INVESTIGATION JOURNALISTIQUE ET FANTASMES « COMPLOTISTES »Réponse à Caroline Fourest.Caroline Fourest était, mardi 5 février, sur « France 5 », l’invitée de Carole Gaessler dans l’émission « Le monde en face ». Si l’on s’en tient aux intentions avouées, elle se proposait d’en découdre avec, « les obsédés du complot », cette perversion intellectuelle induite par une prédisposition mentale à la paranoïa. Pour bien situer son sujet, elle s’attarda donc sur les attentats du 11 septembre 2001 et classiques du genre, toutes les thèses plus ou moins fantaisistes auxquelles ceux-ci ont donné cours. Elle interviewa Jacques Cheminade, prototype du gentil illuminé et fit référence à quelques autres de ses semblables, pas tous aussi gentils. Mais pourquoi faire tant de cas de ces marginaux sans conséquence ? Toute une émission à une heure de grande écoute, ne serait-ce pas leur faire plus de publicité que de tords ? Les intentions véritables de la journaliste, on les comprendra à la fin, quand elle avouera que sur « la toile », ceux qu’elle désigne comme « conspirationnistes » bénéficient d’une forte audience, quand elle sera interrogée sur la capacité des journalistes « à défaire le « complotisme », quand, cynique, elle prétendra que la presse et les médias audiovisuels, « la panzer division » de la pensée unique, ne « jouent pas à égalité avec la toile », cette nébuleuse éclatée et tellement diverse.C’est que dans l’intervalle, au cours de l’émission, le propos s’est décalé. Il est apparu clairement que ceux qu’elle souhaite atteindre, ce sont surtout certains analystes des évènements survenus ces deux dernières années dans le monde arabo-musulman, qui mettent en cause l’interventionnisme anglo-américain, et dénoncent l’agressivité de l’impérialisme occidental.».Pour les besoins de cette cause elle doit frapper d’irrecevabilité des analyses politiques, avec lesquelles on peut être ou n’être pas d’accord, mais dont on ne peut contester ni le sérieux ni qu’elles sont dument argumentées. Pour les discréditer il lui faut donc trousser de leurs auteurs les portraits, de. « Farfelus » d’illuminés, les présenter comme des égarés de la pensée humaine. Le moyen? Les associer, les assimiler à la mouvance conspirationniste, s’efforcer de réduire leurs thèses à cette seule dimension. La fin, qu’elle poursuit, justifie les moyens argumentaires qu’elle y emploie : 1 – Le dédain : « On trouve de tout dit-elle dans la sphère « conspirationniste ». Le bazar quoi, le souk, pas la qualité, pas la rationalité de la pensée cartésienne.2 – L’insinuation : des trajectoires de vie surprenantes, un tel est passé d’une carrière de « prédicateur » à celle de défenseur du régime syrien. C’est Thierry Meyssan, l’animateur du Site-Web « InfoSyrie » qui est visé.3 – La dévalorisation : « parcelles de vérité », concède-t-elle, mais rien que des parcelles bien entendu, par contre, de « vrais fantasmes ».3- L’injure : « sur telle photo, on reconnait Dieudonné passé du rire antiraciste au rire antisémite », 4 – L’opprobre : « complot ou propagande ? » Elle suggère par là que, lorsqu’ils ne donnent pas dans le « fantasme » les « conspirationistes », c’est ainsi qu’elle les appelle, ne peuvent être animés que par une mauvaise cause, non pas celle de l’information, mais de la « propagande » et de surcroit, au bénéfice « des forces du mal ». Or, une fois encore c’est « InfoSyrie » qui est en ligne de mire. 5 – La dérision : Puis elle en vient au fait en tentant de mettre les rieurs de son coté : « Chez les auteurs de complots on trouve deux profils, « les naïfs et les idéologues ». Qui sont « les idéologues » « ceux qui sont axés sur le complot américanosioniste. Le grand complot du moment pour remodeler le Moyen-Orient. ». Le fantasme absolu, quoi 6 – L’accusation : « Des