J-Luc Mélenchon :UN PIED DEDANS UN PIED DEHORSVolet 3 : La sixième République.Nous avons déjà, dans ces pages, fait la critique de ce mot d’ordre. Certes, revendiquer un changement de République, la convocation d’une assemblée constituante, est un moyen de mobiliser en dehors des cadres impartis de l’alternance, le moyen de faire « péter » cet outil d’enfermement de la lutte politique, qu’est la cinquième République. Mais la « sixième république » ne prétends à rien autre qu’en finir avec les dérives autoritaires de la cinquième, avec la corruption et « le déficit de démocratie ». La sixième république c’est donc, après correction des excès, le cadre institutionnel de fonctionnement du système capitaliste corrigé lui-même des excès de la haute finance. C’est une république capitaliste apaisée dans un environnement socio-économique amorti. D’un point de vue « de gauche », au sens des intérêts des travailleurs, des classes laborieuses, c’est un fantasme, c’est une impossibilité.À quelques variantes près, le modèle institutionnel qui se généralise dans le monde est celui de la « cinquième République française ». Des « Républiques césaristes » ou « monarchistes » (Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique), fondées, à défaut de souverain, sur l’élection d’un président au suffrage universel.et, plus aléatoire, « l’alternance politique » de deux partis institutionnels. Cela n’est pas dû à un effet de mode ou au hasard, mais intrinsèquement lié à l’évolution de la structure socio-économique. Le système « césariste » ou « souverainiste » est celui qui convient le mieux aux impératifs de la direction politique des nations par la finance internationale. Pour autant, cette revendication n’est pas totalement utopique. Il se pourrait qu’advienne une sixième république. En ce cas, ce serait celle de Madame Le Pen. Ne cherchez pas dans notre propos la moindre intention insultante à l’égard de monsieur Mélenchon et du Front de Gauche. Seulement la volonté de nous en tenir aux rigueurs d’une analyse politique sans concessions.Le fascisme, nous l’avons dit ailleurs, est daté. C’est la forme spécifique que prirent entre les deux guerres mondiales, les Républiques (ou États) des petits bourgeois en colère, avant tout, contre le communisme et la classe ouvrière révolutionnaire. Cette dernière dimension est aujourd’hui totalement absente du contexte politique. C’est pourquoi il est erroné de faire un raccourci historique simpliste entre « fascisme » et « Front national ». La sixième République, capitaliste, mobilisée contre la haute finance internationale, dans des formes nouvelles correspondant au contexte historique actuel, ce ne peut-être toutefois, du point de vue du soubassement social, que celle des petits bourgeois et petits capitalistes qui s’insurgent contre les appétits trop voraces des grands requins qui les dévorent ? Le fait que « la Gauche radicale », une partie de l’électorat populaire et ouvrier, s’en mêle et la revendique aussi n’est pas de nature à rien changer à cette réalité. Cela en vérité ne revient qu’à atteler le char de la classe ouvrière, à la classe capitaliste petite et moyenne. Les imprécations et les discours n’y peuvent rien changer non plus. Cela en effet ne découle pas des intentions des uns ou des autres, ni des programmes politiques qui ne sont, lorsqu’ils s’émancipent des réalités, que « des intentions écrites sans lendemain ». Cela découle de réalités objectives, socio-économiques, desquelles personne ne peut s’abstraire.En brandissant l’étendard d’une nouvelle République et d’une assemblée constituante, Jean-Luc Mélenchon met un pied dehors. Mais à son ordinaire, en ne donnant pas à celle-ci un contenu socio-économique alternatif, il garde un pied dedans. Pour notre part, changer de République ? Certes, nous en sommes d’accord. Pour cela il faut en finir avec le système capitaliste de production dont la haute finance n’est que l’expression ultime. Et dans ce cas, ce n’est pas une « sixième république » qu’il nous faut, mais une « République du travail, sociale et solidaire ». Celle-ci portera-t-elle le nº 6, en référence à l’an 1 de la « Grande révolution », ou, fondatrice d’une ère révolutionnaire nouvelle, portera-t-elle le nº 1 ? Il est encore trop tôt pour le dire.Mardi 30 avril 2013.
