Jean-Luc Mélenchon : 1 PIED DEDANS 1 PIED DEHORS

Jean-Luc Mélenchon :1 PIED DEDANS 1 PIED DEHORS4ème volet-surpriseNous nous sommes rendu compte qu’il manquait un volet à la série que nous avons consacrée au « Front de Gauche » et à son emblématique « leader ».Tout d’abord pour apporter une précision à ceux qui, égarés par nos critiques ou interrogations à propos du positionnement stratégique de ce mouvement, ne l’auraient pas compris : nos proximités idéologiques avec lui sont beaucoup plus nombreuses et grandes que nos différends. Cela nous fonde à voir dans le « Front de Gauche », des amis et des camarades avec lesquels nous avons un grand bout de chemin à faire ensemble.Et puis, surtout, pour clarifier une question pressante qui surgit des interrogations de nos précédents articles. « Un pied dedans un pied dehors », c’est avons-nous dit, ce qui caractérise le positionnement mélenchonien ». Mais pourquoi camper ainsi dans une posture politique inconfortable, qui à la longue promet d’être contreproductive ?Dans le volet 2, « opposition de gauche ou majorité présidentielle », nous avons dit que J-L Mélenchon n’était pas le seul à s’accrocher très fort à l’appartenance déclarée à la majorité présidentielle. Nous avons cité l’exemple antérieur de Daniel Ben Saïd à propos de la victoire électorale de la « Gauche plurielle » aux élections législatives de 1997. Nous en avons effleuré les motivations politiques, « nous avons voté pour, c’est notre majorité », qui nous l’avons montré est un raisonnement vicié. Mais nous n’avons pas dit les véritables ressorts de ce positionnement. C’est le manque que nous entendons combler ici. Ces ressorts relèvent de deux origines politiques et traditionnelles différentes 1 – la question de l’unité du mouvement ouvrier politique, 2 – la tradition électorale de la discipline républicaine.1 – Des raisons culturelles et mémorielles.A – Histoire et traditions du mouvement ouvrier politique. Il y a tout d’abord à cela des fondements idéologiques lointains et profonds. C’est la raison, non innocente, pour laquelle nous avions fait le rapprochement avec Daniel Ben Saïd. Il y a un courant « à gauche » qui s’obstine à voir dans le Parti socialiste, un partit social-démocrate, certes, fort dégénéré, mais « Social-démocrate » tout de même, c’est-à-dire « ouvrier ». Et ce courant, en faisant une politique unitaire avec le PS, aspire à œuvrer pour l’unité de la classe ouvrière, « le front unique ouvrier qu’ils appellent ça ». Or ce courant tient d’autant plus fort à se positionnement là qu’il a gardé en mémoire un épisode dramatique de l’histoire récente, quand le parti communiste allemand, piloté par le Komintern (internationale communiste) déjà stalinisé, sous le mot d’ordre « classe contre classe », refusait tout front commun avec le SPD (parti social-démocrate allemand), en un temps où la résistance commune à l’hitlérisme ascendant eut été une nécessité absolue. Cet épisode a si profondément marqué les consciences, que les « théoriciens » et « cadres » politiques appartenant à ce courant communiste sont, aujourd’hui encore, terrorisés à l’idée de choir dans les mêmes travers. Les communistes allemands des années vingt, dont les révolutions, celle de 1918, celle de 1919 (dite spartakiste) celle de 1921 furent sauvagement réprimées par les « groupes francs » recrutés par le ministre de l’intérieur social-démocrate, Gustav Noske, avaient de forts bonnes raisons de haïr les sociaux-démocrates et de se défier d’eux. Alors les dirigeants des courants communistes de gauche d’aujourd’hui, se disent que, qu’elles que soient les fort bonnes raisons qu’ils pourraient se trouver eux-mêmes à finir leur proximité avec le parti socialiste, ils ne doivent pas céder aux « sirènes » du sectarisme.B – Pratiques et traditions républicaines. Aux dernières législatives, par exemple, le FN qui recueillait 13,6 % des voix au premier tour n’obtint que 2 élus, alors que le FG qui réalisait 6,9 % des voix, à ce même premier tour, avait droit à 10 élus. D’où vient la différence ? De ce que l’on appelle « la discipline républicaine » qui veut que dans chaque camp (droite et gauche) le candidat battu reporte ses voix sur le candidat le mieux placé. Pour que cela fonctionne, la première condition est d’avoir un