GUERRE OU RÉVOLUTION ? COMMENT FINIR LE « PRINTEMPS ARABE » ? La classe politique traditionnelle, les amis de Ben Ali, ou ses cousins à moins que ce ne fussent ses frères – que sais-je ? – ont en vérité gardé les commandes à Tunis. L’Armée veille fermement sur le maintien de l’ordre établi au Caire. Sous la direction de l’Arabie Saoudite et du Qatar, les tendances modérées sunnites de l’Islam ont passé un compromis historique avec l’impérialisme anglo-américain. Tout a changé, tout est comme avant. Drôles de révolutions que celles de ce prétendu « printemps arabe » qui n’a servi au bout du compte, qu’à justifier, la guerre civile et l’intervention extérieure, dans deux pays de la région inscrits de longue date sur la liste noire de Georges W Bush (discours sur l’état de l’union de novembre 2001 juste après les attentats de New York). Il n’y a pas d’argument qui vaille à ceux qui s’obstinent à ne voir là que la main du hasard. Le pire aveugle n’est-il pas celui qui ne veut point voir. Surprenantes révolutions démocratiques en effet, que celles de ce prétendu « printemps arabe » qui ont épargnées, allez savoir pourquoi, toutes les monarchies ultras réactionnaires de la région ? Des émeutes, il y en a eu d’autres depuis un an, cette fois engendrée nous dit-on par des protestations contre une exposition d’art qui offense la religion. Les « salafistes » sont aux avant-postes. La Tunisie, la première « des révolutions » du cycle, est en proie aux désordres et aux violences. L’Égypte qui lui avait emboité le pas, est-elle aussi agitée d’un grand nombre de désordres et de convulsions violentes. La Libye se débat dans le chaos d’une guerre civile tribale larvée, la Syrie est à feu et à sang, le Liban au bord de l’embrasement et l’Iran dans le viseur des puissances occidentales. C’est ça ! Ça n’est que ça, le printemps arabe. Un champ de ruines et de désolations, du sang et des larmes, mais de « démocratie » point, de mieux vivre pour les masses populaires point. J’ai entendu récemment sur France inter une Tunisienne qui répondait à une question, « la révolution, c’est pas fini, ça commence » La révolution, la vraie, celle à venir, couve en effet. Ce sera celle du petit peuple, des déshérités, celui qui n’a pas fait d’études aux États-Unis et qui n’est pas branché internet. Celui qu’ont instrumentalisé les grands manipulateurs internationaux pour provoquer « des transitions démocratiques » à leurs convenances, et qu’ils ont cru pouvoir renvoyer dans ses foyers quand ils n’avaient plus besoin de lui. Pour des raisons culturelles tenant à l’histoire des pays de cette région, et à défaut d’autres portes-drapeaux possibles, ce sont les tendances les plus radicales de l’Islam, qui en seront les portes-voix et les fers de lance. Mais la jeunesse éclairée », celle qui fut, elle, le fer de lance du mouvement précédent, mais aussi, il faut bien le dire, le jouet des manipulateurs internationaux, bercé jusque-là d’illusions démocratiques, ne restera pas totalement inerte, à côté de ces révolutions véritables. Éveillée de ses rêves, revenue aux réalités du monde, radicalisée, par la mobilisation populaire, elle se joindra, tout au moins une large fraction d’elle, à ces nouveaux combats. Pas sûr, mais pas sûr du tout que l’impérialisme anglo-américain, manifeste autant d’enthousiasme et de condescendance complice pour ces révolutions-là qu’il le fit pour « les transitions démocratiques » précédentes, dont il s’était acquis le contrôle. Mieux même l’impérialisme qui entend bien ne pas se laisser déborder par les révolutions populaires en gestation, a un coup d’avance sur celles-ci. Pour lui, en vérité, il n’est plus question dans cette affaire, ni de printemps, ni de démocratie, ni de révolution, mais bien de guerre. La guerre impérialiste extérieure est l’ennemie de la révolution. L’enrôlement de l’Islam sunnite dans une guerre généralisé avec le chiisme et ses alliés, n’est-il pas le moyen diabolique qu’ils ont conçu avec l’aide de leurs complices régionaux, pour finir le prétendu « printemps arabe » ? Serrer les nations arabes autour du royaume saoudien sous la bannière de l’Islam sunnite, avec pour mission d’exécuter la révolution islamiste d’Iran. L’histoire en propose de nombreux de ce genre, un bras de fer, d’apparence inégal, est engagé entre les révolutions populaires qui couvent sous les cendres et l’entreprise guerrière réactionnaire par laquelle les dirigeants veulent perdre l’esprit révolutionnaire avant qu’il ne se retourne contre eux. La guerre ou la révolution ? Voilà quel est en l’état l’enjeu de la question syrienne. Mais, cela c’est déjà vu dans l’histoire, peut-être auront-ils les deux.
