LA GRANDE HUMILIATION DES ARABES

LA GRANDE HUMILIATION DES ARABESDans le cours de la Première Guerre mondiale, la diplomatie et les services secrets britanniques avaient enrôlé les Arabes, sous l’étendard du shérif de La Mecque, pour défaire l’Empire ottoman. Comme rétribution de leurs services, les Britanniques avaient fait une promesse à Hussein, celle d’un « grand royaume », qui entrait en résonance avec le rêve nostalgique des temps anciens de la splendeur arabe. Mais quand vint l’heure des comptes, avec la complicité de la France, c’est en plusieurs entités nationales, royaumes ou républiques que fut morcelé le territoire du « grand califat » pressenti. D’ailleurs, dès 1917 les Britanniques avaient préparé la cerise du gâteau, la déclaration Balfour, qui donnait le feu vert à la création d’un foyer national juif en Palestine. Les Arabes étaient ainsi remerciés « par les maitres impérialistes » de la manière dont les « maitres » remercient leurs domestiques, en les humiliant.Dans les années entre les deux guerres mondiales, un phénomène prit de l’ampleur en Europe occidentale, celui de l’antisémitisme raciste, déclinaison à l’ère industrielle de l’antisémitisme religieux de grand-papa. À la faveur de la Deuxième Guerre mondiale l’Europe « chrétienne » se rendit coupable du plus atroce des crimes de l’histoire humaine l’holocauste industriel programmé du peuple juif. Quand la machine de guerre allemande, instrument de cette tragédie, fut enfin terrassée, quand le crime « fut révélé », l’occident chrétien fut pris de terreur et de honte à la contemplation de ses propres turpitudes. Alors, les thèses réactionnaires du sionisme, jusque-là ultra minoritaire, trouvèrent un écho nouveau particulièrement chez les juifs d’Europe de l’Est qui avaient échappé au massacre. Elles trouvèrent aussi des appuis internationaux, non sans arrières pensés, en particulier à l’ONU nouvellement crée et aux États-Unis. Le « foyer national juif » de Palestine se mua en « État » avec la complicité ouverte de l’ONU, mais plus précisément, des USA et de la France. L’État d’Israël, poignard de l’occident dans le flanc de la nation arabe, devint le pivot la justification de toutes les avanies que les diplomaties occidentales infligèrent à cette région du monde. Une nouvelle fois, mais à présent comme « colonie » alliée, l’occident chrétien avait instrumentalisé l’encombrante question juive. Ce faisant, il exorcisait, à bon compte, sa propre faute et soignait sa culpabilité en « refilant » « la patate chaude » aux Arabes.Guerre d’indépendance d’Israël (1948), Guerre de Suez (1956), guerre des 6 jours (1967), guerre du Kippour (1973), (opération Litani ») invasion du Sud Liban (1978), (opération « paix en Galilée ») guerre du Liban 1982, raid sur le QG de l’OLP à Tunis 1985, (opération « raisins de la colère ») Liban Sud 1996, conflits avec le hezbollah en 2006, (opération « plomb durcit » contre Gaza, 2008/2009, opération « pilier de défense, novembre 2012… L’histoire des soixante dernières années fut une longue suite d’agressions et autant d’humiliations israélo-occidentales contre le peuple palestinien et les nations arabes. Ne se moquait-on pas en occident de ces valeureux » guerriers arabes qui fuyaient dans le désert en oubliant leurs chaussures.Voilà qu’à l’hiver 2010 s’allumaient en Tunisie, les premiers foyers du « printemps arabe ». À peine ces évènements survenaient-ils que « des oracles » « avisés » prédisaient déjà l’embrasement de tout le Moyen-Orient. N’est-il pas bien sûr plus aisé aux incendiaires qu’à quiconque de prévoir les départs de feu ? Mais en fait de Maghreb et Machrek, l’incendie fut bien circonscrit, étonnamment sélectif. la mobilisation populaire n’eut de réalité que dans quatre pays, la Tunisie, L’Égypte, le Yémen et l’Émirat de Bahreïn. Deux autres furent déstabilisés, la Libye et la Syrie, mais dès l’origine des évènements l’action militaire, fomentée et soutenue de l’extérieur, se profila derrière la mobilisation populaire. Il ne s’agissait déjà plus