IL FAUT UNE VÉRITABLE OPPOSITION DE GAUCHE AU GOUVERNEMENT DE « LA GAUCHE D’ALTERNANCE »Nous observions le contexte politique de notre pays, et nous nous alarmions de la radicalisation de « la droite » dont la montée en puissance du Front national est un épiphénomène. Nous nous alarmions surtout du bouclage de la vie politique dans le bipartisme et l’alternance, qui piégeait « la gauche radicale » et interdisait l’expression indépendante d’une véritable alternative populaire. Nous militions pour l’apparition d’une opposition de gauche au gouvernement socialiste d’alternance dont il ne fallait pas souhaiter le succès, vu que son succès serait en vérité celui d’une politique ouvertement anti ouvrière et antipopulaire, au seul service de la finance internationale.Ainsi, avons-nous écrits depuis le début de la campagne électorale des présidentielles de 2012, de nombreux articles dont nous vous livrons ici un « mailing pot ». Vous serez, nous en sommes persuadés, étonnés, a posteriori, du caractère judicieux de nos questionnements. Nous vous laissons seuls juges de la perspicacité politique qui en ressort* Le 20 avril 2012, dans un article intitulé : « Petit tour d’horizon avant le premier tour. » Nous nous interrogions sur le degré de la dépendance de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche à l’égard « de la Gauche traditionnelle dominée par le PS ». Nous écrivions : » Mélenchon, le parti de Janus. » Oui, excusez du peu, mais à Mélenchon il y a deux faces. Celle du tribun populaire qui embrase les foules et met du baume aux cœurs meurtris d’une gauche bafouée par 30 ans d’histoire, celle de l’homme politique et du parti qui restent fondamentalement prisonniers de la « stratégie d’union de la gauche » ou « gauche plurielle » ou…. Quel que soit le nom qu’on lui donne. La trajectoire historique de celles-ci est nécessairement de décevoir les espérances qu’elles ont fait naitre.Est-ce à dire que Mélenchon est un traitre, un politicien véreux comme les autres ? Pas le moins du monde ! Loin de nous ces idées là. Jean-Luc Mélenchon est un politicien talentueux dont le zèle et le discours ont eu pour effet de rallumer la flamme de l’espoir et l’esprit de la lutte, dans des secteurs de la population depuis de longues années écoeurés et résignés. Nous lui en savons gré. À ce point de vue il ne fait pas de doute que les suffrages qui se porteront sur lui auront un effet positif pour l’avenir, d’autant plus positif qu’ils seront nombreux. Mais ils peuvent aussi, par le biais de la participation gouvernementale et de la stratégie de « l’union », jouer, contre la mobilisation populaire, le même rôle de verrou que l’on a vu en 1981 et 1997, conduisant à une nouvelle impasse et à un écoeurement plus grand encore. Et cela ne tient pas aux qualités morales de l’homme Mélenchon, mais au piège que constitue la stratégie de l’union majoritaire engendrée par la nature de l’élection du président de la République au suffrage universel.Les colères, le rejet de la société telle qu’elle est, qui s’expriment dans le vote Mélenchon, peuvent aussi être des levains de la révolte qui feront exploser les cadres institutionnels impartis. À défaut de mieux c’est le pari que nous devons prendre.Mais, dernières remarques : le « vote utile » qui peut ne pas jouer cette fois en faveur de Sarkozy jouera tout de même au bénéfice de Hollande. Il faut donc s’attendre à ce que le sore du candidat du « front de gauche » ne soit pas aussi élevé que le présagent les sondages. 12 % serait déjà, nous semble-t-il, un très bon score. Autre conséquence induite, le pari de Mélenchon, fait pour galvaniser son électorat, mais dont il aurait mieux fait de s’abstenir s’il ne voulait pas être démenti, d’être devant Marine Le Pen, ne sera pas tenu. » Dans le même article, nous écrivions à propos de la résurgence électorale programmée du FN » Marine Le Pen…Le parti de voir la vérité en face. » Qu’on le veuille ou non, Marine Le Pen représente un courant politique d’importance dans notre pays D’où vient son importance ? Du sentiment de trahisons successives de la droite et de la gauche résultante du bipartisme dominant et de l’alternance politique, qui s’est insinuée dans de larges couches de la population laissées pour compte. Ça n’est à l’évidence pas cette année 2012, à l’occasion d’un scrutin où est donné gagnant le candidat de « la gauche molle », dont chacun est conscient qu’il ne changera rien d’important, qui risque de modifier cet état d’esprit dont le FN a fait son fonds de commerce. C’est dire qu’il n’y a pas dans la perspective de la victoire annoncée de François Hollande, la moindre raison d’espérer faire reculer l’audience du FN. Pour lutter efficacement contre l’audience du Front national, il faut surtout « une gauche » dure et offensive, qui ne trahisse pas une nouvelle fois les espérances