sentiment d’appartenance à une « même famille », dans le cas d’espèce « la Gauche ». Cette tradition n’est pas une tradition « du mouvement ouvrier » mais une tradition républicaine adoptée par la social-démocratie d’abord, puis par les partis communistes stalinisés ensuite.2 – Des raisons tactiques, pragmatiques, et matérielles……Il en découle des considérations plus pragmatiques, immédiates et matérielles. Celles-ci résultent d’ailleurs d’une longue pratique de « la discipline républicaine », et ne sont pas la moindre cause pour expliquer la force de cet attachement.Une des composantes essentielles du Front de Gauche est le PCF. Celui-ci a perdu beaucoup d’élus depuis les années Mitterrand , mais il a encore des élus locaux et des députés et redoute de tout perdre s’il rompt « la discipline républicaine ». Le PS ne lui a jamais fait de cadeaux et il sait fort bien qu’en cas de dénonciation de la règle électorale républicaine, la réplique du « grand parti tutélaire » serait foudroyante et le condamnerait à ne plus avoir d’élus du tout, ou quasiment plus. Aussi est-il résolu à faire profil bas sous la schlague de « la dictature électorale ».De la corde de penduMais, quoi qu’il en soit, au fil des années et des scrutins, malgré la soumission pusillanime du PCF, les socialistes se sont attachés à réduire comme peau de chagrin l’assise électorale de ce parti. Certes, la discipline républicaine attache le Parti communiste au PS sous « couvert d’union de la gauche, mais c’est à la manière dont la corde retient le pendu. Une seule option historique pourrait, peut-être, garantir en partie le maintien d’une assise électorale du PCF : si celui-ci se résolvait à demander son adhésion au PS. Si le PCF acceptait comme le lui conseillait dans les années 80, Henri Fizbin, un de ses anciens hauts dignitaires, de disparaitre comme parti indépendant et ne subsister, que comme « un courant » du PS parmi d’autres. C’est la condition à laquelle les « solférinistes » comme les appelle J-L Mélenchon, accepteraient de leur consentir quelques mairies et circonscriptions, à hauteur de leur audience dans le parti et à la condition expresse qu’ils soient sages, c’est-à-dire qu’ils se plient à « la discipline de celui-ci » et se prêtent au jeu de « la synthèse ».Autrement dit, le calcul du respect de la discipline républicaine comme moyen de sauver « les meubles », ce qui peut l’être encore, est un fort mauvais calcul qui conduit le PCF à sa disparition totale du paysage électoral français, s’il ne se résout pas enfin à relever le gant d’un nouveau cours vraiment indépendant.« La Social-démocratie est morte ».Quant à la question de l’appartenance à la gauche, déclinaison affadie, à la sauce républicaine, « du front unique ouvrier », ceux qui s’y raccrochent tant se trompent carrément. Nous avons changé d’époque. « La Social-démocratie est morte »(1). Le PS, nonobstant ces racines historiques, n’est plus un parti ouvrier. Certes des ouvriers votent encore pour ses candidats, cela n’est pas un argument pertinent, autant le font pour ceux de l’UMP ou du FN. Le PS n’est plus un parti social-démocrate (qui prétend œuvrer pour la transformation socialiste de la société par inoculation de réformes indolores) mais un parti institutionnel d’alternance, au service de la seule gestion capitaliste. La métamorphose historique, pour ce qui concerne la France, c’est opéré en 1971 au congrès d’Epinay, puis à l’école de l’action gouvernementale, ainsi que l’appelait François Mitterrand, de 1981 à1995. Ce n’est plus dans le cas actuel le refus de l’unité avec le PS qui divise la classe ouvrière, mais au contraire le maintien d’une « collusion » contre nature qui la fait éclater, la démoralise et l’annule politiquement en la réduisant à n’être qu’une simple réserve de voix. Finir la parenté abjecte qui retient « la gauche radicale » attachée au PS par le lien « majoritaire » de « l’union de la gauche ” est même la tâche la plus urgente du moment. Nul ne pourra sans cela proposer et construire une véritable alternative de gauche. Et, nous le « martelons à nouveau », sans une telle alternative, c’est le Front national qui ramassera la mise.(1) Titre d’un petit livre écrit et édité par nos soins en 2000.

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