à ce stade de « vent de la liberté » de « révolution du jasmin » ou autres fadaises médiatiques, mais de guerres civiles, d’ingérences extérieures, de destructions, de sang et de larmes. Ainsi, mais était-ce vraiment un hasard, les quatre pays (Tunisie, Égypte, Syrie, Libye) bousculés par le prétendu « printemps arabe » étaient-ils ceux où sévissaient des « régimes laïques », dont deux, la Libye et la Syrie, étaient gouvernées par des régimes honnis des Anglo-américains et inscrits dès 2001 sur la liste des pays de « l’axe du mal » tel que définit par G W Bush, au lendemain des attentats du 11 septembre. Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Arabie Saoudite, Jordanie, Maroc, paradoxalement aucune monarchie arabe archaïque et réactionnaire n’a été à aucun moment véritablement inquiétée. La répression sanglante au Yémen, pays de la péninsule, susceptible de contaminer son voisin saoudien, ne justifia que des réactions mesurées de l’occident à l’exclusion de toutes velléités interventionnistes, et aboutit à un compromis. Quant à la révolte populaire de l’Émirat de Bahreïn, elle était le fait d’une population à majorité chiite, et fut écrasée par les chars du « Conseil de. Sécurité du Golfe », en fait, l’Arabie Saoudite, avec l’accord tacite des Occidentaux trahis par le silence complice de leurs médias. Au total un bilan bien médiocre pour ce qui devait être la grande « révolution démocratique arabe ». La réalité, dont il faut bien convenir à présent, est toute autre et commence à être admise par l’opinion générale. Ça y est, c’est acquis, « le printemps arabe n’est plus », il a été « confisqué », nous dit-on, par les frères musulmans et le Qatar. C’est la thèse que développait une émission de télévision sur le sujet, diffusée mercredi 22 mai au soir sur « la 3 ».En vérité le printemps arabe n’a jamais existé. La jeunesse occidentalisée, militant pour les idées de démocratie, et « câblée internet en direct avec les satellites des officines américaines », a servi d’allumettes dans un environnement particulièrement inflammable. Ceux qui ont joué avec, ne pouvaient pas ignorer que cette population ne représentait pas une force structurée apte à proposer une alternative politique. Les pouvoirs rendus vacants ne pouvaient, dès lors, échoir qu’aux courants islamistes, puissants et structurés de longue date et qui sont au demeurant l’expression de l’identité arabe. Dans un article du 19 janvier 2011, intitulé « Où va le Maghreb » (voir extrait en note) nous anticipions pour notre part cette évolution prévisible. D’ailleurs les Occidentaux, les Anglo-américains surtout, l’ignoraient-ils vraiment ? N’avaient-ils pas préparé de longue main cette relève ? Rached Gannouchi, chef du parti tunisien ehnnada fuyant les persécutions du régime laïque de Ben-Ali, a vécu vingt ans en exil en Angleterre. Il en va de même des dirigeants libyens dissidents du régime de Kadhafi. Peut-on douter, sauf à être bien naïfs, que cela a fait l’objet « d’un deal » entre la diplomatie américaine d’une part et le monarque saoudien d’autre part, gardien des lieux saints de l’Islam et commandeur des croyants, ainsi que le Qatar créature et instrument des Anglo-américains. D’ailleurs dans la même émission évoquée ci-avant, cette dimension du problème, celle de l’accord nécessaire, au moins tacite de l’impérialisme américain, était évoquée en ces termes « En Égypte, pour pérenniser leur pouvoir les frères musulmans doivent montrer patte blanche à l’occident, faire revenir les touristes, on ne parle plus de califat, mais « d’États unis arabes»Il y a eu certes de puissantes mobilisations populaires, mais le printemps arabe n’a jamais existé. « Les révolutions » ont été pilotées, instrumentalisées, les fondements de l’alliance des Monarchies arabes réactionnaires avec l’impérialisme anglo-américain ont simplement été renouvelés, dépoussiérés. En fait de « restauration de la fierté arabe » il s’est agi, avec l’aval des Monarchies réactionnaires de renouveler l’hommage de ces vassaux à leurs suzerains impérialistes, de perpétuer l’abaissement de la nation arabe. Il s’est agi avec la complicité occidentale, d’une opération de mise en ordre de « la nation arabe » sous l’étendard de l’Arabie Saoudite et de l’Islam sunnite, en vue d’une guerre programmée de longue main contre l’Iran chiite.