populaires. C’est à quoi le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon pourraient peut-être servir dans les mois avenir, bien mieux qu’avec des insultes et des imprécations. »Mais direz-vous, le propos à ce stade était ambigu. « il faut une gauche dure et offensive qui ne trahisse pas ».. « c’est à quoi le FDG pourrait servir » cela ne dit guère clairement la nécessité de l’indépendance à l’égard de « la Gauche ». Oui, mais, nous enfoncions le clou le 23 avril 2012 , au lendemain du premier tour, dans un autre article intitulé : « Ambiances postélectorales ». Que faire du Front national ? Une droite politique à 56 %, une « gauche » politique à 44 %, un tiers de l’électorat ouvrier ou salariés votant FN, qui pourraient-être potentiellement (socialement) des électeurs de gauche. Alors, que fait-on du FN, que fait-on de l’électorat populaire du Front national ? On le courtise en allant sur son terrain, en flattant ses préjugés ? C’est ce qu’a prétendu faire Sarkozy, à la tête de la « Droite UMP » qui va y perdre son âme. On l’ostracise encore, on l’insulte : « branquignoles ! Poivrots ! » Que dire, que faire, l’injure est un renoncement, et point de salut sans la reconquête de ses couches de travailleurs et salariés qui ont perdu leurs repères de classe., dans un petit livre dont il est l’auteur, intitulé « Retour à Reims », le sociologue Didier Eribon, pointe, et il a raison, les responsabilités de « la gauche » dans cette dérive politique. Point ne suffit « d’engueuler » Marine ou Jean-Marie, ni même Sarkozy leur cher « ennemi » et plus précieux allié. Il faut oser regarder la réalité bien en face. Elle a, en effet, une lourde responsabilité, « la Gauche institutionnelle » qui a détruit les repères de classes, l’espérance socialiste en une société meilleure. Qui a culpabilisé la conscience ouvrière, a substitué aux solidarités de classe les prétendues « nouvelles solidarités », l’équité à la l’égalité, les « gagneurs » aux besogneux, les valeurs boursières à la valeur travail, qui a déconsidéré les idées de collectivité et de partage pour mieux sublimer celles de l’accaparement personnel.Mais regarder la réalité en face, n’est-ce pas aussi oser se remettre en cause soi-même ? N’ont-ils pas une part de responsabilité dans la dérive droitière de l’électorat en général et de l’électorat ouvrier et populaire en particulier, ceux qui de longues années durant ont cautionné et politiquement justifié, de manière active, la politique de la « Gauche ». N’ont-ils pas une part de responsabilité ceux qui ont contribué, en s’identifiant à elle, à gommer les frontières de classes, sociologiquement et économiquement fondées, et à leur substituer une identité politique artificielle et indéfinie « de camp », attelant ainsi la classe ouvrière et les classes laborieuses en général, à la remorque d’une fraction de « la bourgeoisie éclairée ». N’ont-ils pas contribué à tuer l’espérance en donnant à croire que la seule alternative possible à la « Droite » était la politique de droite faite par « la Gauche ».Alors certes, à la décharge de Jean-Luc Mélenchon et de nos amis du « Front de gauche », il faut bien dire qu’ils ne se sont pas limités aux insultes ni à la condescendance, humiliante à l’endroit des électeurs du Front national, pour « ces pauvres types qui se trompent de colère ». Ils ont œuvré, aussi et surtout, à rendre voix à une « gauche radicale », à restaurer un certain discours de classe et la fierté d’appartenir à cet immense peuple qui actionne la forge de l’économie mondiale, qui est à l’origine de la richesse, la vraie. C’est dans cette voie, disions-nous, dès le lundi 14 mai 2012, qu’il faut persévérer. Ce n’est pas celle des ostracismes, c’est celle de la reconquête.« Un seul, par delà le score du Front national, un seul autre grand évènement modifiait la donne, au sortir du scrutin des présidentielles de 2012, et c’était le score du Front de Gauche, mais surtout, la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Les thèmes développés durant celle-ci ont sans nul doute contribué à réarmer les esprits de la volonté de combattre. Et c’est cela l’essentiel.Puis nous nous alarmâmes du piège qui était tendu à l’ex-candidat du Front de Gauche en voulant le précipiter dans une impasse. Nous annoncions, dans une » lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon, » à la veille de son annonce officielle de candidature, en mai2012, pour le dissuader d’être candidat aux législatives à Hénin-Beaumont : « De nouveaux griefs cumulés, de nouvelles déceptions à l’endroit « de la Gauche » précipiteraient cette fois le FN au centre du jeu politique. Que « la gauche molle » déçoive, cela est couru d’avance et inévitable, car inscrit dans ses gênes. Ce n’est pas là que se situe le véritable danger. Le danger serait que « toute la gauche » soit rendue