la manière dont la corde soutien le pendu ? Il est vrai que notre personnel politique a acquis ces dernières années quelque expertise dans l’usage de la sophistique et de la casuistique. N’a-t-il pas joué déjà la même partition, en prétendant, en le détricotant chaque jour un peu plus, qu’il défendait le « modèle social français » ? Voilà donc un joli pays que la France, dans lequel les immigrés de la misère dont certains sont analphabètes ou tout juste lettrés sont tenus pour être accueillit de connaitre le « français » alors que des étudiants venant chez nous pour faire des études supérieures en seront dispensés. Cette aberration à laquelle cela conduit, ne parait pas les impressionner non plus davantage.:, Le français saigne, les Français sont meurtris. Les griefs sont nombreux ces temps-ci que l’on peut adresser au personnel politique. Fallait-il ajouter celui-là ? Aux humiliations successives que ces gens font subir à notre fière conscience nationale en se rendant coupables d’agressions sexuelles, de fraudes fiscales, de vassalisation de notre politique étrangère, de paupérisation de leur population, nos frères et soeurs, d’abandons de souveraineté, etc., fallait-il vraiment qu’ils ajoutent celle de vouloir clouer eux même le cercueil de la langue de leurs pères ? La langue nationale n’est-elle pas le liant de notre appartenance à un peuple, à une histoire fondatrice, à une pensée rayonnante, à une culture fédératrice ?Mais pourquoi, pourquoi donc, messieurs et mesdames les députés, vous êtes-vous rendus coupables de ce crime, qu’elles intention vous animent, quels mobiles vous font fonctionner ? Voilà, en l’espèce une « conséquence collatérale », que personne n’avait anticipée, de l’évolution programmée de notre système d’enseignement supérieur vers l’autonomie et le mercantilisme des établissements et des universités. Car chacun le comprendra sans peine, pour peu qu’on éclaire le sujet, il s’agit en l’occurrence, bien sûr, non de défendre le Français, comment le pourrait-on en le chassant de nos amphithéâtres, encore moins la francophonie,? Mais de « rentabiliser » nos universités et grandes écoles en se portant sur le terrain de la concurrence directe avec les universités anglaises et américaines. Après tout Esaü n’avait-il pas vendu son droit d’ainesse pour un plat de lentille ? »Rentabiliser » le grand mot la grande raison à la mode de ces temps de « pensée unique » et de capitalisme triomphant. Mais « rentabiliser », peut-être, seulement. Si je suis un étudiant étranger, du Maghreb, d’Afrique noire ou de Chine, et davantage encore, si je suis anglophone, a qu’elles raisons ferai-je le choix d’un cursus en France dispensé en langue anglaise ?. Ne serai-je pas mieux avisé en ce cas d’aller prendre celui-ci dans des pays et des universités anglophones au Royaume-Uni ou aux USA ? À cause du prix peut-être me direz-vous ? Les bonnes universités américaines sont très chères il est vrai, la France pourrait offrir à une « clientèle » anglophone plus modeste un accès à prix cassé à un enseignement en anglais ?Mais il arrive quelquefois que du mal émerge tout de même le bien. En agressant ainsi la langue française et la francophonie, au nom de la « rentabilité » des universités et grandes écoles devenues des entreprises capitalistes comme les autres, n’avez-vous pas fait du vocable « rentabilité » un imprononçable « gros mot » ? Dans ce cas vous auriez à votre insu, rendu peut-être, un insigne service à l’humanité.28 mai 2013. Annexe. Texte collectif de plusieurs grand universitaires internationaux. «Le Parlement français (se prépare à adopter) un projet de loi qui risque de contribuer à l’expansion rapide de l’anglais comme vecteur principal d’enseignement dans le système universitaire français. Nous, qui décidons depuis la Chine, le Brésil, les Etats-Unis, l’Europe centrale, de l’envoi de nos étudiants en France, nous nous permettons de vous mettre en garde contre la disposition législative envisagée, présentée comme un remède miracle pour favoriser «l’attractivité» de vos universités auprès de nos étudiants.Elle repose en fait sur une double erreur d’appréciation. La première porte sur les raisons qui conduisent des étudiants étrangers à faire le choix de la France. Pas plus que les touristes ne viennent chercher dans votre pays des Starbucks ou des McDonald’s, nos étudiants n’aspirent à recevoir en anglais, dans vos universités ou grandes écoles, une formation que, sans vouloir vous désobliger, vos partenaires anglophones sont mieux armés que vous pour dispenser. La mondialisation, qui provoque des phénomènes d’uniformisation, a cet effet paradoxal de faire de la diversité une valeur : ce que les meilleurs d’entre eux viennent chercher en France, la raison pour laquelle nous les y envoyons, c’est justement une autre façon de penser, une autre façon de voir le monde, un modèle culturel alternatif aux modèles anglo-saxons dominants. Nous avons impérativement besoin de cette autre voie. Or, cette différence est liée à la langue que vous parlez.Si le savoir est universel, la langue qui permet d’y accéder, elle, ne l’est jamais. Les langues ne sont pas interchangeables, on ne dit pas la même chose dans une langue et dans une autre. Vous avez la chance de disposer en français d’un formidable capital d’intelligence lié à une tradition plusieurs fois séculaire : ne le dilapidez pas en renonçant à la langue qui le constitue. Il est absurde de considérer le français comme un obstacle à l’attractivité de votre pays : dans la concurrence mondiale, il représente votre avantage comparatif, votre valeur différentielle.Enfin, en venant en France, et parce que votre pays est une porte d’entrée vers le Maghreb et l’Afrique, nos étudiants cherchent aussi à bénéficier d’un tremplin, en accédant par votre intermédiaire à ce vaste espace francophone, à ses richesses, à ses perspectives de développement. Prenez garde à ne pas décourager les pays qui en font partie, car comment voulez-vous qu’ils conservent l’usage du français dans leurs systèmes éducatifs si vous-même y renoncez ? Il est douteux que votre intérêt soit de brader les avantages économiques que vous pouvez tirer de solidarités linguistiques forgées par l’histoire.Améliorez vos infrastructures universitaires, facilitez l’obtention des visas, simplifiez les formalités administratives, offrez des perspectives de carrière aux étudiants étrangers que vous accueillez, renforcez chez eux, mais aussi chez les Français eux-mêmes, la maîtrise des langues : tels sont en France, comme partout ailleurs, les objectifs à poursuivre pour améliorer l’attractivité d’un système d’enseignement. Mais ne renoncez pas à l’usage de votre langue dans la transmission des savoirs, car en vous appauvrissant vous-même, vous appauvrirez aussi le monde entier.»Emily Apter New York University, responsable de collection à Princeton University Press; Izabela Aquino Bocayuva professeur-adjoint à l’Instituto de filosofia e ciências humanas de l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro (UERJ) ; Xiaoquan Chu Doyen de l’Institut des langues et de la littérature étrangère, université Fudan, Chine; Jacques Lezra Department of Comparative Literature, New York University; Michael Loriaux Professor of Political Science, Northwestern University; Nobutaka Miura Professeur à l’université Chûo, Japon; Myroslav Popovych Directeur de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences d’Ukraine; Dumitru Topan Recteur de l’université de Craiova, Roumanie; Fernando Santoro professeur adjoint à l’université fédérale de Rio de Janeiro.

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