L’ABSTENTION ET LE PIÈGE.DU BIPARTISME Bien sûr on ne peut y échapper, il faut traiter d’abord de la question de l’abstention. Nous avons entendu un analyste s’étonner qu’elle soit si forte alors même que les électeurs avaient une large palette de choix. Est-il lui-même dupe ou prendrait-il les électeurs pour des billes ? Quel choix réel offre le scrutin majoritaire uninominal à deux tours ? Dans la quasi-totalité des circonscriptions, il se résume en vérité à un choix équivalent à celui de l’élection présidentielle, on élimine au premier tour et l’on choisit au deuxième UMP ou PS, PS ou UMP. Le choix est en vérité réduit à sa plus simple expression. Le peu d’espace démocratique qui subsistait est d’ailleurs en train de disparaitre, moulu par les deux lourdes meules du bipartisme. L’abstention aux législatives, ainsi constitutionnellement calées dans la foulée de la présidentielle, révèle crument le caractère monarchiste, antidémocratique de l’élection du Président de la république au suffrage universel. Les électeurs ont élu le roi, « l’état c’est lui », il est tout, il décide de tout, la loi c’est lui, le parlement est une assemblée de godillots, simple chambre d’enregistrement. Les électeurs ne sont pas dupes, c’est pourquoi ayant élu le Monarque ils considèrent avoir tout dit. Bon alors, c’est vrai, çà les embête les « politiques », ils prétendent que c’est le danger que constitue l’abstention pour le « modèle démocratique » qui les angoisse ainsi. Mais que nenni. En vérité ce qui les chagrine et qui leur fait ombrage, c’est que le « parlement » verni démocratique censé dissimuler le caractère monarchiste antidémocratique des institutions craquelle et laisse apparaitre la réalité nue. Alors bien entendu les choses ne pourront rester là. Le moyen le plus évident d’en sortir serait de redonner de la respiration démocratique aux institutions en desserrant l’étau du bipartisme. Mais cette option est précisément inacceptable pour une « classe politique » formatée par l’ENA et nourrit avec le lait des institutions de la 5ème République. Desserrer l’étau du bipartisme, vous n’y songez pas sérieusement ? Ce qu’ils veulent c’est au contraire parfaire, finaliser celui-ci. Quant à rétablir la confiance des électeurs, à défaut de desserrer l’étau du bipartisme, il reste une autre possibilité, et c’est sans nul doute celle vers laquelle la classe politique choisira de nous conduire. Il s’agit de la simultanéité des deux scrutins, présidentiels et législatifs. Ca ne changerait rien, bien au contraire, à l’image que les Français se font de leur parlement et l’opinion qu’ils ont de leurs institutions, mais le vernis serait restauré et la vérité soustraite à la critique. Masquer le problème à défaut de le résoudre, cela leur suffit aux politiques, Mais une question subsiste. Pourquoi ? Pourquoi diantre ces prétendus champions de la démocratie, s’obstinent-ils à parfaire un système qui aggrave le divorce entre l’électorat et les institutions, entre le peuple et les responsables politiques ? Observez autour de vous et vous comprendrez rapidement. À cause de l’hypothèque que fait peser sur le système, la situation du « bipartisme » inachevé qui caractérise actuellement la vie politique française. Voyez, le « Front national », « le Front de Gauche », supposez, l’aggravation de la crise, la montée des tensions sociales, vous avez vu ce qui c’est passé aux récentes élections en Grèce. Imaginez, un FN à 35 %, ou un FG à 30 %. La sortie de l’Euro, la mise au pas du système bancaire, une correction dans le partage de la richesse, le rétablissement de protections douanières, la liquidation de la 5ème république… Toutes choses inacceptables pour la Finance internationale au pouvoir, partisane de l’économie ouverte et de la mondialisation débridée. Avec le Bipartisme pur, ces forces politiques, centrifuges, n’auront d’autre choix que de rentrer dans le giron des deux grands partis de l’alternance en acceptant les règles du jeu institutionnel et les grandes orientations stratégiques conformes aux intérêts du capital financier, ou bien devront s’incliner, accepter d’être définitivement marginalisées. Se soumettre ou disparaitre. Dès lors plus de danger institutionnel, plus d’hypothèques possibles. L’enfermement politique dans le cercle infernal de l’alternance à l’américaine. Mécontent des républicains, tu votes démocrate, mécontent des démocrates, tu les sanctionnes en votant républicain et inversement. Sans la moindre lueur d’espoir d’en sortir jamais. Jamais ? Même les systèmes les plus parfaits ont leur faille. À trop vouloir luter la marmite, elle finira bien par exploser.