alliances contre nature d’éléments venus de l’extrême droite et d’autres de l’extrême gauche » acoquinés dans une même défense de la Syrie « malgré la répression sanglante de Bachar Al Assad. ». Cette fois, la charge qui englobe bien sûr toujours « InfoSyrie », est plus généraliste, visant tous ceux, grands ou petits, et nous en somme, qui ce sont avisées de contredire la pensée unique officielle.Or, l’accusation est mal fondée. La Syrie est en proie aux attaques militaires de groupes armés, que d’aucuns appellent « insurrection ». Mais ne chipotons pas. Admettons un moment qu’il s’agisse bien d’une insurrection armée. Que devrait faire Bachar Al Assad ? Capituler sans se battre, « vous êtes armés vous avez raison, je vous cède le pouvoir ! » Où a-t-on jamais vu joué pareil scénario ? Où a-t-on jamais vu un régime quel qu’il soit se démettre face à une fraction armée de sa population ? Or s’il ne capitule pas, c’est qu’il se bat, et le bilan humain que le conflit coûte en ce cas, est à mettre tout autant au crédit des assaillants qu’à celui des défendeurs. « Malgré la répression sanglante de Bachar Al Assad ». Outre que l’on voit là le parti pris du propos, on est fondé à s’interroger, en quoi le fait de dénoncer l’agression qatarie saoudienne contre la Syrie à l’instigation de l’impérialisme occidental implique-t-il le moindre accord sur les attendus ou une quelconque alliance, entre des gens appartenant à des horizons politiques différents ? Quant à Dieudonné, de quelle infamie est-il vraiment coupable pour mériter d’être ainsi frappé d’anathème ? Un soir, il y a de longues années, dans l’émission de Marc Olivier Fogiel il s’était présenté dans l’accoutrement d’un Juif intégriste. Ridiculisait-il les juifs davantage que ne l’avait fait avant lui Louis de Funès dans « Rabi Jacob » ? Non ! Son message dont on l’accable : « rejoignaient l’axe du bien » qui faisait écho à « l’axe du mal » selon G W Bush, en quoi était-il condamnable ? En vérité, ce que le lobby israélien ne lui a pas pardonné c’était d’éclairer pour un vaste public cette alliance indéfectible des USA et d’Israël. Ce que le lobby israélien et « la panzer division médiatique » de la pensée unique ne lui ont pas pardonné, ce fut de ridiculiser cette séparation simpliste « du bien et du mal » selon monsieur Bush, ce sont ses prises de position solidaires avec le peuple palestinien, et dans cette dernière affaire, sa solidarité avec le régime laïque de Bachar Al Assad qui a toujours soutenu la cause palestinienne et n’a jamais accepté de faire la paix avec « l’État juif».On l’a compris dès lors, la cible privilégiée ce sont ceux qui dénoncent ou combattent la politique moyen-orientale des USA et de ses alliés. La bête noire de Caroline Fourest, pour ce qui concerne l’hexagone, c’est le Site « InfoSyrie. Mais nous même, dont elle ne parle pas bien sûr directement, nous sommes trop insignifiant, ce serait nous faire de la publicité, comment ne nous sentirions-nous pas concernés tout de même, nous qui avons publié plusieurs de nos propres articles sur le support web de ce Thierry Meyssan ?Certes, par précaution d’usage, afin de ne pas paraitre elle-même trop naïve, ou totalement amortie, avait-elle affirmé en ouverture de son émission : « des complots il y en a, personne ne le nie ». Puis elle avait fait en quelque sorte le tri entre « vrais complots » ceux que dénoncent de « vrais journalistes » comme ceux de « Médiapart » par exemple, et les « complots fantasmé» des malades mentaux de la sphère conspirationniste »Mais qu’est-ce que le Site « infoSyrie » ou nous-mêmes et quelques autres domaines web équivalents avons à voir là-dedans . Nous sommes des organes d’informations, d’opinions, ou d’analyses politiques, dont chacun est libre de juger du sérieux et de la