« Le printemps arabe n’est plus » « de profundis », il a été récupéré par les frères musulmans, et voilà la perspective que ceux-ci offrent à la nation arabe sunnite. Au lieu de mobiliser sa volonté et ses forces pour s’arracher à l’ingérence et à la domination occidentale, c’est en alliés et instrument de celle-ci qu’ils se proposent de précipiter leurs jeunesses dans l’aventure débile d’une guerre meurtrière contre l’Iran et ses alliés. Des Arabes contre d’autres Arabes, des musulmans contre d’autres musulmans. Une guerre au nom du mirage du grand califat reconstitué. Il s’agit en vérité d’une aventure criminelle, car vouée à l’échec. Comme en 1980, quand Saddam Hussein, fit par procuration pour les monarchies arabes et les occidentaux, la guerre à la révolution islamique d’Iran, l’Arabie Saoudite et le Qatar se proposent d’enrôler aujourd’hui les arabes dans la guerre par procuration que les Anglo-américains et Israël veulent faire à l’Iran. Comme l’Irak ayant servi se fit éreinter ensuite en 1991, au nom de la sécurité d’Israël et régionale, par ses alliés de la veille, les chantres du grand califat connaitront eux aussi « leur nuit des longs couteaux ». Ayant œuvré à restaurer la domination des compagnies pétrolières anglo-saxonnes sur la Perse, au nom de la sécurité d’Israël, ils se feront égorger le lendemain par leurs alliés occidentaux de la veille, À moins, à moins bien sûr que dociles serviteurs ils ne se couchent avant, comme des chiens, aux pieds de leurs maitres et renoncent eux même à la réalisation de leur rêve constitutif de résurrection de la puissance arabe.Dans l’attente d’un dénouement, nécessairement tragique, leurs petits rois sont comme « copains et cochons » avec les impérialistes occidentaux auxquels ils doivent d’exister, eux, mais qui sont la cause pourtant de l’abaissement de « la nation arabe. Et les mêmes monarques/marionnettes autorisent, par exemple, l’aviation israélienne, coupable de tant de crimes contre le peuple palestinien, a utiliser l’espace aérien de la Jordanie pour tuer des Arabes syriens, et contribuer à détruire une nation arabe qui a toujours défendu la cause nationale Palestinienne. Pouvait-on insulter plus crûment la conscience arabe ? Pouvait-on imaginer plus étonnante alliance et plus grande humiliation pour tous les Arabes, pour tous les peuples arabes qui se sont depuis 60 ans identifiés à la cause nationale du peuple palestinien et ont souffert des souffrances de celui-ci ? Vendredi 24 mai 2013.« Où va le Maghreb ? ». 19 janvier 2011 (extrait)« La « démocratie » peut certes adoucir les mœurs politiques. D’elle-même elle n’est pas de nature à résoudre les questions de l’emploi et du mal-être social.Or, ça n’est pas non plus du côté des idéaux socialistes que les peuples pourront se tourner. Ceux-ci ont été galvaudés, décrédibilisés, insultés, foulés aux pieds, laissés pour morts. De par leurs structures socio-économiques, leurs traditions, leurs racines culturelles, les pays du Maghreb n’ont pas vocation à les ressusciter (d’autres s’en chargeront). C’est pourquoi les révolutions maghrébines, si elles ont lieu, n’auront d’autre choix que de se tourner, comme un passage obligé, vers leurs racines socio-culturelles et identitaires, celles que leur confère leur appartenance au monde islamique. Car oui, et contrairement à ce qu’affirment tous les observateurs, le développement des révolutions arabes à venir ne se fera pas au nom de « la démocratie formelle de l’occident », mais au nom de l’Islam et du ressourcement culturel de ces peuples. Les signaux de cette évolution se manifesteront sans tarder dans la suite du processus de la révolution tunisienne. »

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