responsable, sans que ne se dessine aucune alternative, sans que ne s’offre aucune planche de salut. Là se situe dès lors la responsabilité historique du Front de gauche. Et sa faillite dans cette affaire le rendrait partiellement responsable des succès ultérieurs du FN. Dans la période qui s’est ouverte le 6 mai, le Front national a tout lieu d’occuper une place politique prépondérante à droite. Le piège pour le Front de Gauche, serait alors de s’enfermer dans le statut de « front antilepen » (une résurgence de « ras le front ») et d’oublier d’être l’opposition populaire radicale à la politique de la finance internationale dont hollande après Sarkozy, sera le nouveau maitre d’œuvre ou à défaut l’otage. » Et le11 juin 2012, enfin, tirant le bilan de l’aventure, dans un article intitulé : « Mélenchon, le gâchis. », nous nous fâchions à propos de l’expédition contre-productive de Hénin Beaumont.« Dans cette période de « crise » et d’exacerbation des tensions sociales, certains à droite comme à gauche, et même dans son propre camp, voyaient d’un œil soucieux, la montée en puissance de ce tribun populaire. À droite l’inquiétude était grande d’assister à la résurgence du discours de la lutte des classes et du partage des richesses. Au PS, l’angoisse se précisait de devoir composer à nouveau avec une « gauche radicale et marxisante » « dans le temps qu’on croyait venu le temps » de l’effacer définitivement de la vie politique française. Et, au « Front de Gauche » lui-même, ceux qui disent « qu’ils veulent faire gagner la Gauche », c’est-à-dire qu’ils veulent le succès du gouvernement et de la Présidence, n’avaient-ils pas intérêt à neutraliser cette forte tête qui donnait corps à l’espérance d’une alternative à gauche ? Qui pouvait, les évènements aidant, devenir l’étendard d’une authentique opposition de gauche ? Il existe des tendances et courants politiques, tellement dépendants de « la stratégie d’union de la gauche » qu’ils ne peuvent se concevoir, quand bien même ils n’en seraient pas parties prenantes, autrement que solidaires et comptables de « la majorité présidentielle de gauche ». « Périclès », disions-nous, s’est fait piéger par la confusion des genres. Avec le succès de sa campagne des présidentielles et le bon score du « Front de gauche », il s’était acquis un « statut » et une « responsabilité » plus même, « une mission politique ». Il avait été remarqué pour « sa grande gueule » mais il s’est laissé enfermer dans le rôle de grande gueule. Il pouvait accéder au statut de chef de file d’une opposition de gauche radicale il s’est laissé réduire à celui de « petite frappe » de la politique. ». Nous exprimions là notre dépit de le voir user ainsi en pure perte le capital sympathie qu’il s’était acquis durant la campagne des présidentielles.* EN CONCLUSION. Déjà, en refusant la participation gouvernementale, le Front de Gauche avait rompu avec la tradition et fait un pas significatif vers l’indépendance politique. Il vient d’en faire un autre plus grand et plus significatif encore.Dans le temps du « repos hebdomadaire » des 23. et 24 mars, se tenait à Bordeaux, le 3ème congrès du « Parti de Gauche ». Celui-ci a été l’occasion d’une radicalisation du discours de ce regroupement politique. Alors que jusque-là, quand bien même il avait refusé de prendre part au gouvernement, le FDG, qui revendiquait sa part dans « la victoire électorale de la Gauche », s’identifiait toujours à celle-ci, la rupture à présent a été consommée. Le « Front de Gauche » ne se veut plus l’aile marchante qui aiguillonne « la gauche molle » et l’oblige à « réussir » malgré elle. Il se revendique à présent comme « l’alternative » à celle-ci, c’est-à-dire, pour l’heure, une véritable opposition de gauche au gouvernement de François Hollande. Cette évolution qui apporte enfin un début de réponse positive à nos préoccupations, exposées ci-dessus, ne peut bien sûr que nous réjouir. Pour autant, nos craintes sont-elles à présent vaines ? Pas encore totalement. Elles ne pourront l’être que lorsque sera totalement assumée, dans l’analyse, le discours et la tactique politique, la rupture avec la « stratégie majoritaire de l’Union de la Gauche ». Nous ne pouvons pas présager de son avenir historique. Nous ne pouvons que nous engager, nous-mêmes, à persévérer dans notre voie, à encourager une véritable option « alternative ». La montée en puissance d’une opposition de gauche fera croitre, en effet, la volonté, soit de la pervertir en « la mariant » dans une nouvelle mouture de « la gauche d’alternance » « plurielle » ou autre, à défaut, de l’isoler pour l’enfermer dans une impasse électorale minoritaire. Face à ces menées, le Front de Gauche, saura-t-il préserver jusqu’au bout son indépendance en persistant à porter l’espoir d’une véritable subversion sociale ? « That is the question ».