qualité, nous ne méritons en rien d’être assimilés à la sphère conspirationnistes dont nous ne partageons ni la démarche intellectuelle ni les thèses. Ce dont nous parlons nous, c’est de la politique internationale, des relations de Suzeraineté des uns et de vassalité des autres, de l’action diplomatique des États, qui chacun le sait se double de l’action de nombreuses officines et services secrets, voire de l’action militaire. Il s’agit de piller, gouverner, contrôler, soumettre, dominer pour les uns, d’échapper aux griffes des prédateurs pour les autres. Et certes dans cette lutte il est fait usage parfois, c’est-à-dire bien souvent, de « plans » longuement concoctés, de complots pré établi. Les savoir, les pressentir ou les dire, ça n’est pas réduire la préhension de l’histoire à cette seule dimension. Comme l’a concédé Caroline Fourest, « les complots, oui ça existe », ce sont des outils dont disposent les États, dont ils se servent abondamment, et dont il est sain et de bon ton, lorsque l’on se veut une journaliste éclairée de ne pas nier l’existence, sauf à se transformer en simple propagandiste du système dominant.Qui a jamais suggéré qu’il y est eu le moindre complot dans l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi et la colère du peuple tunisien qui s’en est suivit ? Pour autant, comment ne pas voir la main « des maitres du monde », dans la manière dont la crise et l’effacement de Ben Ali furent gérés ? Comment ne pas voir son interférence dans le déclenchement du mouvement en Égypte et dans la gestion par l’armée du départ de Moubarak ? Comment refuser d’admettre que la main manipulatrice de l’impérialisme occidental est apparue de plus en plus clairement au fur et à mesure du déroulement des évènements du monde arabo-musulman ? Ne doit-on pas la voir, quand l’insurrection armée en Libye, inspirée et ouvertement soutenue par l’occident a pris le relais des authentiques mobilisations populaires qui furent la marque des évènements en Tunisie et en Égypte, ne doit-on pas la voir dans la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU, et dans l’intervention militaire franco-anglaise soutenue par les USA ? Comment ne pas la voir terriblement cynique, dans le silence des puissances occidentales quand l’Arabie Saoudite sous couvert du « Conseil de Sécurité .du golfe », écrasa avec les chars la révolte du peuple Barheini ? La main manipulatrice de l’impérialisme occidental, comment ne la verrait-on pas quand « le printemps qui devait subvertir le monde arabo-musulman » a respectueusement mis bas le chapeau aux marches des Monarchies arabes archaïques et réactionnaires, mais amies et alliées de l’Occident ? La main manipulatrice, comment refuser de la voir dans l’agression contre la Syrie du Qatar et de l’Arabie-Saoudite, respectivement, « chose » des occidentaux et allié arabe privilégié des USA Il fut dit au cours de cette émission que « Georges W Bush qui s’est enlisé en Irak a été battu par Obama ». Ce qui est faux, puisque G W Bush a fait deux mandats et ne pouvait plus être candidat à la présidence. En 2008, où il fut élu pour son premier mandat, c’est à John Mc Cain qu’Obama était opposé électoralement. Or, Obama nous dit-on, serait hostile à l’interventionnisme, à raison de quoi il ne serait intervenu en Libye qu’à reculons et refuserait d’intervenir en Syrie malgré la répression sanglante de Bachar Al Assad »(re.). Or cela n’est que vu de l’esprit. Obama a poursuivi les interventions extérieures inaugurées par Bush, autant celle d’Afghanistan que celle d’Irak. Certes, il a opéré un désengagement « partiel » de « l’US Army » d’Irak, mais après qu’un certain nombre d’objectifs de cette guerre avaient été atteints. La différence entre les politiques extérieures US de Bush et d’Obama ne tient nullement comme l’affirme à tord Caroline Fourest, à ce que l’un serait interventionniste et l’autre pas, mais à la venu, à la tête de l’État en France d’un président hyper atlantiste, ayant « bouté hors » les éléments attachés à la tradition gaulliste en matière de politique extérieure de la France. (Dominique de Villepin). Les États unis, certes ne souhaitez pas occuper l’avant-scène des interventions extérieures occidentales. Ce qui ne signifie nullement qu’ils renonçaient à l’interventionnisme. Celui-ci n’a jamais en vérité été pire que sous la présidence d’Obama. Ingérences ouvertes dans la gestion de toutes les crises du monde arabo-musulman. Promotion de la résolution 1973 de l’ONU qui ouvrait la voie de l’intervention en Libye, soutien patent, archireconnu, financier, logistique, mais aussi en armement en renseignement et en conseillers, aux groupes armés qui opèrent en Syrie, alliance indéfectible avec la famille régnante saoudienne et le Qatar qui sont les véritables artisans de cette agression et brûlent, à l’instigation des USA, d’en découdre avec l’Iran chiite. Soutien ouvert à son allié turc, membre de l’OTAN, qui menace la Syrie et déploiement de missiles sur la frontière syro-turque. Que faut-il de plus pour nommer « interventionniste » cette politique-là ? Bon, il est vrai, les USA ne sont pas intervenus directement en Libye, ce sont la France et l’Angleterre qui l’ont fait. Nous l’avons dit, chacun le sait, afin de ne pas exacerber davantage le sentiment antiaméricain si puissant au Moyen-Orient, les USA souhaitaient se tenir en réserve et pousser à l’avant-scène quelques-uns de leurs alliés. La France et l’Angleterre sont intervenues en Libye par délégation, comme des nations mercenaires à la solde de leur maitre, comme exécuteurs des basses œuvres des USA. Tel est l’ajustement de la politique extérieure « plus que jamais interventionniste de l’oncle Sam » qu’a autorisé la victoire de Sarkozy aux présidentielles Françaises de 2007. L’Angleterre pouvait jouer les auxiliaires dans cette politique, elle ne pouvait pas y jouer les avants rôles, elle est trop étroitement partie liée avec les Américains, le subterfuge aurait fait long feu rapidement. Il se trouve que Hollande ayant remplacé Sarkozy poursuit dans la même veine hyper atlantiste. Il est par ailleurs en cela tout à fait fidèle à la tradition, dont il a hérité, de la « social-démocratie française » depuis la libération. Intervention au Mali, militantisme débridé pour l’intervention en Syrie, comme Sarkozy, Hollande poursuit la politique extérieure initié par celui-ci d’auxiliaire de la diplomatie américaine et de nation mercenaire. Non, madame Fourest, Obama n’est pas hostile à l’interventionnisme, il le fait seulement exécuter par « ses pions ». Or, la seule raison pour laquelle l’intervention militaire occidentale en Syrie n’a pas encore eu lieu, ça n’est pas l’hostilité prétendue, on pourrait dire fantasmé » d’Obama à l’interventionnisme, mais le positionnement sans fard de la Russie et de la Chine qui ont fait qu’une agression contre la Syrie serait de facto une agression contre ces grandes puissances. Alors, l’occident se « tâte », balance, tergiverse.Voilà notre part de vérité que participe à occulter la journaliste quand elle focalise contre « le complotisme » en vogue dans la nébuleuse internet. S’agit-il d’une démarche volontaire ou accidentelle ? Autrement dit, Caroline Fourest est-elle abusée ou est-elle en mission. Quoi qu’il en soit, elle s’écarte ce faisant des voies de l’investigation journalistique pour abonder dans le rôle d’organe de la propagande occidentale officielle. À la question qui lui était posée, « le journalisme peut-il combattre le complotisme », pour ce qui nous concerne nous répondons non ! En tout cas pas ce journalisme-là.
